France

Municipales 2026 : « C’est plus compliqué » au plus petit village de France

Castelmoron-d’Albret, en Gironde, est un village de 3,54 hectares avec une cinquantaine d’habitants. Selon François Migaud, la campagne électorale se déroule « au fur et à mesure qu’on croise les gens », sans réunion publique ni affiches.

« Pour Castelmoron, un village vivant et uni. » C’est le slogan de l’unique liste en lice pour les élections municipales du plus petit village de France. Environ cinquante habitants résident à Castelmoron-d’Albret, en Gironde, un hameau de 3,54 hectares, soit deux fois plus petit que la place de la Concorde à Paris. Le maire sortant ne se représente pas pour des raisons de santé, ce qui a conduit à la nécessité de former une nouvelle liste pour conquérir la mairie.

Pas de réunion publique, pas de tracts ni d’affiches ici. « La campagne se fait au fur et à mesure des rencontres », explique François Migaud, tête de liste. Avec sa vue imprenable et ses ruelles, le village, perché sur un piton rocheux dans l’Entre-deux-mers, possède un charme certain, mais, comme beaucoup de zones rurales, il souffre d’un vieillissement de sa population et de ses infrastructures (voiries, remparts). C’est aussi l’un des secteurs de Gironde les plus affectés par la crise viticole.

Un village « endormi »

Devant sa maison, à l’entrée du village, François Migaud évoque que « ici, la parité obligatoire est compliquée » à mettre en œuvre. Castelmoron a plus de femmes que d’hommes, mais beaucoup d’entre elles sont actives professionnellement, alors que la majorité des hommes sont à la retraite. « On ne peut pas obliger les gens à s’investir », rappelle-t-il, en notant que la confirmation du 7e membre de la liste est encore attendue.

Sur la façade de sa maison, on peut encore lire « Dancing Moderne », vestige d’une époque où le village était animé. Daniel Aucoin, natif de Castelmoron, se souvient d’un temps où l’on y trouvait une école, un bureau de poste et un café vivant. Cet ancien militaire, de retour dans son village natal il y a peu, a décidé de se présenter aux côtés de François Migaud. Il souhaite notamment redynamiser ce village « endormi », selon ses propres mots. Il souligne la fermeture de l’unique café du village, bien que les tables et chaises en plastique de la petite terrasse soient encore en place. « Faut que ça bouge, faut que ça reparte ! », s’exclame-t-il en passant.

A Castelmoron, les façades rappellent une époque où le village était plus dynamique
À Castelmoron, les façades rappellent une époque où le village était plus dynamique - E.Provenzano

Querelles de colistiers

Cependant, même si tous les membres de la liste se connaissent et se croisent régulièrement, l’harmonie n’est pas toujours au rendez-vous. Lorsque Daniel Aucoin discute avec Philippe Beaucamp, son colistier, des tensions émergent fréquemment : l’un met en avant l’épicerie participative du village voisin, tandis que l’autre considère que cela n’est pas suffisant. En abordant le bilan du dernier mandat, les tensions s’intensifient. Daniel évoque un projet de rénovation, qu’il juge trop ambitieux, et est rapidement contredit par son co-listier qui critique l’équipe précédente. « Tu es en boucle, tu es insupportable », lance Daniel. « Voilà, vous avez une vue de ce que c’est Castelmoron », répond avec un sourire Philippe. « Mais on s’entend bien », se veut rassurant Daniel.

Bérangère et Vincent Bossard se sont installés dans le village il y a près de cinq ans. Lui est cuisinier et elle est artiste plasticienne. Tous deux partagent le désir de Daniel Aucoin de rendre le village plus attractif. « Nous aimerions que le village attire un peu plus de monde et qu’il y ait des places de parking supplémentaires », explique Vincent Bossard. Cependant, certains villageois souhaitent conserver leur tranquillité et ne désirent pas l’arrivée d’un plus grand nombre de touristes. « C’est un peu clochemerle, considère Daniel Aucoin. Il y a des restes d’une époque ; ceux qui s’installent n’ont pas le même esprit que ceux qui sont là depuis longtemps. »

Peut-être une deuxième voire une troisième liste ?

Bien que tout le monde se connaisse, la situation n’est pas pour autant simple. « J’ai l’impression que c’est même encore plus compliqué quand on n’est pas nombreux », avance Bérangère Bossard. « Il y a des tensions visibles. » Alors qu’elle portait un projet de galerie d’art collective dans une salle du village, ce projet lui a été retiré. « On verra avec la prochaine municipalité », soupire-t-elle.

Conscient de l’importance des liens sociaux et de la convivialité, le candidat à la mairie propose de créer une aire de pique-nique dans un square qui sera agrandi et souhaite mettre en place un service de transport pour aider les personnes âgées à faire leurs courses. Obtiendra-t-il le soutien des habitants ? « C’est une pépite, Castelmoron », résume François Migaud. « On aime bien la tranquillité et un peu d’animations, mais sans excès. »

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Une deuxième liste pourrait être formée d’ici la clôture des candidatures, le 26 février, et des rumeurs circulent à Castelmoron concernant la possibilité d’une troisième liste… Si cela se concrétisait, près de la moitié des habitants seraient alors candidats.