France

Des parents souhaitent abolir le stage d’observation après la mort de leur enfant.

Arnaud Darthenay a perdu son fils, âgé de 16 ans, le 17 juin 2025, à la suite d’une chute de palettes de marchandises lors d’un stage d’observation dans un magasin d’ameublement à Saint-Lô (Manche). Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, quatre mineurs sont décédés entre le 30 avril et le 4 juillet 2025 sur leur lieu de travail, qu’ils soient en stage, en alternance ou en apprentissage.

Les stages d’observation pour les élèves touchent à leur fin. Pour certains parents, cette période ravive des souvenirs tragiques. Arnaud Darthenay a perdu son fils, âgé de 16 ans, le 17 juin 2025. Lors d’un stage d’observation en seconde dans un magasin de meubles à Saint-Lô (Manche), Axel est décédé suite à une chute de palettes lors du déchargement d’un camion. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte par le parquet de Coutances.

Depuis cet événement, Arnaud Darthenay se bat pour mettre un terme aux stages obligatoires en seconde générale instaurés en 2024, qu’il juge « sans aucune valeur pédagogique ». Fin octobre 2025, ce chef d’entreprise a lancé une pétition qui a recueilli jusqu’à présent 4 600 signatures. « Nous ne voulons pas que d’autres familles traversent ce que nous vivons », confie-t-il à 20 Minutes. « Ce stage d’observation a été mis en place pour occuper les enfants pendant les quinze jours du bac. Les entreprises ne sont pas des garderies et comportent des risques. »

« Notre fils n’aurait pas dû être sur ce chantier »

Virginie*, 52 ans, a signé la pétition sans hésiter, souhaitant élargir cette interdiction à tous les stages. En 2022, elle a perdu son fils, également prénommé Axel, durant un stage d’observation de 3e de cinq jours. Lors de ce stage en maçonnerie, Axel a été conduit sur un chantier de démolition d’un garage ayant été incendié six mois plus tôt. « Lorsque les travaux ont débuté pour détruire le mur, notre fils se trouvait juste à côté et le mur s’est effondré sur lui », raconte-t-elle avec émotion. « Notre fils n’aurait pas dû se trouver là ni même sur ce chantier. »

Résidante dans la région nantaise, elle partage le combat d’Arnaud, qu’elle a découvert via les réseaux sociaux. En octobre 2025, le procès a établi la responsabilité du gérant de l’entreprise et de la société pour homicide involontaire. Il a été condamné à un an de prison avec sursis, et la PME devra s’acquitter d’une amende de 15 000 euros. « Le procès a eu lieu trois ans et quatre mois après, c’est très long », déplore Virginie, qui travaille près du palais de justice. « C’est horrible. »

Des manquements à la sécurité

« Il a été établi qu’il y avait de nombreux manquements à la sécurité, précise-t-elle. Ce jour-là, Axel n’avait aucun casque ni gant. Mon mari lui a fourni des chaussures de sécurité. » L’équipe avait effectivement l’habitude de ne pas porter de casque, et il n’y avait pas de document rappelant les règles de sécurité ni de signalétique pour interdire l’accès au chantier, dénonce encore Ici Loire-Atlantique, qui a assisté au procès.

Le manque de formation des jeunes à la sécurité au travail est un point sur lequel Arnaud Darthenay insiste. Il condamne le fait que l’Éducation nationale ne prépare pas ces stages en amont. « Si le stage a lieu, il est essentiel qu’il y ait une préparation en lien avec le professionnel qui accueille l’enfant, pour évaluer les conditions de son accueil, ce qu’il peut et ne peut pas faire, ainsi que le lieu où il va travailler », explique-t-il.

Pas de recensement précis du nombre d’accidents

Une enquête de la cellule investigation de Radio France a révélé que quatre mineurs sont décédés entre le 30 avril et le 4 juillet 2025 sur leur lieu de travail, qu’ils soient en stage, en alternance ou en apprentissage. Le collectif des familles stop à la mort au travail comptabilise, parmi ses membres, quatre familles dont l’enfant est mort en stage, a-t-il indiqué à 20 Minutes.

Contacté, le ministère de l’Éducation nationale a confirmé qu’il n’existe pas de recensement centralisé de « ces événements dramatiques très rares » pour ce ministère, mais qu’un signalement est effectué par l’inspection du travail auprès de la Direction générale du travail, comme pour tous les accidents de travail graves et mortels.

Sensibiliser les jeunes à la sécurité au travail

Avec le ministère du Travail, le ministère de l’Éducation nationale a également annoncé que dans le cadre du plan santé au travail, des ressources « seront disponibles cette année scolaire » pour fournir des documents de sensibilisation à la sécurité au travail pour les élèves de 3e et de 2nde générale et technologique, basés sur les supports déjà existants pour les élèves de lycée professionnel.

La circulaire du 21 novembre 2025 stipule également que l’organisme d’accueil doit procéder à l’évaluation des risques professionnels pour l’élève, mettre en œuvre les actions de prévention nécessaires, et qu’un rappel des points de vigilance doit être effectué dans les établissements scolaires avant les stages en milieu professionnel.

En juin, la CGT Educ’action avait dénoncé, avec « l’explosion des stages », les situations où les jeunes sont « de plus en plus exposés aux dangers sans y être préparés », demandant à « revoir les obligations liées à ces périodes de stage, de les repenser pour mieux les encadrer et garantir la sécurité des jeunes en entreprise ». Le ministère rappelle que la convention obligatoire doit assurer les conditions de sécurité conformément au Code de l’éducation et au Code du travail, et insiste sur le fait que les élèves ne doivent pas être considérés comme du personnel au sein de l’entreprise ou de l’organisme d’accueil.

Les stages, « un succès » pour l’Éducation nationale

Dans une réponse donnée le 18 décembre au sénateur centriste de l’Eure, Hervé Maurey, le ministère a défendu ces « séquences d’observation en milieu professionnel », les considérant comme « un levier puissant » qui permet aux élèves « d’élargir leur connaissance des secteurs d’activité et des métiers pour diversifier leurs projets d’orientation ».

L’institution qualifie les stages de seconde générale et technologique de « succès », affirmant que 91 % des élèves ont déclaré avoir été satisfaits de leur stage en 2025, contre 83 % en 2024. Une réaction jugée insupportable et inhumaine par Arnaud Darthenay. « Comment peut-on parler de réussite dans le contexte de la mort d’un enfant et possiblement d’autres faits ? », s’indigne-t-il, vivant avec un sentiment de vide depuis la perte de son fils. Avec sa famille, il attend le procès pour tenter de trouver des réponses sur la mort d’Axel.

* Le prénom a été modifié.