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Saint-Valentin 2026 : Ne pas stalker votre ex, une mauvaise solution au chagrin

En 2026, se séparer implique souvent de quitter non seulement une personne, mais aussi sa présence numérique. Michaël Stora, psychanalyste et expert des mondes numériques, explique que « le lien virtuel et la fidélité virtuelle que l’on avait sur les réseaux sociaux font que, lorsque le couple décide de se séparer, on doit se débarrasser non pas de quelques affaires, mais de tous ces liens que l’on a eus virtuellement ».

La fin est arrivée. L’histoire, qui au départ vous faisait ressentir des papillons dans le ventre, touche à sa conclusion. Vous pensez que le plus difficile est derrière vous : la conversation, les larmes, la solitude… Pourtant, en 2026, la rupture ne s’arrête pas avec la relation.

Se séparer aujourd’hui signifie plus que quitter quelqu’un : c’est aussi tenter de se distancer de sa présence numérique. Son visage et sa voix hantent vos souvenirs ; ses publications apparaissent en tête de vos fils sur Instagram ; votre meilleure amie vous montre son profil sur une application de rencontre ; le « vu » de votre message d’anniversaire vous poursuit… Il y a trente ans, une rupture signifiait, en partie, disparaître. Les nouvelles arrivaient de façon aléatoire. Mais aujourd’hui, cette séparation 2.0 ressemble davantage à une désintox numérique qu’à une fin de relation. C’est une tentative de sevrage de l’autre… avec le poison à portée de main.

Un ex qui ne disparaît jamais vraiment.

« Le lien virtuel et la fidélité virtuelle que l’on avait sur les réseaux sociaux font que, lorsque le couple décide de se séparer, on doit se débarrasser non pas de quelques affaires, mais de tous ces liens que l’on a eus virtuellement », explique Michaël Stora, psychanalyste et expert des mondes numériques. Selon lui, autrefois, une rupture passait par une photo déchirée et des affaires jetées, mais aujourd’hui, tout notre monde numérique nous relie à l’ex : abonnements, photos que l’algorithme vous présente comme souvenirs, stories…

Parfois, ce n’est même pas l’ex qui revient. Ce sont les autres qui vous le rappellent. Ugo Bouard témoigne : « Le jour de mon anniversaire, alors que je venais de me séparer depuis plusieurs mois, j’ai reçu plein de messages de mes amis pour me montrer que mon ex était dans un réel. C’était une street interview pour parler de relation… Après ça, j’ai décidé de le bloquer, et après je me suis senti beaucoup mieux. Je n’avais plus ce rappel quotidien. Bloquer, ce n’est pas forcément par haine de l’autre, c’est juste que c’est bien de ne plus voir sa tête tous les jours. »

No contact, bloquer, restreindre… rompre digitalement.

Face à cette présence spectrale qui nous hante, une question se pose : faut-il couper tous les liens ? Faut-il une véritable rupture sans contact ? Pour Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences, il n’existe pas de règle universelle. Elle rappelle néanmoins qu’une séparation demande du calme :

« Ça dépend des histoires. Mais c’est quand même mieux qu’il y ait des périodes d’apaisement. »

Anaïs Roux, psychologue spécialisée dans les neurosciences, explique : « Quand vous arrêtez tout contact, ce qui va être très dur, c’est la sensation de manque. C’est le sevrage. C’est l’équivalent d’un sevrage. Et ce sevrage donne envie de craquer : « Vous allez avoir envie de craquer, d’envoyer un message, de voir sa photo… ».

Dans cette optique, elle recommande une solution radicale : bloquer. Blanche Rollet a adopté cette méthode. « Quand je me suis séparée, j’ai immédiatement bloqué la personne sur toutes les applications possibles et imaginables », raconte-t-elle. Il n’y a qu’une appli sur laquelle elle ne l’a pas fait, parce qu’elle l’avait supprimée. Aujourd’hui, elle se sent « stressée à l’idée de réinstaller cette appli et de découvrir qu’il m’a envoyé des messages. ». Anaïs Roux souligne : « C’est douloureux de devoir bloquer tout le monde… Vous devez résister à cet instinct qui vous pousse à consulter, à le débloquer… », et à espionner votre ex.

Je stalke, tu stalkes, il stalke, nous stalkons…

« Je le vois quand même regarder mes stories. Du coup, je me retrouve à penser à lui », confie Delphine Beuzen en évoquant son ancienne relation. C’est là que la rupture 2.0 devient piégeante : même en cherchant à avancer, on se retrouve à surveiller, ou à être surveillé : « J’ai déjà utilisé une application pour stalker, sans que la personne ne puisse le voir », dit-elle.

Pour Aurore Malet-Karas, le stalking après une rupture « donne une illusion de contrôle, et c’est rassurant ». Anaïs Roux décrit un mécanisme encore plus vicieux : le shoot de dopamine ne provient pas seulement du fait de stalker… mais de l’idée de le faire. « L’idée, ce n’est même pas le fait d’aller stalker son ex qui va donner de la dopamine, c’est l’idée qu’on va le faire. » Le problème, c’est que ces « passages à l’acte » semblent anodins, mais pour Michaël Stora, « le stalking, en revanche, est une manière de continuer à se faire du mal. Il y a une dimension quasi-masochiste », souligne-t-il.

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« J’ai vu des stories Instagram de mon ex qui faisait les choses que je lui demandais de faire quand nous étions ensemble… et il les fait maintenant, c’est rageant », ironise Delphine. « Mais on ne voit cela que par le prisme d’Instagram, alors que je ne suis pas dans sa vie, je ne sais pas ce qu’il fait vraiment, il faut relativiser. » Dans ce contexte, la séparation ne se limite plus à l’émotionnel : elle devient également logistique. Supprimer, bloquer, restreindre, se désabonner, éviter les lieux numériques communs… Car le cerveau ne sait pas faire le deuil quand la personne reste à portée de « vu », « like » et autres interactions digitales. En 2026, rompre signifie donc ne plus se quitter seulement émotionnellement. C’est réussir à disparaître l’un de l’autre, même à travers un écran.