Maroc

Balendra Shah : rappeur devient maire de Katmandou

Balendra Shah, rappeur et maire de Katmandou, se prépare à affronter l’ex-Premier ministre KP Sharma Oli lors des législatives de mars. Né à Katmandou en 1990, il a grandi pendant la guerre civile népalaise de 1996 à 2006, qui a conduit à plus de 16 000 morts et à l’abolition de la monarchie en 2008.


À 35 ans, Balendra Shah, rappeur devenu maire de Katmandou, se prépare à affronter lors des élections législatives de mars l’ancien Premier ministre KP Sharma Oli, 73 ans, qui a été contraint à la démission lors de manifestations en septembre. Connue sous le surnom de « Balen », cette personnalité au look soigné est devenue un symbole du changement politique désiré par la jeunesse face à la vieille garde marxiste représentée par M. Oli.

Né à Katmandou en 1990, Balendra Shah a vécu pendant la guerre civile (1996-2006) qui a fait plus de 16 000 morts et a mené à l’abolition de la monarchie en 2008. Cet ingénieur civil, titulaire d’un master en génie structurel, s’est d’abord fait un nom sur la scène hip-hop underground népalaise avec ses morceaux qui dénoncent la corruption et les inégalités, deux problèmes qui ont incité des milliers de jeunes à protester le 8 septembre.

Le lendemain, la foule en colère a pris d’assaut les rues de Katmandou, brûlant et pillant de nombreux symboles du pouvoir, y compris le Parlement. Au moins 77 personnes ont perdu la vie en deux jours, ce qui a conduit M. Oli à démissionner de son quatrième mandat le 9 septembre.

Ses morceaux lui ont permis de rassembler une génération de supporters engagés sur les réseaux sociaux, un mode de communication qu’il continue de privilégier par rapport aux médias traditionnels. Loin de cette éruption de violences, Balendra Shah appelle à « cultiver la dimension émotionnelle de nos vies », soulignant l’importance de la musique et de la littérature. Dans un entretien à l’AFP à l’approche du scrutin du 5 mars, il a déclaré : « Un responsable politique devrait avoir cette sensibilité ».

Ses chansons, qui ont totalisé des millions de vues sur Internet, l’ont aidé à rassembler des partisans sur les réseaux sociaux. Cette popularité a atteint son apogée en 2022, lorsqu’il est devenu le premier candidat indépendant à remporter la mairie de Katmandou, à la surprise générale. Une première qui a bouleversé une classe politique vieillissante.

En tant que premier magistrat de la capitale, il a abordé plusieurs grands chantiers : de la collecte des ordures à la circulation, en passant par l’éducation et le recouvrement des impôts. En janvier, il a démissionné de son poste de maire pour se présenter aux législatives, les premières depuis les émeutes de septembre. Plutôt que de se présenter dans son fief de Katmandou, il a choisi de défier directement M. Oli dans sa circonscription très rurale de Jhapa, située à environ 300 kilomètres au sud-est de la capitale.

« Se présenter face à un poids lourd (…) signifie que je ne choisis pas la facilité », a souligné le maire, « topi » – calot traditionnel népalais – noir sur la tête. « Cela montre qu’en dépit des problèmes ou des trahisons qui ont secoué le pays, nous avançons vers leur résolution », a-t-il ajouté. Pour viser la tête du gouvernement, il s’est allié au parti centriste Rastriya Swatantra Party (RSP) de l’animateur de télévision populaire Rabi Lamichhane. Ce parti avait terminé quatrième aux élections de 2022, quelques mois seulement après sa création.

« Nous partageons la même idéologie », a affirmé Balendra Shah, qui défend un « système économique libéral accompagné de justice sociale », promettant éducation et soins de santé gratuits pour les plus démunis. Le candidat se dit convaincu de bénéficier du soutien de la Génération Z, qui avait manifesté en septembre pour dénoncer le blocage des réseaux sociaux, la corruption de la classe politique et le manque d’emplois qui force de nombreux jeunes à s’expatrier.

« La première demande de la Gen Z est une bonne gouvernance, car le niveau de corruption est élevé dans le pays », a-t-il estimé. En cas de victoire, Balendra Shah est certain que la musique continuera de faire partie de sa vie. « C’est un moyen d’expression », a-t-il souligné, « je continuerai, même si je suis élu Premier ministre ».