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Pays de Galles – France : Stratégies pour éviter les critiques sur TF1 ?

Pour la première fois depuis plus de 40 ans, un match du XV de France dans le Six Nations ne sera pas diffusé sur France 2 ce dimanche. Pendant la Coupe du monde, ils ont été suivis par 13,5 millions de téléspectateurs en moyenne.


Un tournant pour le Tournoi. Pour la première fois en plus de quarante ans, un match du XV de France dans le cadre du Six Nations ne sera pas diffusé sur France 2 (ou Antenne 2 pour les fans de Roger Couderc), ce dimanche. C’est sur TF1, qui a acquis neuf matchs de la compétition auprès de France Télévisions, qu’il faudra se tourner aux alentours de 16 heures pour assister à la rencontre entre les Bleus et le pays de Galles – enfin, si tout se passe comme prévu. Cela va nous changer.

Désolé de vous prévenir, mais des plaintes vont certainement émerger, sur les réseaux sociaux ou ailleurs. « Rendez-nous Matthieu Lartot » par ici, « Que de la pub entre les hymnes et le coup d’envoi ? » par là… Évidemment, l’expérience du rugby est différente sur la première chaîne. Si son directeur des sports, Julien Millereux, loue dans *Midi Olympique* « un événement patrimonial » qui nécessite d’être « au niveau de cette compétition en termes d’ambitions éditoriales », les contraintes financières persistent. TF1, chaîne privée gratuite, dispose d’un style pour les grands événements sportifs qui lui est propre, avec moins de temps d’antenne avant et après les matchs pour privilégier la publicité et les bandes-annonces.

Le téléspectateur est profondément attaché à l’environnement autour de ses compétitions favorites. Le Tour de France ou Roland-Garros sur France TV, le Top 14 sur Canal +, la Coupe du monde de football sur TF1… « On s’habitue à des voix, à un certain type de commentaire, à des débriefs particuliers, et dès qu’on change cela, il faut un temps d’adaptation », explique Florent Dasque, un mordu de rugby. Né à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, il est proche de certains joueurs, dont Antoine Dupont. Lui qui ne manque jamais un match a une théorie : « Quand quelque chose nous est familier, on aime bien le retrouver, c’est aussi simple que ça. Dès que ça change, la première impression est souvent négative. »

Lorsqu’il y a des critiques, le commentateur, figure de proue de sa chaîne, en est souvent la cible. C’est vrai pour toutes les chaînes. Sur TF1, Christian Jeanpierre ou Thierry Gilardi par le passé, François Trillo lors de la Coupe du monde 2023 ou Stefan Etcheverry, aux commandes lors des trois matchs de la tournée d’automne, n’ont pas échappé aux critiques. « J’ai l’impression qu’on a un peu de ressentiment vis-à-vis de cette chaîne dans l’opinion publique, surtout lorsque les matchs se déroulent sous sa houlette. Mais je ne pense pas que cela soit dirigé contre des personnes, c’est plutôt une critique des protocoles », tempère Florent Dasque. Il y a sans doute une part de vérité là-dedans. Le commentaire sur la première chaîne doit aussi répondre à un certain cahier des charges, pas toujours aux goûts des puristes.

Une voix du rugby français explique que « TF1, c’est un modèle quantitatif. Cela force le commentateur à jongler entre un noyau de passionnés, des vrais aficionados du rugby qui ne dormiront pas si tu te trompes sur le nom d’un joueur, et des spectateurs qui ne connaissent que peu le sport. C’est un peu la quadrature du cercle, un exercice insoluble. » Il est en effet délicat d’expliquer en 30 secondes le concept de ligne de hors-jeu de manière compréhensible pour tous. Le rugby n’est pas ancré dans la culture populaire comme peut l’être le football, et ses nombreuses règles, nécessaires pour un sport de contact, nécessitent du temps pour être assimilées.

Un commentateur anonyme souligne : « Faut-il faire des parallèles ? Dire que Dupont est le Mbappé du rugby français ? Les connaisseurs feront la moue, mais cela trouve écho chez ceux qui découvrent le rugby. Il faut toucher tout le monde, même si on ne peut pas passer son temps à expliquer ce qu’est un en-avant. » De plus, le temps de jeu effectif d’un match international est bien supérieur à celui d’une rencontre de Top 14, par exemple. Les temps morts sont rares pour entrer dans les détails, sans oublier d’intégrer deux fois parmi les mi-temps le fameux « jeu-pour-vous-faire-gagner-25.000-euros-vous-qui-êtes-chez-vous-il-suffit-de-répondre-à-la-question-suivante ».

Seules les personnes concernées pourraient exprimer si cela est frustrant, mais en tout cas, il n’y a pas de tromperie sur la marchandise. Sur TF1, qui n’a pas répondu à nos demandes d’interview, le contrat est clair. Le journaliste chargé de commenter les grands matchs sait à quoi s’attendre. Prendre un instant pour parler d’un joueur juste avant le coup d’envoi, donner des informations sur l’arbitre ou partager des anecdotes sur la semaine d’entraînement ne sont que des options. C’est aussi le réalisateur qui contrôle le flux des images diffusées et à quel moment.

Tout cela représente un exercice délicat, mais concernant le commentaire lui-même, certaines choses sont parfois critiquées. En novembre, Stefan Etcheverry, pour son entrée sur la chaîne, était apparu un peu hésitant au micro. Bien qu’il soit un excellent spécialiste du rugby ayant joué à un haut niveau, le journaliste d’origine autrichienne a été jugé trop distant et monotone lors des moments forts, selon ses détracteurs. « Il est difficile de critiquer les commentateurs. Certaines voix plaisent plus que d’autres, c’est certain. Mais il existe une grande différence entre bien connaître le rugby et bien transmettre des émotions », observe Florent Dasque. « En fin de compte, mieux vaut connaître un peu moins le sport et être totalement engagé dans le partage. »

Cela dit, chaque commentateur a son propre style et il est inutile de lui demander de changer. S’efforcer de faire trop de fervent serait contre-productif. La responsabilité de la sélection du commentateur appartient à la direction de la chaîne. Notre commentateur se décrit souvent comme un arbitre : « Tout le monde cite Roger Couderc en référence, mais si on écoute ses commentaires, à part sa voix chaleureuse, il ne dit pas de choses extraordinaires. Pierre Salviac, par exemple, était beaucoup plus innovant, mais il était sans doute moins chaleureux. Tout cela est très subjectif. Ce qui est primordial, c’est la complicité avec le consultant. C’est cela qui crée un certain équilibre. Il doit y avoir un contraste entre le commentateur et le consultant, deux tonalités différentes qui s’harmonisent bien. C’est ce qui rendra l’écoute agréable. »

Derrière l’aspect technique, sur lequel des discussions peuvent être animées, l’émotion partagée et la complicité naturelle à l’antenne sont deux éléments qui toucheront tout le monde, du novice au puriste. Pour le reste, tout dépend du spectacle offert par les joueurs. Que ce soit sur TF1 ou Canal, le commentateur est dépendant de la qualité du match. Difficile de promouvoir un match d’exception en cas de 25 mêlées et d’en-avant à cause de la pluie. Heureusement, cela n’arrive pas souvent ces dernières années avec les Bleus. Qu’ils gagnent (souvent) ou qu’ils perdent (parfois), Toto Dupont, Louis Bielle-Biarrey et leurs coéquipiers offrent un rugby vivant, voire captivant. Cela a incité un large public à se rassembler devant la télévision.

Pendant la Coupe du monde, ils ont attiré en moyenne 13,5 millions de téléspectateurs. En 2025, quatre de leurs cinq matchs du Tournoi figuraient parmi les quinze plus grosses audiences de l’année, toutes chaînes confondues. Le rugby rivalise désormais avec le football. Cette dynamique a été confirmée lors de la rencontre face à l’Irlande la semaine dernière, avec 7,24 millions de téléspectateurs sur France 2, un record historique pour un match d’ouverture. Cela fait du monde pour donner son avis.

« Nous sommes désormais dans la société du commentaire. Chacun a une opinion sur tout, et comme le disait Coluche, tout le monde a surtout un avis. Si tu n’as pas tes détracteurs, c’est que tu as raté quelque chose », sourit notre voix du rugby. Stefan Etcheverry, reconduit pour le Tournoi aux côtés de Thomas Lombard, peut s’en réjouir. En attendant le Mondial 2027, pour lequel la première chaîne a acquis les droits, ainsi que d’autres compétitions internationales. Au total, 23 matchs des Bleus seront diffusés sur TF1 entre 2026 et 2029. Peut-être l’occasion de s’y habituer, du moins un peu.