Procès du rappeur Naps : « Aucun son ne sort de ma bouche »
Emma, âgée de 24 ans, a pris la parole au troisième jour du procès de Naps pour accuser le rappeur de viol, présentant une version des faits inchangée depuis sa plainte déposée le 1er octobre 2021. Selon son témoignage, elle a ressenti une violente intrusion alors qu’elle était allongée sur le lit, incapable de se défendre à cause des substances consommées.

À la cour criminelle départementale de Paris,
La parole a été donnée à la partie civile. Au troisième jour du procès de Naps, Emma*, qui accuse le rappeur de viol, a pris la parole. Après avoir été stoïque pendant deux journées, sans jamais regarder le banc des accusés, la jeune femme de 24 ans a livré ce mercredi sa version des faits, droite dans son long manteau noir, les mains devant elle et les yeux dirigés vers la cour. Sa version n’a pas varié depuis le dépôt de sa plainte le 1er octobre 2021, un point contesté fermement par Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza.
La veille, le 30 septembre 2021, Emma et deux amies, Camille* d’un côté et Alexia* de l’autre – qui « ne sont pas copines entre elles » – sont allées en boîte à Paris. La jeune femme s’est mise en valeur, a revêtu une robe et a voulu marquer sa taille en portant exceptionnellement deux strings. Cela peut sembler anodin, mais ces détails seront examinés en profondeur par l’un des trois avocats de la défense, Me Orane Quénot.
After à l’hôtel du rappeur
Dans le club, le trio rencontre un promoteur qui leur offre des boissons à volonté afin qu’elles mettent l’ambiance. Après quelques verres, elles sont déplacées à une nouvelle table, près du rappeur Naps, devenu la coqueluche des soirées d’adolescents avec son titre La Kiffance. Le Marseillais d’une trentaine d’années est entouré de plusieurs amis. Un lien se crée entre les deux groupes, à la suite d’un incident déjà polémique : un ami du rappeur soulève la jupe d’Alexia. Naps intervient pour rappeler à l’ordre son ami.
Les deux groupes commencent à boire ensemble. Vodka, champagne… La soirée se prolonge, mais la boîte ferme. Alexia propose alors de continuer la fête avec le rappeur et ses amis en after. Emma affirme qu’elle n’était pas très enthousiaste, mais refuse de laisser son amie seule.
Changement d’ambiance
Direction l’hôtel Mercure, proche de la gare de Lyon. « Je suis avec mes amies, je me sens en confiance, il n’y a aucune allusion sexuelle, ou quoi que ce soit. Tout va bien jusqu’à ce que nous rentrions dans la chambre », raconte Emma. On leur demande leurs téléphones, soi-disant pour respecter la vie privée du rappeur et éviter que des vidéos ne soient publiées sur les réseaux sociaux.
Peu à peu, la chambre se vide. Il ne reste que les trois filles et le rappeur. Alcool, cannabis, protoxyde d’azote… Le mélange est explosif. Camille s’endort déjà. Emma, pour sa part, essaie de ne pas s’endormir et fait des allers-retours dans cette petite chambre entre le lit et la chaise où est assis Naps, s’asseyant même sur ses genoux. Elle finit par céder et se couche sur le lit, toujours habillée.
« J’entends des gémissements »
« Un trou noir commence », insiste-t-elle à la barre. Selon d’autres témoignages, les trois filles se sont allongées sur le lit, Naps se trouvant entre Emma et Alexia. « Pendant mon sommeil, j’ai quelques phases d’éveil et pendant une première phase, j’entends des gémissements, je sens quelqu’un faire des va-et-vient, se frotter, soulever ma robe et me baisser mon string. J’avais deux strings ce jour-là. Je le sens se frotter à moi. Je suis de dos à toutes les personnes dans le lit », rapporte Emma d’un ton neutre. Selon son récit, à ce moment-là, elle n’imagine pas que Naps se trouve derrière elle. Toujours dans le brouillard, elle remonte son string, replace sa robe et se rendort, ne « sentant pas le danger ».
Une sensation plus violente la sort définitivement de son sommeil. « Je ressens une violente chose en train de rentrer en moi, je suis sur le dos, tétanisée, je ne comprends pas ce qui se passe », poursuit la plaignante. Il est sur elle, et elle « essaie de le repousser », mais ses muscles sont engourdis à cause des substances consommées. Elle est seule dans le lit. Camille est partie de la chambre, « pour aller chercher les portables », a-t-elle expliqué la veille.
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« Elle voit ma détresse »
En « arrière-plan », Emma aperçoit Alexia, sa « meilleure amie ». Mais celle-ci ne bouge pas. « Elle voit ma détresse, elle lui tapote légèrement l’épaule et se rassoit », insiste Emma, désemparée par l’attitude de son amie. Pour tenter de le faire arrêter, la jeune femme déclare qu’elle doit aller aux toilettes et s’y enferme. Puis c’est le vide. « Aucun son ne sort de ma bouche. Je sors de la chambre tétanisée. Dans le taxi, j’ai le regard vide, je regarde par la fenêtre. Celle que je considère comme ma meilleure amie à l’époque n’avait pas réagi au moment où j’avais le plus besoin d’elle. »
Quelques heures plus tard, Camille l’accompagne pour porter plainte. Elle-même victime « de ce genre de faits » a compris que quelque chose n’allait pas chez son amie. Ces violences qu’elle dénonce l’ont « achevée », insiste la jeune femme. Si elle témoigne devant la cour ce mercredi, c’est pour « retrouver le peu de dignité qui [lui] reste » et « que justice soit faite ».
*Les prénoms ont été changés

