Municipales 2026 : des interrogations autour de Louis Sarkozy à Menton
Louis Sarkozy est candidat aux élections municipales à Menton, soutenu par LR, Horizons et Renaissance. La candidate sans étiquette Sandra Paire, ancienne adjointe de Jean-Claude Guibal, déclare avoir vécu à Menton pendant 53 ans, malgré sa condamnation à trois mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité.
De notre envoyée spéciale à Menton,
« Je ne serre pas la main aux trous du cul. » Alors que le soleil éclaire les façades ocre de Menton, dans les Alpes-Maritimes, ce petit-déjeuner en terrasse tourne au frisson pour Louis Sarkozy. Le candidat LR, également soutenu par Horizons et Renaissance, aux élections municipales vient de croiser Alain. Originaire de Corse et résident à Menton depuis cinquante ans, il refuse de saluer ce « parachuté », cet « arriviste ». « Je préfère celui qui me critique à celui qui ne me connaît pas », répond le candidat, qui ne semble pas perturbé par cette interaction. Il insiste sur le fait qu’elle est « assez rare » depuis qu’il rencontre les habitants de la cité du citron.
Habitué des plateaux télé, le fils de l’ancien Président se distingue dans cette campagne. « Le capital médiatique ça aide, reconnaît-il. Mais je veux être dans la proximité : je suis tous les jours à ma permanence, je ne refuse jamais un rendez-vous, je n’écourte jamais une conversation… »
Établi dans la commune depuis un an et demi avec son épouse et leur nouveau-né, le chroniqueur télé – qui a suspendu ses activités pendant la campagne – souhaite rassurer les électeurs. « L’enjeu est de faire comprendre aux gens que je suis là pour deux, pour trois, pour plusieurs mandats », souligne-t-il, blouson de cuir noir et casque de moto à portée de main. Il ajoute, avec assurance : « Je pense qu’on a réussi à le faire à travers le programme, la liste et les personnes qui m’entourent ».

Un parachutage qui fait débat
« L’externalité a aussi son avantage à Menton », affirme Sarkozy. « Les Mentonnais sont plus des montagnards que des pêcheurs, plus des Ligures que des Grecs… Il y a une identité très fière ici, et pourtant, ils ont toujours été chercher un maire ailleurs », poursuit ce passionné de citations de Kipling, Roosevelt ou Desproges. Il rappelle que Jean-Claude Guibal, maire de 1989 à 2021, puis Yves Juhel, édile de 2021 à 2026, n’étaient pas originaires de la commune.
Reste à déterminer si sa candidature sera acceptée. Ce matin-là de février, de nombreux Mentonnais se montrent sceptiques. « On ne le connaît ni d’Eve, ni d’Adam », s’agace Léa, en buvant son café. « Je ne comprends pas pourquoi il vient ici, ni comment on peut vouloir être maire d’une ville qu’on ne connaît pas. » Sa mère, Michelle, partage son avis. « Il n’y a que les Mentonnais qui peuvent parler de la ville », assure-t-elle, déterminée à le rencontrer pour lui exprimer ses vérités.
« Il n’est pas de Menton, et alors ? »
« Le 23 mars, il repart [le second tour a lieu le 22 mars] », plaisante Jacqueline, attablée avec elles. Les trois femmes discutent des enjeux de la ville : la vie chère, le manque de logements, l’attractivité pour les jeunes… « On fait nos sous et on se débrouille, le maire qu’est-ce qu’il va faire ? », soupire la Mentonnaise, qui ne croit plus vraiment en la politique.
« Il n’est pas de Menton, et alors ? », tempère un commerçant derrière son comptoir. Il souhaite rester anonyme pour ne froisser personne. « On en a marre des vieilles machines, il faut du renouveau », souligne-t-il. L’idée de jeunesse est ce que Louis Sarkozy veut promouvoir, à 28 ans, expert des phrases percutantes. Ses propos sur sa passion pour les mangues et les citrons ont largement circulé sur les réseaux sociaux. « Je me retrouve dans sa jeunesse, il sera plus à l’écoute. Et la politique, il a baigné dedans, il va avoir de l’expérience », conjecture Jean, vendeur au cœur des halles. Ce dernier précise toutefois « ne pas avoir de favori ».
Mentalité « village »
Pourtant, dans cette ville de 31.000 habitants « à la mentalité de village », la candidate sans étiquette Sandra Paire s’appuie sur son expérience et sa notoriété locale. Ancienne adjointe du maire Jean-Claude Guibal, passée à l’opposition, elle n’a pas reçu l’investiture LR qui a préféré Louis Sarkozy. Une décision qu’elle a dénoncée dans une vidéo en découpant sa carte du parti, estimant que c’était pour « le nom » plutôt que pour « la loyauté ». « Je suis une femme libre », déclare-t-elle maintenant.
« Dans les médias, on a l’impression qu’il n’y a que deux candidats à Menton : Louis Sarkozy et la députée RN Alexandra Masson », regrette-t-elle. « Mais moi, ça fait 53 ans que je vis ici, les gens me connaissent en dehors de la politique. » La quinquagénaire se montre confiante, malgré sa condamnation à trois mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité dans une affaire de prise illégale d’intérêts. Elle a fait appel de cette décision.
« Pour les municipales, les promesses ça y va », ironise Antonio, dont la famille est arrivée à Menton en 1958. Attablé avec ses amis retraités, il observe d’un œil amusé la table où se trouve le fils de l’ancien président. « Il est intelligent, il finira troisième », évalue son ami Robert, plongé dans son journal. « Si je perds, on dira que c’était gagnable, si je gagne, on dira que c’était facile, philosophe Louis Sarkozy. Mais le risque de la défaite est tellement petit par rapport à la beauté de notre aventure. »

