JO 2026 : Le biathlon célèbre son « apothéose » avec le relais
Fabien Claude a terminé vingtième et dernier de la course après un tir debout cataclysmique, avec 50,3 secondes de retard sur la Norvège. L’équipe de France a réussi à remporter la médaille d’or avec 9,8 secondes d’avance sur la Norvège, marquant ainsi un moment historique pour le biathlon français.

De notre envoyé spécial à Anterselva,
Les larmes de Fabien Claude et Simon Fourcade, un Eric Perrot « qui va vomir dans un seau à l’arrivée », Martin Fourcade qui remet cette médaille d’or olympique qu’il n’avait jamais réussi à conquérir, ainsi qu’une belle communion entre les biathlètes et leurs supporteurs, avec L’Hymne à l’amour en fond musical. Les souvenirs marquants ne manqueront pas lorsque chaque membre de ce relais des JO de Milan-Cortina 2026 se remémorera cette journée.
Vingt et dernier de la course après un tir debout catastrophique, avec un tour de pénalité à la clé, Fabien Claude avait compliqué la tâche lors du premier relais, passés finalement à Emilien Jacquelin en 13e position, avec 50,3 secondes de retard sur la Norvège. Cependant, comme l’a souligné Simon Fourcade en parlant de la prestation « biathlon champagne » de l’Isérois, en tête lors de son passage à Quentin Fillon Maillet, l’équipe de France tenait absolument à remporter son premier titre olympique de l’histoire et a su le faire durant toute la course.
« On est des chiens, on ne lâchera rien »
Cette détermination s’est réellement manifestée la veille, lors du briefing d’avant-course. « Ça n’a pas été une réunion ordinaire, explique l’entraîneur du tir Jean-Pierre Amat. On a fait notre discours avec Simon [Fourcade]. Et à la fin, Eric [Perrot] a pris la parole et le leadership de l’équipe. Il a déclaré : « Quoi qu’il arrive, on est des chiens, on ne lâchera rien ». En entendant cela, nous nous sommes dit qu’il pourrait se passer quelque chose de spécial sur ce relais. »
Quelque chose d’historique : remporter, à l’issue d’un suspense haletant, le titre qui manquait au biathlon français, avec 9,8 secondes d’avance sur le grand rival norvégien. « Je pense à tous ceux qui ont échoué, qui ont été si près, je suis très ému par leur prestation, confie Franck Perrot, le père d’Eric, dernier relayeur victorieux, qui a enlacé son fils longuement après son arrivée. On partage cela avec toute la famille du biathlon français. »
« Aucune retenue » grâce au relais
Son fils, l’un des héros du jour, ayant réussi à devancer les costauds Vetle Christiansen et Sebastian Samuelsson après avoir hérité d’un relais simultané avec eux, résume bien le sentiment général : « De A à Z, ce n’était pas un relais parfait aujourd’hui pour nous. Mais en fait, on s’en fiche complètement parce qu’on a couru avec passion, avec le cœur et avec détermination. Quelle fierté de se battre avec ce panache-là. »
Car ce groupe a indéniablement montré du panache. Il y a aussi ce record de médailles établies dans l’histoire des JO d’hiver pour la délégation française, ainsi que le record de médailles pour un athlète français aux JO avec Quentin Fillon Maillet. Mais ce relais est avant tout à savourer ensemble. Chaque mot prononcé par le coach Simon Fourcade était empreint d’émotion mardi soir.
« Le relais, c’est quelque chose de grand. Avec cette épreuve, on arrive à embarquer tout un collectif. Pour la médaille d’or de Quentin sur le sprint, il y avait forcément un peu de retenue parce qu’on était déçu pour Emilien qui avait fini 4e, si près du podium. Là, il n’y en a aucune, tout le monde est heureux et célèbre : les remplaçants, les kinés, les techniciens. On a surpris beaucoup de monde à revenir au top. On est des chiens et on est fiers de l’être. »
Une équipe avec « le sens de l’histoire »
Mieux que quiconque, le grand frère de Martin, ancien leader de la Coupe du monde, comprend toute la symbolique de ce Graal obtenu à Anterselva : « Ça fait longtemps qu’on court après cette médaille, en fait, depuis toujours. J’ai participé à quatre Jeux Olympiques et nous n’avons même pas réussi à obtenir un podium en relais. Alors venir chercher cette première médaille d’or avec des amis, avec des jeunes que j’ai entraînés en juniors… ».
Jean-Pierre Amat ajoute : « Il y a eu des moments de doute avec ce groupe, mais là c’est une apothéose, un moment d’histoire, rien que le déroulé de cette course mérite de rester gravé dans les mémoires. » Chacun des biathlètes a véritablement apprécié la remise de médaille par Martin Fourcade, rendant ainsi l’histoire encore plus mémorable.
Emilien Jacquelin souligne cette dimension de transmission : « Nous avons le sens de l’histoire, et pour nous cette médaille représente les 30 dernières années du biathlon français, où chaque génération a fait vibrer la suivante. Pour que nous en arrivions aujourd’hui à envisager que nous sommes capables d’être champions olympiques. Nous n’avions que cela en tête, nous ne voulions pas jouer pour la deuxième place. »
Jean-Pierre Amat en mode Thierry Roland
Cette mentalité a poussé chaque relayeur à se dépasser. « Quand vous voyez Perrot complètement s’effondrer à la fin, ça montre à quel point ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes sur ce relais, souligne Johan-Olav Botn, qui a vu Emilien Jacquelin lui ravir près d’une minute sur son relais. Gagner aujourd’hui avait beaucoup de signification pour eux. »
Également très ému, Jean-Pierre Amat a laissé une partie de sa carapace de côté ce mardi en empruntant le ton de Thierry Roland : « J’arrêterai fin 2026 et je partirai à la retraite l’âme en paix. En fait, aujourd’hui, je pourrais mourir, c’est bon. J’ai réalisé ce dont je rêvais. Nous avons essayé de retarder un peu l’échéance. Mais je rêvais de cela, car il n’y a rien de mieux qu’une victoire en équipe, et il n’y a rien de mieux que les Jeux Olympiques. »
Notre dossier sur les JO d’hiver 2026
On se demande bien comment, après une telle montée d’adrénaline, les Bleus du biathlon parviendront à rester sages ce soir dans leur hôtel, partagé en plus avec les Suédois (3es) et les Norvégiens, très déçus de leur médaille d’argent. Quentin Fillon Maillet conclut cette après-midi de rêve avec simplicité : « J’ai vraiment l’impression de partir en vacances avec des amis à la neige. »

