Belgique

Ministre-président bruxellois non bilingue : zoom sur Daniel Ducarme en 2003

Daniel Ducarme, MR, prête serment comme ministre-président régional le 6 juin 2003, face à la présidente de la séance, Magda De Galan. En 2004, Daniel Ducarme quittera son poste non pas sur une question de bilinguisme mais après qu’un journal a révélé ses démêlés fiscaux, réglés en 2005.


« **Ils ne sauront pas l’apprivoiser, le fier Lion flamand…** » Le 6 juin 2003, en milieu de matinée, au Conseil régional bruxellois, Daniel Ducarme, membre du MR, prête serment en tant que ministre-président régional. Debout, la main droite levée, face à la présidente de séance, la socialiste Magda De Galan, le libéral, qui a décidé de remplacer François-Xavier de Donnéa, commence la formule consacrée : « **Je jure fidélité…** »

À peine a-t-il commencé que, dans la tribune du public, trois hommes, également debout mais bras croisés, entament le « **Vlaamse Leeuw** », l’hymne flamand. Ce sont des nationalistes de la NV-A, un jeune parti politique né sur les cendres de la Volksunie. La présidente exige le silence et frappe son pupitre avec son maillet. Les agents de police militaire semblent avoir surveillé les perturbateurs, car en quelques secondes, ces derniers sont interpellés et sortis de la salle. Daniel Ducarme, imperturbable, reprend la parole sans interruption : « **Je jure fidélité au Roi, obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge. Ik zweer getrouwheid aan de Koning, gehoorzaamheid aan de Grondwet en aan de wetten van het Belgische volk.** » Des applaudissements suivent.

** »Moi, j’apprends assez vite »**

Cependant, en dépit de ses efforts pour prononcer le serment constitutionnel en néerlandais, plusieurs élus néerlandophones de la capitale lui reprochent de ne pas être bilingue, une situation qui rappelle celle de la semaine précédente avec Boris Dilliès, hésitant face aux caméras du nord du pays. En 2003, au sein de la majorité bruxelloise, qui comprend trois partis néerlandophones – le CD&V, le VLD et la Sp.a –, certains voient en Ducarme un problème politique, tout comme la double casquette ministérielle du Thudinien, arrivé à Bruxelles dans les années 2000. En effet, le jour de son serment en tant que ministre-président, Daniel Ducarme prête également serment en tant que ministre de la Communauté française.

Dans la capitale, il est conscient qu’il doit rassurer ses partenaires néerlandophones. Avant cette séance troublée, il avait rencontré les élus du camp linguistique opposé, à l’exception de ceux du Vlaams Blok. Une réunion est planifiée. Face à la caméra, Daniel Ducarme tente de rassurer l’opinion publique : « **Moi, j’apprends. J’apprends assez vite. Donc, ça va. Le néerlandais difficile ? C’est motivant !** »

Face à lui, le ministre Jos Chabert déclare : « **We gaan een goede vergadering hebben. Je suis persuadé que nous allons avoir une bonne réunion**. » L’interlocuteur lui répond, un peu désorienté : « **Ik weet niet. Het is uw probleem.** » Chabert conclut avec le sourire : « **Ons probleem**. »

Walter Vandenbossche, député CD&V, n’apprécie guère moins : « **Quand on veut être ministre-président de la capitale de notre pays, il faut au moins connaître les deux langues. Cela me semble tout à fait logique.** » Quelle durée accorde-t-il à Daniel Ducarme pour devenir bilingue ? « **Pas un jour. Mais il demandera du temps à mon avis. Alors, on verra de combien de temps il aura besoin. Six mois, trois mois ? On verra au mois de septembre.** »

** »Là, il y a un grave problème politique »**

Si Ducarme échoue à cet examen de rentrée, d’autres ne feront preuve d’aucune clémence. Jan Beghin, député CD&V, affirme : « **Là, il y a un grave problème politique.** » Pour Sven Gatz, du VLD, l’appartenance de Daniel Ducarme à deux exécutifs pose également problème : « **C’est une question de déontologie.** »

Au sein même de son camp, le « Duc » est critiqué pour son manque de maîtrise du néerlandais. François-Xavier de Donnéa, qui parlait couramment les deux langues et avait été invité à céder sa place de ministre-président contre son gré, évoque un « **handicap** » pour un ministre ne pouvant pas « **s’exprimer à la télévision ou à la radio pour expliquer sa politique à l’opinion publique.** »

Dans l’opposition francophone, peu de bienveillance pour le nouveau venu, déjà le troisième ministre-président de cette législature débutée en 1999, après Jacques Simonet et FXDD. Christos Doulkeridis, chef de groupe Ecolo, déplore : « **Je n’attends pas grand-chose de ce ministre-président. […] Le temps qu’il s’installe, le temps qu’il apprenne à devenir bilingue, le temps qu’il comprenne les institutions et le fonctionnement de ce gouvernement et ce parlement, on va perdre un temps fou.** »

Daniel Ducarme suivra un cours au Ceran, un centre d’apprentissage des langues réputé, basé à Spa et à Bruxelles — tout comme son fils Denis Ducarme quelques années plus tard. Ses efforts sont appréciés. En fin de compte, aucune crise au sein de la majorité régionale, aucune démission exigée des néerlandophones de Bruxelles.

En 2004, Daniel Ducarme quittera son poste non pas en raison de ses compétences linguistiques, mais après qu’un journal a exposé ses problèmes fiscaux, qui seront réglés en 2005 à la suite de plusieurs recours. Daniel Ducarme décédera en 2010.