Un quart des enfants ne discutent pas de la violence à l’écran.
Environ un quart des enfants de 8 à 15 ans affirment n’avoir jamais eu de discussions avec leurs parents sur des contenus choquants qu’ils auraient pu voir en ligne. D’après le baromètre, 80 % des 11-15 ans possèdent un smartphone personnel et 52 % des 8-10 ans en ont également un.

On pourrait penser que cette problématique est largement reconnue et acceptée. Depuis l’avis émis par les académies des sciences, de médecine et des technologies en 2019, qui appelait à une « vigilance raisonnée sur les technologies numériques », jusqu’aux témoignages de parents ayant perdu des enfants par suicide suite à des expositions répétées à des vidéos sur TikTok, sans oublier la montée des discours masculinistes en ligne et les détournements de photos de famille par des pédocriminels, l’actualité avertit régulièrement des dangers que représentent les écrans pour les jeunes. Pourtant, une grande majorité de parents ne prend pas le temps de sensibiliser leurs enfants, selon le dernier baromètre de la Fondation pour l’Enfance.
Cette enquête, réalisée auprès d’environ mille parents et presque autant d’enfants âgés de 8 à 15 ans (*voir méthodologie ci-dessous), révèle qu’environ un quart des enfants interrogés affirment n’avoir jamais discuté avec leurs parents de contenus inappropriés vus en ligne, tels que des scènes pornographiques ou de violence. De plus, 12 % des enfants se disent que leurs parents ne leur parlent jamais des « risques sur Internet », comme le cyberharcèlement, les arnaques, les défis dangereux ou les interactions avec des inconnus.
Des familles avec « très peu de dialogue »
Ces dangers sont bien réels. Par exemple, près d’un garçon de 10 ans sur cinq consulte des sites pornographiques chaque mois, en y passant en moyenne une trentaine de minutes. À partir de 12 ans, plus de la moitié des garçons accède à ces sites environ une heure par mois. Par ailleurs, 20 % des élèves de primaire affirment avoir déjà été victimes de cyberharcèlement, chiffre qui atteint près de 30 % chez les collégiennes.
Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’Enfance, se déclare à moitié surprise par cette situation. « Il y a beaucoup de familles où il y a très peu de dialogue avec les enfants », constate-t-elle, soulignant l’importance d’une « véritable éducation aux médias et au numérique » : « Il faut parler des écrans aux enfants dès le plus jeune âge et établir un dialogue au fil du temps. Si ce dialogue a commencé dès le départ, il sera plus facile d’échanger à l’adolescence, quand les risques se multiplient. Sans prévention en amont, l’enfant ne reconnaîtra pas le risque lorsqu’il sera confronté à une image inappropriée. »
52 % des 8-10 ans ont un smartphone
Les écrans occupent une place prépondérante dans la vie des enfants, même chez les plus jeunes. Selon le baromètre, 80 % des 11-15 ans possèdent un smartphone, et 52 % des 8-10 ans en ont également un. Ces appareils ne sont pas utilisés uniquement pour passer des appels, comme le montrent des données récentes de l’institut Médiamétrie : les 11 à 14 ans passent en moyenne 1h47 par jour sur les réseaux sociaux et les messageries instantanées, malgré l’interdiction d’accéder à ces réseaux avant 13 ans, et le vote récent par les députés en faveur d’une interdiction pour les moins de 15 ans.
Cependant, cette grande accessibilité ne s’accompagne pas des protections nécessaires, probablement en raison de problèmes de communication, souligne Joëlle Sicamois. Ainsi, 44 % des parents et 40 % des enfants estiment que les échanges autour du numérique « sont souvent sources de disputes ». « Nombreux sont les parents qui jugent au lieu de s’intéresser à ce que font leurs enfants, explique Joëlle Sicamois. Si les enfants perçoivent une attitude uniquement critique ou une réponse par interdiction, ils seront réticents à en parler. Ils doivent savoir qu’ils trouveront à la maison une oreille attentive. »
Un tiers des parents laissent des écrans au coucher
Une autre constatation intéressante de ce baromètre révèle que de nombreux parents sous-estiment la nocivité des écrans à certains moments de la journée. En effet, 29 % des parents permettent à leurs enfants d’utiliser des écrans avant de dormir, et 20 % dès le réveil ou pendant le petit déjeuner.
De nombreuses études ont pourtant démontré que consulter un téléphone ou une tablette avant de se coucher nuit au sommeil, la lumière bleue freinant la sécrétion de mélatonine, hormone essentielle à l’endormissement. Le matin, cette utilisation représente un véritable obstacle à l’apprentissage, précise Joëlle Sicamois, car les écrans créent une « ébullition invisible » qui rend l’enfant moins disponible pour acquérir de nouvelles connaissances. « Il est sans doute encore nécessaire de rappeler qu’il existe des moments clés de la journée qu’il est important de préserver », ajoute la directrice de la Fondation pour l’Enfance.
Enfin, l’enquête menée par l’Ifop semble révéler une France qui se refuse à l’ennui, bien que ce sentiment soit pourtant bénéfique. Trois quarts des parents avouent ainsi avoir recours aux écrans pour « occuper leurs enfants, faute d’autre solution », et plus de la moitié des enfants (55 %) admettent utiliser les écrans par ennui. Joëlle Sicamois conclut avec cette recommandation qui pourrait servir de programme politique : « Il est essentiel de réintroduire l’ennui dans les activités des enfants. »
* Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1.001 personnes, représentatif des parents d’enfants âgés de 8 à 15 ans. À la fin de l’enquête, avec le consentement préalable des parents, les enfants ont été interrogés. 953 enfants âgés de 8 à 15 ans ont répondu au questionnaire, auto-administré en ligne du 1er au 10 décembre 2025. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas.

