Mort de Quentin Deranque : les insoumis en crise à l’Assemblée
Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot a déclaré : « La France insoumise n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Lyon. » À 15 heures, une minute de silence a été observée en mémoire de Quentin Deranque, suivie par une reprise rapide des débats politiques.
À l’Assemblée nationale,
Ce mardi matin à l’Assemblée nationale, lors d’une conférence de presse, les députés de La France insoumise affichent des visages préoccupés. Depuis le décès de Quentin Deranque à Lyon jeudi dernier, les critiques abondent à l’encontre du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, accusé de porter une « responsabilité morale » dans le « climat de violence » politique actuel. « Il est absolument ignoble qu’il y ait une instrumentalisation de ce drame, avec la volonté de nous mettre en responsabilité. La France insoumise n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Lyon », s’insurge Mathilde Panot devant les journalistes.
Cependant, la cheffe des députés LFI évite de répondre aux questions concernant les relations entre son parti et la Jeune Garde, un mouvement « antifasciste » dissous en juin et cité par plusieurs témoignages dans le décès de l’étudiant nationaliste lyonnais. « La Jeune Garde s’est toujours définie comme une organisation d’autodéfense et uniquement comme d’autodéfense face à l’extrême droite », rétorque l’élue du Val-de-Marne. Elle met en avant « ses faits d’armes » et souligne que le mouvement « a toujours refusé les images » telles que « celles de frapper un homme à terre ».
« La France insoumise a une responsabilité »
En fin de matinée, à la salle des Quatre Colonnes, Eric Ciotti appelle à dissoudre les « groupuscules d’extrême gauche » et cible « ceux qui veulent créer le chaos avec la violence politique et doivent être combattus ». Le président du groupe UDR à l’Assemblée met en cause les insoumis, qui ne bénéficient pas vraiment du soutien de leurs (ex) alliés socialistes. « La France insoumise a une responsabilité dans la brutalisation de la vie politique et la criminalisation de ses opposants », déclare le porte-parole du groupe PS, Romain Eskenazi. L’alliance entre LFI et la Jeune Garde a été une « erreur », ajoute son collègue Arthur Delaporte.
À l’ouverture des Questions au gouvernement, à 15 heures, une minute de silence est observée en mémoire de Quentin Deranque. Tous les groupes politiques se lèvent dans l’hémicycle. Toutefois, la bataille politique reprend rapidement. « Cette violence ne vient pas de nulle part. Aujourd’hui, l’extrême gauche a du sang sur les mains quand elle qualifie le Hamas de mouvement de résistance ou lorsqu’elle a osé déclarer ici dans l’hémicycle »vive la Jeune Garde » », accuse Laurent Wauquiez. Le président du groupe Droite Républicaine critique les insoumis. « Cette violence, c’est celle qu’a voulue Jean-Luc Mélenchon comme outil politique ».
« Aucun insoumis n’est impliqué »
Le gouvernement réagit également. Gérald Darmanin s’en prend aux élus LFI, notamment à l’élu du Vaucluse Raphaël Arnault, cofondateur de la Jeune Garde, qui est absent ce mardi. « La brutalisation de la politique doit cesser ! Et il y a de la brutalisation lorsqu’on justifie l’action de la Jeune Garde et qu’on investit aux législatives son dirigeant, déjà condamné pour violences physiques », cible le garde des Sceaux. Dans les rangs insoumis, un silence étonnant règne. Cela ne dure pas, car Mathilde Panot prend la parole : « Aucun insoumis n’est impliqué, ni de près, ni de loin dans ces violences », déclare-t-elle. La cheffe du groupe LFI questionne la « responsabilité » du gouvernement dans le drame de Lyon. « Pourquoi aucun dispositif [de sécurité] n’a été prévu ? »
Ces déclarations provoquent la colère de Sébastien Lecornu, habituellement tempéré. « Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject… », soupire le Premier ministre, provoquant des applaudissements nourris dans le bloc central, à droite, ainsi qu’au Rassemblement national. « Il est temps que vous fassiez le ménage, madame la présidente Panot. Le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées et surtout, le ménage dans vos rangs… », insiste le chef du gouvernement, sans provoquer de réaction du côté insoumis. À l’issue de la séance, un élu LFI déclare : « Cela ne servait à rien de répondre, on savait qu’on allait se faire insulter… ». Dans la soirée, quatre suspects sont interpellés par les autorités. Selon une source proche du dossier, un assistant parlementaire d’un député de la gauche radicale fait partie des personnes arrêtées.

