JO 2026 – Martin Fourcade remporte un titre seize ans après
Martin Fourcade a remporté sa première médaille olympique en argent le 21 février 2010 à Vancouver. Le Comité international olympique lui remettra officiellement sa médaille d’or le dimanche à 12h20, seize ans après les faits.
De notre envoyé spécial à Anterselva,
Martin Fourcade aurait dû célébrer avec une médaille d’or autour du cou sur le rythme d’« Alors on danse » de Stromae, un tube récemment sorti, avant d’être félicité par Nicolas Sarkozy à L’Elysée. Cependant, le biathlète français de 21 ans s’était contenté de l’argent lors de ses premiers JO, en février 2010 à Vancouver. Cet événement remonte à hier, du moins pas tant que ça, et ce premier grand succès olympique du Pyrénéen va prendre fin ce dimanche (12h20).
Lors d’une journée marquée par les deux poursuites des JO de Milan-Cortina 2026, le Comité international olympique (CIO) va lui remettre officiellement sa première médaille d’or, qui est devenue avec le temps sa sixième. Oui, SEIZE ANS après les faits, en raison de la condamnation définitive pour dopage de son rival russe Evgeny Ustyugov, champion sur la mass-start de Vancouver, en mai 2025.
Un partage avec ses enfants, sans « aigreur »
C’est un sacre pour le moins atypique qui fait de Martin Fourcade l’athlète olympique français le plus titré de l’histoire, avec ses six médailles d’or en trois olympiades (plus une en argent), devançant Teddy Riner (cinq en or, sept au total) et Quentin Fillon Maillet (quatre victoires et trois médailles d’argent, en attendant encore mieux dès ce dimanche). Alors, que va ressentir l’actuel membre du CIO sur cet improbable podium, qui rendrait les validations de but du VAR presque joyeuses en comparaison ?
Interrogé mercredi par 20 Minutes à Anterselva, Martin Fourcade (37 ans) déclare : « Les gens imaginent que j’ai de l’aigreur et le sentiment d’une émotion volée à l’époque. Mais je ne suis pas du tout dans cette dynamique-là. L’émotion, je l’ai vécue le jour même de la course, en argent. Et pour moi à ce moment-là, cette médaille d’argent, c’était de l’or. J’ai eu la chance de vivre de nombreuses autres médailles d’or olympiques, donc je me sens béni. » La légende du biathlon français continue.
« C’est aussi une occasion pour moi de me replonger dans ces souvenirs de l’époque. Mes autres médailles olympiques, elles dorment dans un placard. Alors que celle-là, finalement, depuis que cette procédure judiciaire a été engagée en 2020, elle reprend vie. C’est une magnifique opportunité pour moi de partager de nouveau des émotions avec mes entraîneurs de l’époque, et de faire vivre cette médaille aussi à mes trois enfants, qui n’étaient pas encore nés alors. C’est une chance unique. »
La détresse de son frère Simon en 2010
Non loin de lui ce dimanche se trouvera son grand frère Simon, qui avait éprouvé des sentiments très divers durant cette même mass-start des JO d’hiver 2010, terminant à la 13ème place, bien qu’il fût alors numéro un mondial. « Ça va forcément être un moment particulier, plein d’émotion, a expliqué cet automne l’actuel entraîneur de l’équipe de France masculine de biathlon. Je vais plus apprécier cette médaille d’or en 2026 que je ne l’aurais fait à l’époque à Vancouver. Ça avait été un moment assez douloureux à vivre pour moi pour différentes raisons. »

Coéquipier des Fourcade durant ces JO de Vancouver 2010, Vincent Defrasne précise : « C’était le vrai côté délicat de la médaille de Martin là-bas : ce n’était pas simple émotionnellement à gérer pour eux deux. Martin qui remporte l’argent alors que son grand frère n’est pas récompensé, c’était plus particulier que ce qu’on pouvait penser de l’or d’Ustyugov. Disons qu’on avait des doutes sur le gars en question, on trouvait louche son comportement sportif et ses performances, mais on avançait avec. »
Fourcade très engagé sur « la lutte antidopage »
La « symbolique » de cette cérémonie de ce jour, dans le stade de biathlon d’Antholz, réside dans « l’engagement constant de Martin contre le dopage », comme le résume Simon Fourcade. Le désormais sextuple champion olympique, retiré des pistes depuis 2020, l’exprime ainsi : « C’est une belle occasion pour moi de rendre justice. Je me suis beaucoup battu pour la lutte antidopage durant ma carrière, donc c’est finalement assez drôle, si je peux le dire comme ça, que je récupère une médaille sur tapis vert. Et même un titre sur tapis vert, ce qui est encore plus rare. »

Enfin, en quoi la carrière (phénoménale) de Martin Fourcade aurait-elle pu changer si elle avait commencé en or plutôt qu’en argent lors de ses débuts olympiques ? « C’est un peu du biathlon fiction, sourit Vincent Defrasne, héros de la poursuite des JO de Turin 2006 et fondateur de la marque de vêtements outdoor Ayaq. Mais oui, il aurait commencé bien différemment, car il n’est pas anodin d’être sur la plus haute marche aux JO, surtout lorsque c’est la première fois. »
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Pour conclure : « En tout cas, il a eu une carrière encore plus belle quelque part, vu qu’il a été gêné par cette triche durant ses débuts olympiques. » Message au DJ d’Antholz : il n’est jamais trop tard pour lancer un petit Alors on danse.

