Tunisie

Franchise douanière chinoise : Pékin n’ouvre pas ses portes.

La Chine ouvrira son marché aux produits de 53 pays africains à partir du 1er mai 2026, une décision annoncée par le président Xi Jinping lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba. Les échanges entre la Tunisie et la Chine ont atteint un volume commercial de 9,2 milliards de dinars en 2024, en hausse d’environ 8 % par rapport à 2023, mais le déséquilibre demeure, avec des exportations tunisiennes vers la Chine très limitées.

En ouvrant son marché aux produits de 53 pays africains à partir du 1er mai 2026, la Chine engage un changement significatif dans ses relations commerciales avec le continent. Cette annonce, faite par le président Xi Jinping lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, dépasse la simple dimension diplomatique et modifie les dynamiques économiques entre l’Afrique et la Chine.

Pour la Tunisie, dont les échanges avec Pékin connaissent une croissance rapide mais sont principalement marqués par des importations, cette décision constitue une opportunité concrète ainsi qu’un signal stratégique fort pour repenser notre intégration dans le commerce asiatique.

La Presse — Cette annonce s’inscrit dans un contexte international particulièrement chargé, caractérisé par des tensions commerciales croissantes et les surtaxes imposées par les États-Unis sur une large gamme d’importations. À rebours de cette situation tendue, la Chine mène une politique ciblée d’ouverture touchant presque la totalité du continent africain.

Désormais, tous les pays ayant des relations diplomatiques avec Pékin auront accès libre de droits au marché chinois, à l’exception de l’Eswatini, qui continue de reconnaître officiellement Taïwan.

Auparavant, seuls trois États africains bénéficiaient d’une franchise totale. L’extension à 53 pays représente un changement d’échelle inédit. Pour les économies africaines, cette ouverture réduit immédiatement les barrières à l’entrée sur un marché immense.

Pour la Chine, ce fait constitue un moyen d’accroître son influence alors que d’autres puissances, telles que les États-Unis, l’Union européenne, l’Inde ou la Turquie, intensifient leurs initiatives pour renforcer leur présence sur le continent.

Une opportunité à saisir pour la Tunisie

Les échanges entre la Tunisie et la Chine ont enregistré une progression notable ces dernières années, avec un volume commercial d’environ 9,2 milliards de dinars en 2024, en hausse d’environ 8 % par rapport à 2023, selon les données du Cepex.

Cependant, le déséquilibre reste évident : les importations en provenance de Chine ont fortement augmenté, tandis que les exportations tunisiennes vers ce marché demeurent très limitées en valeur.

Cette situation s’explique en partie par le fait que la Chine est devenue le principal fournisseur de la Tunisie, dépassant des partenaires historiques tels que l’Italie ou la France, ce qui accentue le déficit commercial.

Malgré cela, des opportunités réelles existent. Les experts estiment que le potentiel d’exportation tunisien vers la Chine pourrait atteindre environ 214 millions de dollars, les produits agricoles transformés comme l’huile d’olive, les produits de la mer et les dattes étant identifiés comme secteurs prometteurs.

Ce contexte indique que la franchise douanière annoncée par Pékin pourrait offrir une marge de manœuvre significative pour inciter les entreprises tunisiennes à accroître leur présence sur le marché chinois.

Pour concrétiser ces opportunités tarifaires, il sera toutefois nécessaire d’améliorer la compétitivité, de moderniser les capacités logistiques et d’intensifier la promotion des produits tunisiens, afin d’augmenter de manière significative les exportations vers un marché actuellement sous-exploité.

Même avec la franchise douanière, le commerce entre la Chine et l’Afrique demeure très déséquilibré. En 2025, les échanges ont atteint 348 milliards de dollars, dont 225 milliards d’exportations chinoises contre seulement 123 milliards pour l’Afrique, principalement constituée de matières premières peu transformées.

La suppression des droits de douane facilitera l’accès des produits africains au marché chinois, mais ce déséquilibre subsistera tant que le continent continuera de vendre majoritairement des ressources brutes tout en achetant des biens manufacturés.

Repenser la stratégie asiatique

La Tunisie, avec une base industrielle plus diversifiée, peut se démarquer si elle valorise mieux ses productions locales et modernise ses filières. Cette ouverture chinoise constitue donc une opportunité stratégique pour accroître sa présence sur l’un des plus grands marchés mondiaux.

L’initiative chinoise intervient à un moment où la Tunisie cherche à diversifier ses partenaires commerciaux au-delà de l’Europe, qui représente encore 70 % de ses exportations. Le marché asiatique, largement sous-exploré par les entreprises tunisiennes, pourrait devenir un axe de développement complémentaire.

La franchise douanière représente un point d’entrée pour explorer de nouveaux débouchés, augmenter la visibilité des produits tunisiens et attirer des investissements croisés. Pour tirer parti de cette nouvelle configuration, la Tunisie devra cependant relever plusieurs défis internes : simplifier les procédures d’exportation, améliorer la fluidité des services logistiques, renforcer la promotion des produits tunisiens sur les marchés asiatiques et augmenter sa présence commerciale sur les grandes plateformes chinoises. L’accès en franchise n’a de sens que si les produits offrent compétitivité, standardisation et visibilité.

Une occasion à transformer en stratégie

La décision de Pékin change la donne pour l’ensemble du continent africain. Pour certains États riches en matières premières, elle facilitera une augmentation immédiate de leurs exportations.

Pour d’autres, comme la Tunisie, moins dépendante des ressources brutes mais possédant un tissu industriel varié, elle ouvre une perspective d’insertion différente : plus qualitative, plus ciblée et potentiellement plus durable.

Il reste cependant nécessaire de concevoir une stratégie cohérente. La franchise douanière n’est pas un aboutissement, ni une garantie de succès. Elle constitue un levier, un cadre nouveau à investir.

Elle crée un espace à occuper. Reste à savoir si la Tunisie saura en faire un véritable vecteur de diversification et d’ouverture, alors que son positionnement international doit évoluer.