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800e épisode des « Simpson » : Springfield évolue sans jamais changer ?

La Fox a diffusé dimanche aux Etats-Unis le 800e épisode des Simpson. La série créée par Matt Groening détient un record absolu dans l’histoire des séries de prime time américaines.


800 épisodes, 37 saisons et aucune fin en vue ! La Fox a diffusé, dimanche aux États-Unis, le 800e épisode des *Simpson*. Ce volet spécial, en 4/3 et dans le style d’origine, revisite l’ouverture du tout premier épisode, diffusé en 1989, et examine l’évolution de la relation entre Marge et le chien Petit Papa Noël.

« Nous avons réalisé 800 épisodes, et je suis vraiment content que nous n’ayons pas créé une grande histoire globale », résume Al Jean, producteur et ancien scénariste, dans *La Presse*. « À la fin de l’épisode, on revient toujours à la case départ. Et il ne fait aucun doute que cela a eu une grande influence sur la longévité de la série. »

La série créée par Matt Groening détient un record absolu dans l’histoire des séries de prime time américaines. Cet exploit repose sur un paradoxe : à Springfield, rien ne change… sauf le monde autour, et pourtant la série continue de traiter du monde contemporain avec pertinence.

### Rien ne change à Springfield ou presque

« Cette série ne change pas. Homer a toujours sa chemise blanche et son pantalon bleu, Bart est toujours en CM1, mais il y a quand même des évolutions qui suivent la société », explique Romain Nigita, auteur de *Les Simpson ou le paradoxe du donut intemporel* (Playlist Society, 17 euros). Internet, smartphones ou réseaux sociaux deviennent parfois le sujet de certains épisodes.

« Dans l’un d’eux, Homer devient complotiste avec tout ce qu’il voit sur Facebook », rappelle l’expert. La vieille télévision cathodique est devenue écran plat : « C’est précisément là où est le paradoxe : à la fois ça change, à la fois ça ne change pas. »

### Des héros qui refusent de grandir

Cette immobilité est même mise en scène. Dans l’ouverture de la saison 36, une IA nommée HackGPT imagine une parodie de finale des Simpson : mort de M. Burns, retraite de Skinner, Maggie qui parle… Bart, réalisant qu’il y a un problème, refuse de souffler ses bougies. L’IA bugue et explose. « Tout recommence à zéro. La série a cette capacité à faire des reboots en permanence, sans avoir à s’expliquer. C’est l’avantage de la comédie et de l’animation », analyse Romain Nigita.

Une logique similaire est présente dans le 500e épisode où toute la ville quitte Springfield… avant de revenir dès l’épisode suivant, sans explication. L’épisode suivant reprend toujours la situation initiale. « La série n’est pas censée changer. Les personnages se réinitialisent chaque semaine. C’est comme *Le Jour de la Marmotte*, mais ils n’en ont pas conscience – et ils ne meurent pas si souvent », s’amuse le showrunner Matt Selman dans *The Wrap*.

Ce retour permanent au point de départ rend la série accessible dans n’importe quel ordre et offre un potentiel de rediffusion infini.

### Des thèmes de société intemporels

Un épisode des *Simpson* demande neuf mois de fabrication, contre quelques jours pour *South Park*. Il est donc impossible de coller à l’actualité immédiate. « Ce qui était une faiblesse est devenue une force : en traitant de sujets très larges mais politiques, ils sont compréhensibles par tout le monde et tout le temps », souligne l’essayiste.

Écologie, consommation, religion, système de santé ou fins de mois difficiles : un épisode des années 1990 reste pertinent aujourd’hui.

### Une chronologie incohérente assumée

« Je ne me préoccupe pas de respecter la chronologie », assume le showrunner Matt Selman à *EW*. Dans les premières saisons diffusées dans les années 1990, Homer et Marge se rencontrent dans les années 1970. Plus tard, leur jeunesse se déroule dans les années 1990 au moment des DVD. « Ils ont accepté ce truc paradoxal, ça va avec les Simpsons », note Romain Nigita.

Chaque génération de scénaristes de la série actualise aussi les références culturelles des personnages sans modifier leur âge. « Dans les premières saisons, ils aiment les séries des années 1960 comme *I Love Lucy*, plus tard, on apprend que Marge était dans sa jeunesse fan de *Dawson* », rappelle le spécialiste.

### La série change avec son public

La série traverse les décennies parce qu’elle se redécouvre en permanence. « Il y a plein de références qu’on ne comprend pas quand on la voit enfant et qu’on peut redécouvrir adulte », salue Romain Nigita.

Elle évolue également à travers le regard du public. Le personnage d’Apu illustre ce glissement des sensibilités : ce qui ne faisait pas débat hier est aujourd’hui remis en question. Même logique pour la violence intrafamiliale, lorsque les producteurs ont annoncé qu’Homer n’étranglerait plus Bart.

Près de quarante ans après ses débuts, la création de Matt Groening continue donc de commenter la société et ses mutations sans se transformer. « La série n’est pas faite pour finir », insiste Matt Selman dans le *New York Post*. Comment finir une intrigue qui n’a jamais vraiment commencé ?