72% des élèves ne réussissent pas en mathématiques
Selon une étude de l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), 72 % des élèves des cycles primaire et secondaire rencontrent de sérieuses difficultés en mathématiques. En moyenne, les ménages tunisiens consacrent 1 179 dinars par an aux cours particuliers pour pallier les lacunes du système public.
Une récente étude de l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), intitulée « L’intelligence artificielle comme levier du rôle social de l’État », met en évidence la grave crise que traverse le système éducatif tunisien. Le rapport souligne qu’environ 72 % des élèves des cycles primaire et secondaire rencontrent d’importantes difficultés en mathématiques, un chiffre qui souligne l’urgence d’une réforme structurelle.
Un niveau scolaire en déclin
Les données fournies par l’ITES peignent un tableau inquiétant de l’école tunisienne et mettent en lumière les faiblesses du système éducatif. En lecture, 34 % des élèves du primaire ne maîtrisent pas les compétences minimales exigées. Cette insuffisance de base met en péril l’ensemble de leur parcours scolaire.
Le décrochage scolaire constitue un autre indicateur préoccupant : environ 100 000 élèves abandonnent l’école chaque année, principalement dès le cycle primaire. Bien qu’un taux de scolarisation élevé soit observé chez les 6-16 ans, estimé à 92 %, celui-ci chute à 65 % au niveau secondaire, mettant en évidence une rupture significative dans la continuité éducative.
À ces problèmes s’ajoute un fardeau financier croissant pour les familles. En moyenne, les ménages tunisiens consacrent 1 179 dinars par an aux cours particuliers pour compenser les lacunes du système public, ce qui accentue les inégalités sociales en matière d’éducation.
Intelligence artificielle et éducation : une solution stratégique
Face à ces constats, l’ITES propose d’intégrer massivement l’intelligence artificielle (IA) dans le système éducatif tunisien. Le rapport émet 23 recommandations réparties sur trois axes principaux : le développement d’outils pédagogiques intelligents, la formation des enseignants aux technologies numériques et le renforcement de l’écosystème numérique éducatif.
Parmi les solutions phares suggérées :
La création d’assistants pédagogiques intelligents pour l’apprentissage des langues (arabe, français, anglais), focalisés sur la grammaire, la prononciation et la conversation.
Le déploiement de tuteurs numériques en mathématiques capables d’offrir un accompagnement personnalisé et adaptatif afin de réduire le taux d’échec de 72 %.
L’utilisation de systèmes d’IA pour un diagnostic précoce des troubles de l’apprentissage dès les premières années de scolarité, permettant des interventions ciblées et rapides.
Opportunités et défis de l’IA dans le système éducatif tunisien
Lors d’une intervention vidéo, Maladh Marrakchi, maître de conférences et consultant senior en intelligence artificielle, a affirmé que l’IA constitue une opportunité considérable pour personnaliser l’évaluation, adapter les contenus pédagogiques et optimiser le suivi des élèves. Cependant, il a également souligné la nécessité d’un cadre réglementaire clair afin de minimiser les risques associés à l’utilisation des données et aux dérives technologiques.
Le rapport identifie également d’importants atouts pour réussir cette transition numérique. La Tunisie bénéficie d’un écosystème dynamique de startups spécialisées dans l’EdTech ainsi que d’une adoption croissante des plateformes d’enseignement à distance. Néanmoins, le principal obstacle demeure le manque de formation des enseignants aux outils d’intelligence artificielle, une condition essentielle pour garantir une intégration efficace et équitable de ces technologies.
À travers cette étude, l’ITES place l’intelligence artificielle au centre du débat sur la réforme de l’éducation en Tunisie, la présentant non pas comme une solution miracle, mais comme un levier stratégique pour restaurer la qualité de l’enseignement et réduire les inégalités scolaires.

