Affaire Epstein : Mannequins, Poutine, oligarques… Que sait-on du volet russe ?
Des documents publiés par la justice américaine révèlent que le nom de Vladimir Poutine apparaît à un millier de reprises dans les échanges de courriel liés à Jeffrey Epstein. En 2014, Epstein a écrit dans un mail à l’ex-Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland : « Essayons d’organiser une rencontre avec Poutine ».
La vaste affaire Epstein, du nom du pédocriminel Jeffrey Epstein, décédé en 2019, s’étend jusqu’en Russie. Ses voyages, ses échanges de faveurs, ses contacts avec de jeunes mannequins et des hommes d’affaires, ainsi que ses tentatives de rencontrer Vladimir Poutine, sont au cœur des dernières révélations judiciaires américaines. Voici un aperçu des éléments principaux de ce volet russe.
### Le fil rouge Poutine
Des documents examinés par l’AFP parmi les centaines de milliers dévoilés fin janvier par le ministère américain de la Justice montrent que le nom de Vladimir Poutine apparaît dans environ mille courriels. Dans les années 2010, Jeffrey Epstein a multiplié les tentatives de rencontre avec le président russe, sans qu’il soit possible de déterminer si une rencontre a effectivement eu lieu, ni quand. Dans un courriel envoyé en janvier 2014 à l’ex-Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland, Epstein écrit : « Essayons d’organiser une rencontre avec Poutine », une dernière invite qu’il renouvelle en 2015 et en 2018.
Epstein suggère également de passer par des intermédiaires tels que Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Poutine, en proposant de lui fournir des « informations » en échange. Bien que ces documents témoignent de ses efforts répétés pour se rapprocher du pouvoir russe, il n’est pas précisé s’il a obtenu ce qu’il souhaitait. Le 3 février, le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a déclaré qu’aucune proposition de rencontre entre Poutine et Epstein n’avait été reçue, tout en démentant les allégations de connexions avec les services secrets russes. Par ailleurs, le Premier ministre polonais Donald Tusk a annoncé qu’une enquête serait menée sur d’éventuels liens.
### Les « Russian girls »
Les documents contiennent de nombreuses références à des « Russian girls » (filles russes), souvent de manière anonymisée. Ils suggèrent qu’Epstein a réalisé plusieurs séjours en Russie, notamment dans les années 2010. On trouve par exemple un visa russe délivré en 2018, ainsi qu’une photo non datée d’Epstein devant un hôtel dans le centre de Moscou, et une autre le montrant avec son ancienne compagne Ghislaine Maxwell posant entre deux soldats russes.
Des billets d’avion étaient réservés tant pour Epstein que pour de jeunes femmes, y compris des Russes, présentées par des intermédiaires qui insistaient souvent sur le fait qu’elles étaient blondes et jeunes. Epstein comptait apparemment sur des jeunes femmes russes rentrant dans leur pays pour lui trouver des « amies ». Les courriels laissent entendre qu’Epstein et ses recruteurs ont profité de l’envie de certaines jeunes femmes de quitter la Russie, ainsi que de leur situation précaire en matière de droits de séjour aux États-Unis.
### Les conseils et autres intermédiaires
Le milliardaire, retrouvé mort dans sa cellule en 2019, souhaitait amener en Russie des figures du secteur technologique ou du monde politique américain afin de se rendre indispensable aux yeux de Moscou et des élites occidentales. Parmi ses principaux interlocuteurs russes figurait Sergueï Beliakov, ancien vice-ministre de l’Économie, diplômé de l’académie du FSB, les services secrets russes.
Cet ancien haut fonctionnaire a été limogé en 2014 pour avoir critiqué publiquement le gouvernement, puis il a poursuivi sa carrière au sein du comité d’organisation du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Dans plusieurs courriels, Beliakov demande l’aide d’Epstein pour attirer des personnalités de premier plan à des forums d’affaires en Russie en 2014-2015, plusieurs années après la condamnation d’Epstein pour incitation à la prostitution de mineures.
Il sollicite également des conseils pour contourner les sanctions occidentales imposées à la Russie après l’annexion de la Crimée. Epstein propose, en mai 2014, des « innovations d’origine russe : monnaies numériques, monnaies indexées sur le pétrole, contrats intelligents ». Des échanges révèlent également des contacts réguliers entre Jeffrey Epstein et Vitali Tchourkine, l’ancien représentant de la Russie au Conseil de sécurité de l’ONU, décédé en 2017 d’une crise cardiaque.
En août 2016, Tchourkine est convié à un déjeuner organisé par Epstein, en compagnie de l’ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak et de Tom Barrack, actuel ambassadeur des États-Unis en Turquie. Aucun des contactés, ni Sergueï Beliakov, président de l’association russe des fonds de pension non étatiques, ni le fils de Vitali Tchourkine, qui aurait bénéficié de l’aide d’Epstein pour obtenir un stage en 2016, n’a répondu aux demandes de l’AFP.

