Belgique

Marc Coucke a-t-il été arnaqué lors de l’achat d’Anderlecht ?

Marc Coucke a constitué partie civile dans le cadre d’une enquête sur des irrégularités présumées liées à l’achat du Sporting d’Anderlecht. Le parquet a identifié Herman Van Holsbeeck, Jo Van Biesbroeck, Christophe Henrotay et son associé comme les prévenus du dossier, tandis que d’autres personnes impliquées ont été blanchies.


Marc Coucke a-t-il été victime d’une escroquerie lors de l’acquisition du Sporting d’Anderlecht ? Le milliardaire gantois en est persuadé et a décidé de se constituer partie civile, tout comme le club qui se dit également lésé par l’ancienne direction. Celle-ci est soupçonnée d’avoir trompé Marc Coucke en falsifiant la valeur du club, en dissimulant des factures et en utilisant de faux documents pour le paiement de l’agent de joueurs, Christophe Henrotay. Ce dernier devait percevoir plusieurs millions d’euros pour son rôle dans divers transferts et avait été mandaté par cette direction pour trouver un potentiel acquéreur. Il est également mêlé à d’autres affaires judiciaires concernant ses activités d’agent.

L’enquête a d’abord ciblé une quinzaine de personnes, dont l’ancien président Roger Vanden Stock, le cabinet d’avocats Clifford Chance avec deux de ses avocats, l’avocat Luc Deleu et l’ancien directeur financier du RSC Anderlecht, René Trullemans. Tous ont été disculpés. Seuls Herman Van Holsbeeck, Jo Van Biesbroeck, Christophe Henrotay et son associé Christophe Cheniaux, ainsi que leurs entreprises respectives, sont encore sur le banc des accusés.

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à 2017. Après 22 années à la tête d’Anderlecht, Roger Vanden Stock décide de vendre son club. Pour cela, la direction se tourne vers Christophe Henrotay. Cet agent de joueurs, qui vit à Monaco, est très influent dans le monde du football, notamment à Anderlecht où il gère de nombreux transferts. Son réseau s’étend à de grands clubs belges et européens, et il a représenté de célèbres joueurs comme Romelu Lukaku, Kevin Mirallas, Daniel Van Buyten, Thibaut Courtois, Yannick Carrasco, Youri Tielemans et Leander Dendoncker.

Henrotay doit donc trouver des acheteurs pour Anderlecht et négocie une commission de 10 % sur le prix de vente du club. Ainsi, si un repreneur propose 100 millions d’euros pour le club, l’agent toucherait 10 millions d’euros. Toutefois, cette situation ne se déroule pas comme prévu. Henrotay présente un candidat, Alisher Usmanov, un homme d’affaires ouzbek actif dans la métallurgie et les télécommunications, qui était ancien co-actionnaire d’Arsenal. Il finit par se retirer. Un autre potentiel acquéreur, Paul Gheysens, patron du groupe immobilier Ghelamco, est jugé indésirable à Anderlecht en raison d’un conflit lié au futur stade national. Finalement, Marc Coucke finit par acquérir 74 % des parts du club pour environ 59 millions d’euros.

Ce n’est donc pas le candidat proposé par Henrotay qui remporte l’affaire. Selon le système de commission, sans transaction, il n’y a pas de rémunération. Cependant, l’agent de joueurs demande tout de même une compensation. La direction accepte de lui accorder 3 millions d’euros en remerciement pour ses services, mais les actionnaires sont seulement disposés à verser 1 million.

Le parquet indique que la direction du Sporting aurait alors décidé de faire supporter le reste de la facture au club, donc au nouveau repreneur. Si les actionnaires paient 1 million, Marc Coucke, en tant que propriétaire, devrait s’acquitter des 2 millions restants. Pour camoufler cela, Herman Van Holsbeeck et Jo Van Biesbroeck auraient modifié discrètement le contrat d’un joueur, Leander Dendoncker. Ils auraient ajouté une clause indiquant un paiement d’une somme équivalente à 10 % de la valeur de son transfert.

À l’époque, la valeur de Dendoncker était relativement faible. Toutefois, Henrotay évoque une option d’achat qui, selon lui, provient d’un club qui le connaît bien, l’Atlético Madrid, qui propose 20 millions d’euros pour le joueur. Cela représenterait 2 millions d’euros pour Christophe Henrotay. Ce montant interpelle Marc Coucke, qui est convaincu que cela n’est pas réaliste. Selon les évaluations de l’époque, Dendoncker valait au maximum 3 millions. De plus, la condition de paiement inconditionnel pour 2018 est jugée illogique dans le secteur.

Au départ, Coucke ne se doute de rien, car la direction aurait fait apparaître une fausse date pour la modification du contrat Dendoncker, la présentant comme datant de 2015 alors que le changement a eu lieu en 2017. Des échanges de courriels montrent également que le cachet d’un ancien membre de la direction a été frauduleusement apposé.

Les prévenus démentent les accusations. Ils affirment que les modifications ont été faites légalement pour respecter les nouvelles exigences de la FIFA. L’avocat d’Herman Van Holsbeeck, Alexandre Wilmotte, déclare notamment que « les allégations visant mon client relèvent du fantasme ». Il poursuit en affirmant que « la vente du club n’a pas été gérée par notre client, qui a été tenu à l’écart ».

Marc Coucke, lors de son audition à la police, affirme avoir découvert une fraude dans le contrat de Dendoncker, dont Jo Van Biesbroeck lui aurait parlé. Ce dernier aurait même reconnu l’utilisation d’un tampon frauduleux.

D’autres surprises attendent Coucke après son arrivée à la tête du club. En examinant les comptes, il découvre des commissions supplémentaires pour Henrotay, atteignant un montant faramineux de 9 millions d’euros. Coucke se considère trompé et affirme que la « dataroom », contenant les documents financiers nécessaires lors du rachat, était incomplète, certains documents essentiels manquant. Il réclame donc 2 millions d’euros déjà versés à Henrotay, ainsi que 3 millions pour les dommages et mensonges dont il dit avoir été victime.

Cette affaire découle d’une enquête plus vaste, le « footgate », révélée en 2018 et qui a secoué le monde du football belge. Des perquisitions ont été menées dans plusieurs clubs et près de 60 personnalités du football ont été mises en cause pour des faits de fraude, matchs truqués, blanchiment d’argent et corruption. Ce contexte a conduit à une mise au jour des pratiques douteuses au sein du Sporting d’Anderlecht et a poussé Marc Coucke à se constituer partie civile.