Belgique

« Les femmes ne verbalisaient pas les violences : analyse du livre de Gisèle Pelicot »

Gisèle Pelicot a déclaré : « On évite trop les mots, les questions », face à la caméra de l’émission littéraire La Grande Librairie lors de l’ouverture de la promotion de son livre, Et la joie de vivre (Flammarion). Le livre, écrit avec la romancière Judith Perrignon, raconte le procès des viols de Mazan du point de vue de la victime, un an après la condamnation définitive des 51 accusés.

« Il ne faut pas éviter les mots, ni les questions. J’ai compris à quel point ils sont bénéfiques« , déclarait Gisèle Pelicot devant la caméra de l’émission littéraire La Grande Librairie, lors du lancement de son livre, Et la joie de vivre (Flammarion). Coécrit avec la romancière Judith Perrignon, cet ouvrage examine le procès des viols de Mazan du point de vue de la victime, un an après la condamnation définitive des 51 accusés. Gisèle Pelicot y évoque notamment son refus du huis clos. « La formule emblématique du procès était ‘que la honte change de camp’. Une audience publique était une manière de se défaire de cette honte. Écrire ce magnifique livre en est une autre« , souligne l’avocate Nathalie Gallant.

Selon sa collègue Nadia Bouria, la traduction du livre en 22 langues « indique que c’est un sujet qui concerne toutes les femmes. C’est un écho aux voix des femmes qui disent stop à ces violences institutionnelles. Nous devrons affronter ce sujet de front. Comme dans l’affaire Epstein, ces violences sont systémiques et presque tolérées« .

L’ouvrage de Gisèle Pelicot pour offrir une voix aux victimes et leur permettre de reprendre leur histoire

Depuis le mouvement #MeToo, plusieurs victimes de violences sexuelles, avant Gisèle Pelicot, ont écrit pour partager leur vécu, comme Vanessa Springora, victime du pédocriminel Gabriel Matzneff, dans Le Consentement, ou Virginia Giuffre, principale accusatrice de Jeffrey Epstein, dont le livre a été publié quelques jours après son suicide. « Ce qui montre que parfois, écrire ne suffit pas« , déplore Nathalie Gallant.

Ces ouvrages ont le mérite d’ »aider les victimes qui sont toujours dans le silence et encourager la prise de parole« , note Nadia Bouria. « La réalité des violences sexuelles est que de nombreuses victimes se taisent. Elles craignent la mauvaise publicité et le débat qui pourrait les ternir« . Nathalie Gallant ajoute : « Pendant des décennies, les femmes n’ont pas exprimé les violences subies. Le livre de Gisèle Pelicot est devenu une sorte de bible pour toutes les victimes, elle s’exprime en leur nom« .

Gisèle Pelicot lors du procès du seul accusé à avoir fait appel, le 9 octobre 2025, au tribunal de Nîmes. © Christophe SIMON / AFP

Les mots ont également un effet bénéfique pour l’écrivain. Écrire permet de passer à autre chose, « une béquille supplémentaire pour essayer de reprendre le contrôle« , explique l’avocate pénaliste. Pour Nadia Bouria, « une condamnation ne guérit pas le traumatisme d’avoir été agressé physiquement. Écrire aide aussi à sortir du statut de victime. Pendant toute la procédure, sa voix est portée par l’avocat, et la défense la dénigre. Là, avec ses propres mots, Gisèle Pelicot reprend possession de son identité et de son histoire« .

► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.