JO 2026 – Biathlon : Eric Perrot ne courra pas pour la Norvège
En ce mardi, les équipes de France et de Norvège de biathlon s’affrontent au relais masculin olympique à 14h30. Eric Perrot a déclaré au média norvégien TV2 : « Laegreid est très bavard, on verra s’il parle autant après le relais. »
De notre envoyé spécial à Anterselva,
Pour mesurer le niveau d’animosité entre les équipes de France et de Norvège de biathlon, il suffit de consulter le compte Instagram d’Emilien Jacquelin. Quatre jours après un échange houleux avec Sturla Laegreid, on y voit le médaillé de bronze de la poursuite filmer un premier affrontement entre la France et la Norvège… à la console !
Les deux grandes nations du biathlon logent dans le même hôtel durant ces Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026, et les biathlètes participent régulièrement à des matchs de Fifa sur PlayStation. Eric Perrot, associé à Fabien Claude, affronte les Norvégiens Isak Frey et Vetle Christiansen dans une ambiance conviviale. Le leader de la Coupe du monde, originaire de Bourg-Saint-Maurice (Savoie), a des liens particuliers avec la Norvège, étant donné que sa mère est norvégienne.
Une année au collège « exclusivement en norvégien »
Eric Perrot a donc grandi dans une culture norvégienne, élevée par Tone Marit Oftedal, championne du monde junior du relais féminin en 1993. « Sa mère lui parle en norvégien, ils regardent la télévision norvégienne ensemble à la maison et pour lui, c’est naturel de se rendre souvent en vacances là-bas, explique son père Franck Perrot. Nous avons même passé une année entière en Norvège, en 2013-2014, où Eric suivait ses cours de 5e exclusivement en norvégien. »
Cette année-là, il a renforcé sa maîtrise de la langue, au point d’être parfaitement bilingue. « Eric peut vraiment converser en norvégien avec nous de manière fluide et comprendre tout, c’est spécial, sourit le biathlète Johannes Dale-Skjevdal. À tel point que j’oublie parfois qu’il est français ! Il se sent presque comme un membre de notre équipe. »

Martin Uldal déjà adversaire d’Eric Perrot à 12 ans
Eric Perrot joue un rôle clé dans « l’amitié » entre les deux nations du biathlon, comme lors d’une soirée où il a partagé un gâteau avec Johan-Olav Botn et Sturla Laegreid, tous trois médaillés olympiques de l’individuel. « C’est vraiment un très bon ami, un mec humble, ajoute Johannes Dale-Skjevdal. Je sens qu’il est sincèrement heureux pour nous lorsqu’on gagne une course. »
Sa relation avec l’un de ses adversaires de ce relais olympique, Martin Uldal, remonte à loin. « L’année où Eric est venu vivre en Norvège, il était dans ma région, au sud du pays, et nous nous affrontions souvent en compétitions de biathlon, se souvient-il. À l’époque, deux compétiteurs étaient bien plus forts que nous, Martin Nevland [cousin éloigné d’Eric Perrot et en Coupe du monde depuis janvier] et Eirik Idland. Eric et moi, on se battait souvent pour la 3e place. »
Il a toujours privilégié une carrière avec les Bleus
Martin Uldal a perdu de vue ce Franco-norvégien, qui est retourné vivre en Savoie. « Quand j’ai vu son nom sur une liste de course internationale des années plus tard, ça m’est revenu, raconte le Norvégien de 24 ans. Mais j’ignorais qu’il était devenu aussi fort, jusqu’à sa victoire au Festival olympique de la jeunesse européenne [en 2019].» Cela aurait-il pu lui permettre d’intégrer l’équipe norvégienne, grâce à sa double nationalité ?

« Eric a toujours été clair sur ses choix, il a bien suivi les différentes sélections françaises. En 2014, il était content que nous rentrions vivre en France », précise son père, ancien biathlète de haut niveau, qui a même participé aux JO de 1994… de Lillehammer (Norvège). Martin Uldal évoque cette possibilité d’avoir Eric dans son équipe.
« Nous en avons discuté plusieurs fois, car il aurait clairement eu le niveau pour intégrer l’équipe de Norvège. Mais lorsqu’il a commencé à se faire connaître, il a bien fait de choisir la France. À ce moment-là, nos niveaux étaient équivalents, sauf que moi j’étais en IBU Cup, vu la concurrence en Norvège, tandis qu’il était déjà en Coupe du monde. Je pense qu’il est très heureux avec l’équipe de France. »
Une semaine de ski de rando en Norvège avec ses amis
Ce choix ne déplaît pas à Johannes Dale-Skjevdal : « Pour nous, c’est mieux qu’il soit avec la France. C’est déjà suffisamment difficile de faire partie de notre groupe, pas besoin d’un tel biathlète en plus. » Son destin en bleu réjouit aussi ses amis d’enfance, qui ont fait le déplacement depuis la Savoie pour ces JO à Anterselva. Invités par Eric Perrot, ses neuf amis sont souvent à ses côtés lors de sorties en pleine nature norvégienne.
« Fin avril, nous avons réservé un grand chalet et avons passé une semaine de ski de randonnée, raconte Antoine Silvain, un membre de la bande de Peisey. Quand nous partons là-bas, c’est pratique, nous lui confions tout pour qu’il s’en occupe, vu sa maîtrise du norvégien. Il a gardé un lien fort avec le pays de sa mère. »

Déterminé à faire taire Sturla Laegreid sur le relais
Ce lien lui confère une relation privilégiée avec la nature et son sport, grâce notamment aux conseils de son oncle, ancien entraîneur de la légende de la discipline Ole Einar Bjoerndalen. Il y a une semaine, suite au titre olympique ému de Johan-Olav Botn sur l’individuel, Eric Perrot a montré une grande compassion pour celui qui a souffert du drame causé par le décès de Sivert Bakken fin décembre.
« J’étais touché, il mérite tellement ce qui lui arrive aujourd’hui. Il n’a pas choisi cela, il a dû l’accepter. » Ce jour-là, le podium olympique était presque exclusivement norvégien, avec Eric Perrot sur la deuxième marche pendant que retentissait l’hymne norvégien. Tout comme sur le relais mixte, il n’hésitera pas à se battre contre son autre pays. Ni à s’impliquer dans la brouille entre Emilien Jacquelin et Sturla Laegreid.
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« Je soutiens Emilien Jacquelin, a-t-il d’ailleurs déclaré au média norvégien TV2 après la poursuite. Laegreid est très bavard, on verra s’il parle autant après le relais. » Eric Perrot est plus que jamais déterminé à faire retentir ce mardi à Antholz la Marseillaise, qu’il considère « quand même plus jolie que l’hymne norvégien ».

