Baloji fait un doigt d’honneur à l’extrême droite MIA’s.
Baloji a déclaré que « le hip hop, c’est un acte politique » lors des MIA’s la semaine dernière, ce qui a suscité la colère du Vlaams Belang. Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a réagi sur Instagram en affirmant que « l’élite culturelle autoproclamée ne peut s’empêcher d’insulter un million de Flamands lors des MIA’s, et en français en plus. »

« Le hip hop, c’est un acte politique. C’est une musique qui ose dire ‘F*CK Vlaams Belang !' », a déclaré le rappeur francophone Baloji lors de la cérémonie des MIA’s de la semaine dernière.
Invité à remettre le prix du « Meilleur Hip-Hop », l’ancien membre du groupe Starflam a suscité la colère du Vlaams Belang. Son discours en français est passé inaperçu dans les médias francophones, qui se sont principalement concentrés sur l’annonce des lauréats des MIA’s.
Le président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, a partagé le passage sur Instagram avec le commentaire suivant : « L’élite culturelle autoproclamée ne peut s’empêcher d’insulter un million de Flamands lors des MIA’s, et en français en plus. Les soi-disant ‘rassembleurs’ et ‘tolérants’ montrent une fois de plus leur vraie nature. »
« C’est une recette classique du Vlaams Belang« , explique Ico Maly, professeur associé à l’université de Tilburg et spécialiste de la rhétorique de l’extrême droite. « Comme souvent, ils décrivent l’élite culturelle comme intolérante et déconnectée de la réalité et l’oppose au Vlaams Belang qui, selon eux, est le véritable défenseur de la démocratie, le parti qui représente le peuple.«
La liberté d’expression à géométrie variable
Interrogé par nos soins, le parti d’extrême droite critique principalement le fait que la VRT ait permis ce discours : « Cet homme a évidemment le droit de penser et de dire ça, mais pas lors d’un événement financé par l’argent des contribuables flamands. Qu’une personne abuse précisément de cette tribune payée avec l’argent des contribuables flamands pour insulter pas moins d’un million Flamands électeurs du Vlaams Belang est inacceptable.«
Selon le professeur Ico Maly, le Vlaams Belang souhaite faire passer la VRT pour une institution antidémocratique : « Selon eux, c’est la politique qui doit déterminer les règles que les médias doivent appliquer pour réduire in fine la liberté des médias. C’est la même logique qu’ils appliquent au monde universitaire qu’ils qualifient de ‘woke' ».
Lors de son intervention, Baloji a également évoqué ses origines et son séjour illégal en Belgique : « C’est un ancien réfugié, un ancien illégal qui vous dit ça ce soir.«
Un détail que la porte-parole du VB a utilisé dans sa réponse : « Ce rappeur a autrefois été illégal dans le pays, alors même que la facture de l’asile est en grande partie payée avec l’argent des contribuables flamands…«
Ico Maly, anthropologue linguistique de formation, estime qu’il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre le rappeur : « Ils veulent mettre la pression sur la chaîne publique pour que son personnel hésite à diffuser. Ils cherchent par ailleurs à saboter la légitimité du média en faisant croire à un complot contre eux.«
D’autres artistes flamands luttent contre le racisme
Ce n’est pas la première fois que des artistes du nord du pays s’engagent contre le racisme ou critiquent ouvertement l’extrême droite dans leurs chansons. On peut par exemple mentionner « Cous-cous kreten » du groupe De Kreuners (1982), « Blank of Zwart » d’Isabelle A (1991) ou encore « L’étranger, c’est mon ami » de Raymond van het Groenewoud (1993).
Les auditeurs attentifs des paroles du lauréat du prix « Meilleur Hip Hop » des MIA’s de cette année auront noté que Zwangere Guy s’engage résolument contre l’extrême droite. Il n’hésite pas non plus à critiquer clairement Tom Van Grieken, Dries Van Langenhove ou Filip De Winter, comme dans la chanson « Overtreders » : « 30 kilo minder, Fuck Filip Dewinter« .
Les MIA’s : une cérémonie engagée
Alors que le Vlaams Belang se plaint du message politique de Baloji, le rappeur belgo-congolais n’est pas le seul artiste à avoir exprimé ses opinions lors des MIA’s. Le rappeur Zwangere Guy a par exemple interpellé la classe politique bruxelloise : « Réveillez-vous !«
De son côté, Pommelien Thijs, surnommée l’Angèle flamande, n’a pas pris position ouvertement sur la politique, mais portait un collier portant l’inscription « Free Palestine ». La chanteuse Kaat Van Straelen a également demandé davantage d’attention aux conflits dans le monde : « La guerre est réelle, le génocide est réel, le Soudan est réel, l’Iran est réel, Gaza est réel.«
Le Vlaams Belang déclare quant à lui : « Nous allons aborder ce sujet par l’intermédiaire de nos représentants au Conseil d’administration de la VRT. »
Ico Maly conclut : « C’est la même tactique depuis 30 ans : discréditer les médias. C’est ce que Donald Trump fait aux États-Unis en qualifiant certains médias de ‘fake news’. Ils veulent renverser l’ordre établi. Ils essaient également de le faire de l’intérieur grâce à leurs sièges au sein du Conseil d’administration de la VRT…«
[Article réalisé en collaboration avec DaarDaar, le site qui propose le meilleur de l’actualité flamande en français].

