Région bruxelloise : l’administration peut-elle réaliser 500 millions d’euros d’économies ?
Le nouveau gouvernement de la Région bruxelloise compte réaliser un milliard d’euros d’économies en trois ans, dont une moitié pourrait reposer sur l’administration publique sans licenciements. Cette réforme, ambition du gouvernement, doit être lancée dès 2026, dans le respect de la concertation sociale.
Le nouveau gouvernement de la Région bruxelloise a pour objectif de réaliser un milliard d’euros d’économies sur trois ans. Cette ambition a été annoncée la semaine dernière à l’issue du conclave bruxellois. La moitié de ces économies pourrait être obtenue par une réorganisation de l’administration publique, sans procéder à des licenciements.
Actuellement, l’administration de la Région bruxelloise représente 20 % du budget global. Selon un rapport de Talent.Brussels, à la fin de 2024, il comptait 12.000 fonctionnaires régionaux répartis dans 23 structures, dont quatre Services publics régionaux de Bruxelles (SPR), neuf organismes d’intérêt public (OIP) et dix autres institutions.
L’objectif de ce nouveau gouvernement est de rationaliser cette multitude d’organismes, qui a considérablement évolué avec l’attribution de nouvelles compétences à la Région bruxelloise. La réforme proposée vise à créer un Service d’appui régional pour gérer les aspects mutualisables tels que les ressources humaines, l’informatique, les finances, les statistiques et la fiscalité des différents organismes.
Le gouvernement envisage également de fusionner certains OIP aux missions similaires, comme Perspective.brussels et Urban.brussels. Le premier est chargé du développement territorial de Bruxelles, tandis que le second se concentre sur la politique régionale en matière d’urbanisme. Cette réforme devra être mise en œuvre sans licenciements.
Selon Marie Goransson, professeure de gestion publique à l’ULB, cette rationalisation est essentielle. Elle déclare : « On n’a pas attendu ce nouveau gouvernement pour se rendre compte qu’il y avait probablement des problèmes de coordination, certainement des chevauchements et des synergies possibles. Et d’ailleurs, l’administration elle-même a, depuis 2023, la volonté de réorganiser ses services, de mieux réfléchir à la coordination des activités et de mieux rationaliser ses services avec un projet qui porte le nom de Optiris et qui cherchait aussi à avoir un soutien du côté politique pour pouvoir le mettre en œuvre et finalement vraiment travailler à l’amélioration de la performance des services publics bruxellois. »
Cependant, elle souligne que le processus d’économies sera complexe. « Comment réaliser ces économies va être un enjeu important et ça va être intéressant de voir comment tout ça va être mis à l’œuvre. Il y a deux choses différentes. D’abord, s’il y a une réorganisation des services publics, cela signifie qu’il pourrait y avoir une fusion de certaines entités ou non ? Là, il y a des économies possibles, notamment concernant les postes sous mandat, donc les postes des dirigeants des administrations. S’il y a moins d’administrations, il y aura moins de postes de direction sous mandat. Avec ça, on ne fait quand même pas 500 millions d’économies », analyse-t-elle. Elle aborde aussi la question des non licenciements : « Il y a bien cette idée de mutualiser beaucoup plus les services supports. Mais donc, je ne sais pas comment réellement ils vont concrétiser cette rationalisation sans pour autant avoir de licenciements. La seule possibilité, mais c’est sur du long terme, c’est de ne pas renouveler ceux qui partent. Mais là se pose toujours la question de, est-ce que ceux qui restent correspondent aux besoins ou est-ce qu’il n’y a pas de nouveaux besoins qui apparaissent et qui, dès lors, demanderaient de nouveaux engagements ? »
Du côté des syndicats, des questions persistent concernant les propositions actuelles. Rudi De Coster, responsable des fonctionnaires bruxellois pour la CSC, s’interroge : « Est-ce qu’ils vont mobiliser les services physiquement et rationaliser les bâtiments ? S’ils fusionnent certains services, il y aura une sorte de doublage de certaines fonctions. Qu’est-ce qu’ils vont faire avec ces agents ? Si des changements ont lieu, notre but sera de demander des mesures transitoires, pour que le choc n’arrive pas soudainement. »
Le gouvernement a l’intention de démarrer cette réforme dès 2026, tout en respectant la concertation sociale, comme indiqué dans la déclaration de politique régionale.

