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Cryptomonnaie : « Le stress ne vaut pas l’investissement » face aux enlèvements.

Depuis le début de l’année, le parquet anticriminalité organisée (Pnaco) s’est saisi de huit dossiers d’enlèvements ou séquestrations commis en bande organisée, tous liés à des extorsions de cryptomonnaies. En France, 20 cas d’attaques ciblant le secteur des cryptomonnaies parmi les 74 répertoriés dans le monde entier ont été signalés, ce qui place le pays en tête de ce palmarès.


Depuis un an, investir dans la cryptomonnaie engendre des enjeux qui vont au-delà du simple risque financier ou technologique. En France et ailleurs, une série d’attaques d’une violence extrême, incluant des enlèvements avec actes de torture et des cambriolages armés ciblant des détenteurs de cryptoactifs ou leurs proches, provoque une inquiétude palpable. La dernière affaire concerne l’enlèvement et la séquestration, survenus la semaine dernière en Isère, d’une magistrate, compagne d’un chef d’entreprise dans le secteur des cryptomonnaies, et de sa mère.

Pour Martin*, la peur a bouleversé sa stratégie d’investissement. « Le stress d’un cambriolage qui peut mal tourner ne vaut pas l’investissement, même si dans les faits le nombre est anecdotique », explique-t-il. Il a décidé de vendre ses cryptomonnaies et privilégie désormais des stratégies d’investissement via sa banque, qu’il considère comme moins risquées.

### La peur des fuites de données

Pour plusieurs investisseurs, la principale inquiétude réside dans le risque de fuites de données pouvant révéler leurs coordonnées. Eric Larchevêque, cofondateur de l’entreprise Ledger, dont l’associé a été enlevé et torturé en janvier 2025, fait désormais appel à des sociétés de sécurité pour protéger sa famille et lui-même. Bien qu’il ne puisse pas divulger les détails de son dispositif de sécurité, il mentionne également la possession d’armes. « La protection rapprochée coûte cher », admet-il, en précisant qu’il utilise aussi des moyens de transport privés au lieu des transports en commun.

Cette figure de l’industrie estime que les victimes sont « repérées dans des fichiers de données qui circulent sur le darknet ». Selon lui, si la France connaît autant d’affaires de ce type, c’est en raison du nombre élevé de contrôles et de fichages des entreprises. Il est nécessaire, par exemple, de fournir un justificatif de domicile pour de nombreuses démarches entrepreneuriales.

Une nouvelle directive visant à encadrer les cryptoactifs en France, appelée DAC8, nourrit ces préoccupations, car elle implique une traçabilité accrue. Benoit*, passionné de cryptomonnaies depuis plus de dix ans, avoue qu’il « préfère maintenant flirter avec la zone grise que de me faire voler pour avoir suivi les règles comme un bon soldat ». Il utilise dorénavant des systèmes de transactions anonymes.

Par crainte, il a également opté pour un portefeuille dont la clé d’accès est divisée en plusieurs parties, conservées par des personnes de confiance vivant à l’étranger. Son but est d’empêcher toute prise de contrôle de ses avoirs même en cas de contrainte physique, une précaution suggérée par Eric Larchevêque. « Il est crucial de mettre une distance entre soi et ses cryptoactifs, il existe des méthodes et des protocoles qui rendent impossible un transfert rapide », précise-t-il.

Le parquet anticriminalité organisée (Pnaco) a ouvert huit enquêtes sur des enlèvements ou séquestrations commis en bande organisée depuis le début de l’année, tous liés à des extorsions de cryptomonnaies. Les victimes ont été attaquées dans plusieurs départements, souvent avec une violence extrême. Des millions d’euros en cryptoactifs ont été ciblés. Alors que les attaques visant ce secteur augmentent mondialement, la France, avec 20 cas sur les 74 recensés, serait en tête de ce triste classement, selon un bilan tenu par Jameson Lopp, entrepreneur du secteur.

### Multiplier les stratégies de protection

Comment se protéger dans un tel contexte ? Pour Eric Larchevêque, « même sans savoir si on est visés, on ne peut pas rester inactif ». Son conseil : ne pas céder à la panique. « Ce n’est pas parce qu’on a vendu ses actifs que les criminels sont au courant et vont arrêter de vous viser. Ensuite, céder serait abandonner le combat, le problème ne vient pas de la crypto elle-même ». Il recommande de maximiser la protection de sa vie privée, de vérifier les informations personnelles disponibles sur Internet, d’éviter d’être trop visible sur les réseaux sociaux lorsque c’est possible, et de renforcer la sécurité de son domicile ou celle de ses proches.