Affaire Epstein : Pourquoi tant de documents sont caviardés ?
Plus de 3 millions de pages, 2.000 vidéos et 180.000 photos ont été diffusées dans le cadre de la nouvelle vague de documents liés à l’affaire Epstein, survenue le 31 janvier dernier. Le décret « Epstein Files Transparency Act », voté en décembre 2025, interdit de retenir des documents qui pourraient incriminer des responsables gouvernementaux, dignitaires étrangers ou personnalités publiques.
Plus de 3 millions de pages, 2 000 vidéos et 180 000 photos. La nouvelle vague de documents concernant l’affaire Epstein, qui a été publiée le 31 janvier dernier, a mis en difficulté de nombreuses personnalités médiatiques et politiques telles que Jack Lang, le prince Andrew et l’ambassadeur britannique Peter Mandelson.
Ces révélations sont faites dans le cadre du « Epstein Files Transparency Act », voté en décembre 2025 par le Congrès américain. Ce décret encadre strictement la publication de documents sensibles et interdit de retenir des documents au motif que leur publication pourrait incriminer des « responsables gouvernementaux, dignitaires étrangers ou personnalités publiques ».
Malgré ces dispositions, les millions de documents ont été diffusés avec de nombreuses parties caviardées, rendant impossible l’identification de nombreuses personnes impliquées. Ces informations caviardées (ou « redacted » en anglais) suscitent la colère des associations de victimes qui accusent l’administration Trump de protéger des agresseurs. Le président américain, ami de Jeffrey Epstein jusqu’aux années 2000, a défendu sa position par l’intermédiaire de son avocat Todd Blanche, responsable du caviardage, qui a assuré que la loi avait été respectée (sans chercher à protéger Donald Trump ou quiconque d’autre).
Bien qu’il soit impossible de confirmer pour le moment que le ministère de la Justice américain a strictement respecté la loi, le caviardage est autorisé dans ce type de dossiers pour deux raisons principales. La première, et la plus importante, vise à protéger les victimes, notamment lorsque des mineurs sont concernés. Le caviardage permet aussi de protéger les témoins qui n’ont pas été identifiés comme des agresseurs mais qui pourraient subir des pressions. De plus, il protège des individus dont le nom a été mentionné par Jeffrey Epstein dans ses correspondances, sans qu’il n’y ait de lien avec ses activités criminelles, comme l’ancienne Miss France Flora Coquerel.
La deuxième raison concerne la nécessité de ne pas entraver les enquêtes ou poursuites fédérales en cours, afin de prévenir la fuite des suspects, les pressions ou la destruction de preuves. Récemment, Donald Trump a sollicitée l’ouverture d’une enquête sur plusieurs personnalités démocrates potentiellement impliquées, dont l’ex-président Bill Clinton, ce qui pourrait compliquer la publication de certains documents.
L’affaire Epstein se révèle donc complexe en raison de l’énorme quantité de preuves à la disposition du ministère de la Justice américain, qui évoque près de 6 millions de pages. Cette masse d’informations provient de multiples affaires judiciaires, notamment celles visant Jeffrey Epstein et sa complice Ghislaine Maxwell, mais également l’enquête sur son décès en cellule et celle visant son ancien majordome, poursuivi en Floride.
Cette accumulation d’éléments juridiques complique le processus de caviardage, comme l’explique Mattew Mokhefi-Ashton, maître de conférences en politique et relations internationales, dans une interview accordée à The Conversation : « Compte tenu du nombre d’organismes gouvernementaux pouvant être impliqués, ce processus n’a pas toujours été cohérent. Un organisme peut caviarder une partie d’un document, tandis qu’un autre peut en caviarder une autre. Dans certains cas, des documents peuvent même être caviardés alors qu’ils sont déjà accessibles au public. »
Pour Mattew Mokhefi-Ashton, il n’est pas nécessaire que le public ait accès à l’ensemble des « Epstein Files », mais qu’il puisse comprendre pourquoi certaines informations sont cachées. Sans contexte, il est difficile d’éviter de tomber dans le complotisme.

