Diversity Visa 2026 : Explications sur les retards des entretiens à Casablanca.
3.670 Marocains ont été sélectionnés dans le cadre du programme américain Diversity Visa 2026 (DV2026). Parmi ces candidats, seuls 507 auraient reçu une convocation à entretien, et à peine une vingtaine auraient effectivement été reçus à ce jour.
Ils sont 3.670 Marocains sélectionnés dans le cadre du programme américain Diversity Visa 2026 (DV2026). Pour beaucoup d’entre eux, cette sélection va bien au-delà du statut de «gagnant» d’un tirage au sort administratif. Elle incarne un projet migratoire soigneusement élaboré, une mobilité professionnelle planifiée de longue date, et parfois une stratégie familiale développée sur plusieurs années. Cependant, au fil des mois, l’optimisme initial se transforme en une inquiétude grandissante : la planification des entretiens au consulat des États-Unis à Casablanca semble connaître un ralentissement marqué.
D’après plusieurs lauréats, parmi les 3.670 dossiers marocains, seuls 507 candidats auraient reçu une convocation pour un entretien, et à peine une vingtaine d’entre eux auraient été reçus à ce jour. Ces chiffres, bien qu’ils restent à confirmer officiellement, sont particulièrement faibles par rapport au calendrier américain. En effet, le programme DV fonctionne selon une année fiscale stricte, allant du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026. Passé ce délai, aucun visa ne pourra être délivré, même si le dossier est complet.
Le malaise s’accentue lorsque l’on compare avec d’autres pays. Un candidat basé à Casablanca fait état de volumes d’entretiens beaucoup plus élevés en Algérie et en Égypte, évoquant respectivement 17.000 et 22.000 entretiens. Ces chiffres ne sont pas accompagnés de données détaillées concernant les catégories de visas ou les années fiscales, mais ils reflètent un ressenti général : un décalage de rythme entre le Maroc et d’autres postes consulaires.
L’absence de transparence publique sur les volumes d’entretiens programmés par pays soulève des interrogations. Ce manque de visibilité engendre un sentiment d’incompréhension chez les candidats marocains, d’autant plus que de nombreux dossiers ont été jugés «Documentarily Qualified» par le Kentucky Consular Center (KCC). En d’autres termes, du point de vue administratif central, ces candidatures sont prêtes à être convoquées dès que leur numéro devient «current» dans le Visa Bulletin.
La situation est jugée d’autant plus préoccupante que plusieurs lauréats évoquent une suspension des rendez-vous durant les mois d’octobre, novembre et décembre, suivie d’une nouvelle interruption en février. Des inquiétudes surgissent quant à une éventuelle prolongation de ce ralentissement en mars. Pour les candidats, chaque mois sans programmation réduit mécaniquement la capacité future du consulat à traiter tous les dossiers avant l’échéance du 30 septembre. Plus l’année fiscale avance, plus les possibilités de rattrapage diminuent. Le risque n’est pas théorique : il est structurel. Un engorgement en fin d’année pourrait entraîner la perte définitive de l’opportunité, indépendamment du respect des conditions légales par les candidats.
Plusieurs lauréats affirment avoir tenté de contacter les services consulaires pour obtenir des clarifications. Courriels, demandes d’explications, requêtes d’information : selon eux, les réponses sont rares ou générales, sans calendrier précis. Ce manque de communication augmente la pression psychologique. Certains candidats ont déclaré avoir suspendu des engagements professionnels, retardé des décisions personnelles ou entrepris des démarches préparatoires en vue de leur départ.
Il est important de préciser que la programmation des entretiens consulaires dépend de plusieurs facteurs : capacités en personnel, priorités internes, gestion des autres catégories de visas (tourisme, études, regroupement familial, immigration professionnelle), contraintes logistiques et sécuritaires. Un ralentissement peut résulter de décisions administratives internes, dont les critères ne sont pas toujours rendus publics.
Le cas du Maroc met en lumière une tension inhérente au programme Diversity Visa. Conçu comme un dispositif mondial, le programme DV repose sur des quotas régionaux, une sélection centralisée par le Kentucky Consular Center, et une procédure juridiquement uniforme. Cependant, son exécution est décentralisée. Chaque consulat gère son propre volume d’entretiens en fonction de ses capacités et priorités. Ainsi, un programme global est tributaire de ressources locales inégales. Cette décentralisation peut générer des disparités de rythme entre les pays, sans que le cadre normatif ne soit formellement modifié.
Contrairement à d’autres catégories de visas, le programme DV ne permet aucun report. Aucun mécanisme de prolongation n’existe au-delà du 30 septembre. Cette rigidité transforme le temps en variable déterminante. Un ralentissement local peut avoir des conséquences systémiques, telles que la perte définitive d’opportunités pour des candidats éligibles et une inégalité de fait entre les pays participants, faisant d’un retard administratif un obstacle substantiel. Le paradoxe est évident : un dispositif conçu pour diversifier l’immigration américaine peut, dans sa mise en œuvre opérationnelle, générer des disparités géographiques notables.
Des situations similaires ont été observées ailleurs, notamment en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud. Des retards consulaires ont conduit, certaines années, à l’épuisement des quotas sans que l’ensemble des dossiers «prêts» n’ait été traité. Dans d’autres cas, des contentieux ont été portés devant des tribunaux fédéraux américains pour contester des retards jugés excessifs. Ces précédents montrent que la temporalité administrative peut devenir un enjeu juridique, particulièrement lorsque l’inaction entraîne une perte irréversible.
Dans ce contexte, les lauréats marocains affirment ne pas demander un traitement préférentiel. Leur demande est simple : une programmation régulière, transparente et proportionnée, conforme au principe d’égalité procédurale entre les différents pays participants. Car au-delà des chiffres et des comparaisons, la réalité est la suivante : pour ces 3.670 candidats, chaque semaine sans convocation n’est pas simplement un délai administratif. C’est un compte à rebours.
Hassan Bentaleb

