Tunisie

Un climatologue avertit d’une nouvelle normalité en Tunisie.

La Tunisie a connu durant l’hiver 2026 des conditions météorologiques marquées par des vents forts plus fréquents que la normale, notamment le jeudi 12 février et, dans une moindre mesure, le dimanche 15 février. Le professeur Hajri a estimé que « les situations que nous observons aujourd’hui confirment que ces scénarios ne relèvent plus seulement de la théorie ».


La Tunisie a connu, durant l’hiver 2026, des conditions météorologiques particulièrement violentes et inhabituelles, marquées par des vents forts plus fréquents que d’ordinaire, notamment le jeudi 12 février et, dans une moindre mesure, le dimanche 15 février.

Ces événements pourraient illustrer concrètement l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes liée au changement climatique, selon l’universitaire et chercheur en climatologie Jamil Hajri. Dans une déclaration à l’agence TAP, le spécialiste s’est interrogé sur la réalisation des projections climatiques annonçant une augmentation des événements extrêmes. « Les situations que nous observons aujourd’hui confirment que ces scénarios ne relèvent plus seulement de la théorie », a-t-il estimé.

### Une configuration atmosphérique exceptionnelle

Le professeur a expliqué que la circulation atmosphérique hivernale en Tunisie est généralement dominée par un flux d’ouest, contrôlé par deux centres d’action majeurs : l’anticyclone des Açores et la dépression d’Islande. Toutefois, cette dynamique s’est exceptionnellement transformée en circulation méridienne, provenant du nord, à la suite du déplacement de certains centres de pression saisonniers. Ainsi, le 12 février, en plus de l’anticyclone des Açores actif, une dépression atmosphérique très profonde, atteignant 979 millibars, s’est positionnée à l’ouest de Varsovie, en Pologne. Cette configuration a engendré un fort gradient de pression, accélérant les vents et générant des courants violents et particulièrement froids en provenance du nord de l’Europe. Une situation similaire a été observée le dimanche 15 février, ce qui, selon le climatologue, confirme une augmentation de la fréquence des circulations nord-sud au détriment du flux d’ouest habituel.

### Des impacts croissants sur le développement

Pour l’expert, les effets du changement climatique représentent désormais un risque majeur pour le développement du pays, notamment en raison de leurs répercussions sur les ressources hydriques. Il estime que la Tunisie doit s’engager progressivement dans un modèle de développement à faibles émissions de carbone, capable de s’adapter aux nouvelles réalités climatiques. Dans cette perspective, il recommande que la stratégie climatique nationale à l’horizon 2050 repose sur deux piliers essentiels : l’amélioration des connaissances scientifiques sur le climat et la mise en place d’une gouvernance efficace.

### Renforcer la recherche et la gouvernance climatique

Les projections climatiques concernant la Tunisie reposent actuellement sur des modèles internationaux fondés sur des hypothèses variables selon les régions. Le chercheur souligne donc l’importance d’approfondir la connaissance des tendances climatiques locales et des phénomènes extrêmes afin d’améliorer la précision de ces prévisions. Il plaide aussi pour la définition de priorités de recherche sectorielles et le renforcement des études de vulnérabilité, dans le cadre d’une approche multisectorielle et territoriale. En matière de gouvernance, il insiste sur la nécessité d’intégrer durablement les enjeux climatiques dans la planification du développement et la gestion des ressources, avec la participation de multiples acteurs au-delà de l’État.

### Vers une culture de gestion des risques

Le professeur Hajri conclut que les phénomènes météorologiques extrêmes constituent désormais une caractéristique durable du climat tunisien. Face à cette nouvelle réalité, il appelle à un changement profond des comportements, fondé sur une meilleure conscience environnementale et des politiques anticipatives. Cela implique notamment le renforcement des systèmes d’alerte, la préparation aux tempêtes et aux inondations récurrentes, ainsi que la diffusion d’une véritable culture de prévention, en particulier auprès des populations les plus vulnérables. Selon lui, l’adaptation aux événements climatiques extrêmes n’est plus une option, mais une nécessité urgente pour limiter les risques de catastrophes futures.