France

« Les groupes politiques estiment qu’il faut parler des extrêmes au pluriel »

Un affrontement a eu lieu à Lyon, jeudi dernier, entre Némésis, un groupuscule d’extrême droite, et des antifascistes notamment de la Jeune Garde. Le jeune nationaliste Quentin Deranque, 23 ans, a été roué de coups et a succombé à ses blessures samedi.


Un affrontement s’est produit à Lyon, jeudi dernier, entre Némésis, un groupuscule d’extrême droite, et des antifascistes, notamment de la Jeune Garde, qui contestaient la présence de Rima Hassan en tant qu’invitée à Sciences Po Lyon. Quentin Deranque, un jeune nationaliste de 23 ans, a subi des violences et est décédé de ses blessures samedi.

Comment qualifier ces groupuscules qui gravitent autour des partis « extrêmes » ? Stéphanie Dechézelles, professeure de sociologie à l’université de Pau et des pays de l’Adour, spécialisée dans les organisations partisanes et le militantisme, partage son analyse avec *20 Minutes*.

**On entend à la fois les qualificatifs d’extrême droite ou gauche et d’ultradroite ou gauche ? Quelle est la différence ?**
Le qualificatif d’« ultra » n’est pas un concept scientifique ni un outil d’analyse; c’est un terme utilisé par les médias et les politiques, souvent avec une connotation négative. Les chercheurs ne l’utilisent pas, car situer les partis à l’extrême droite, par exemple, est déjà assez révélateur.

Prenons l’exemple de l’Action française, un groupuscule classé à l’extrême droite. Cela signifie qu’il s’oppose au cadre républicain, démocratique et parlementaire en cherchant à rétablir une monarchie et en soutenant des discriminations qui constituent des délits selon le Code pénal français.

**On pourrait avoir l’impression que certains groupuscules proches de l’extrême droite sont les bras armés des partis. Qu’en pensez-vous ?**
Il serait simpliste de les voir uniquement comme les violents sur le terrain, sans lien avec ceux qui sont plus modérés et qui pourraient présenter des candidats. Il existe un lien intrinsèque entre une vitrine respectueuse et des mouvements souvent composés de jeunes qui allient convictions idéologiques et actions violentes. Il est impossible de dissocier les deux. Cela implique également que des personnes plus posées au sein de leurs organisations partisanes peuvent tolérer, voire inciter, cet activisme violent.

**Peut-on dire que ces groupes qui gravitent autour du Rassemblement national sont plus extrêmes ou plus radicaux ?**
Je ne dirais pas qu’ils ont des idées plus extrêmes, mais leur mode d’action inclut la violence. Des idées extrêmes se manifestent aussi à travers les écrits d’intellectuels et les discours de politiques d’extrême droite. Ce qui les distingue, c’est que ceux qui sont dans des groupuscules militants associent à ces idées extrêmes des agressions et des passages à tabac.

Il est important de considérer l’existence des extrêmes au pluriel, car tous les groupes politiques contiennent des factions plus ou moins radicales. Des groupuscules émergent ou se recomposent fréquemment, un phénomène qui n’est pas nouveau.

**Peut-on parler des mêmes phénomènes à l’œuvre dans le champ politique de l’extrême gauche ?**
Il est essentiel de se méfier des comparaisons directes entre l’extrême droite et l’extrême gauche, car les idées sont véritablement différentes. Concernant la radicalisation idéologique, on observe un phénomène similaire, certains jugeant que LFI, les partis trotskistes, ou le parti communiste ne vont pas assez loin, ce qui pousse à la création de groupes se considérant plus purs et plus extrêmes.

Cependant, les histoires des activismes à l’extrême droite et à l’extrême gauche diffèrent considérablement. Depuis au moins le début du XXe siècle, les mouvements d’extrême droite de type fasciste ont été impliqués dans des agressions contre des personnes, notamment des Maghrébins, des juifs ou des migrants.

Certains groupes d’extrême gauche, en revanche, ciblent souvent des biens matériels, comme le mobilier urbain, les vitrines et des enseignes de banques ou de chaînes de restauration rapide. De plus, c’est en réponse aux agressions des groupes d’extrême droite que se forment des groupes de jeunes pour se défendre, relevant de ce qu’on appelle des groupes d’autodéfense populaire.