France

Jacques Leveugle, accusé de viols en série et du meurtre de sa mère et de sa tante

Mardi, le procureur de la République de Grenoble, Etienne Manteaux, a lancé un appel à témoins après l’interpellation de Jacques Leveugle, un homme de 79 ans, soupçonné de viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs dans plusieurs pays entre 1967 et 2022. L’ancien éducateur, qui n’avait pas de casier judiciaire, a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés.

Mardi, le procureur de la République de Grenoble, Etienne Manteaux, a lancé un large appel à témoins suite à l’interpellation de Jacques Leveugle, un homme de 79 ans, soupçonné de viols et d’agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs dans plusieurs pays entre 1967 et 2022, ainsi que du meurtre de sa mère et de sa tante. 20 Minutes fait le point sur cette affaire.

Comment l’enquête a-t-elle débuté ?

L’affaire de ce « personnage particulièrement complexe » a été portée à l’attention des gendarmes de Vizille, à quelques kilomètres de Grenoble, en septembre 2023. Cela est survenu lorsque le neveu du suspect, ayant des « soupçons » sur les agissements de son oncle, leur a remis des clés USB lui appartenant.

Sur ces clés, les enquêteurs ont découvert « 15 tomes très denses » d’écrits ressemblant à des mémoires. En examinant ces documents, il apparaît que Jacques Leveugle aurait commis pendant six décennies des actes sexuels avec des garçons mineurs âgés de 13 à 17 ans en France métropolitaine, en Nouvelle-Calédonie, mais aussi en Algérie, en Suisse, en Allemagne, au Maroc, au Niger, en Colombie, aux Philippines, en Inde et au Portugal. « Il a parcouru ces différents pays et dans chacun des lieux où il se rendait pour faire du soutien scolaire, être enseignant, il rencontrait des jeunes et avait des relations sexuelles » avec eux, précise le procureur. À ce jour, les enquêteurs recensaient 89 victimes.

Un appel à témoins a été lancé ce mardi matin par le procureur de Grenoble pour permettre à d'éventuelles autres victimes de pouvoir se manifester.
Un appel à témoins a été lancé ce mardi matin par le procureur de Grenoble pour permettre à d’éventuelles autres victimes de pouvoir se manifester. – Procureur de Grenoble

Dans ses écrits, le septuagénaire reconnait également avoir tué deux personnes. Sa mère, d’abord. En 1974, alors qu’elle était atteinte d’un cancer en phase terminale, il explique l’avoir « étouffée avec un coussin » pour « abréger ses souffrances ». Les faits se seraient déroulés à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines. En 1992, il inflige le même sort à sa tante vivant en Suisse, avec laquelle il était « très lié ». Âgée de 92 ans, elle n’était pas malade mais « vulnérable et fragile », précise Etienne Manteaux.

Le prévenu « légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose s’il se trouvait dans cette situation de fin de vie », a ajouté le magistrat. Les deux meurtres font maintenant l’objet d’une enquête distincte.

Qui est le suspect ?

Ce dossier est décrit comme « un peu singulier » par le procureur. Il a jugé nécessaire de rendre publique l’identité du suspect, Jacques Leveugle, affirmant que « ce nom doit être connu » afin de permettre à d’autres victimes éventuelles de se manifester.

Né en 1946 à Annecy, l’homme se présentait comme un « boy-lover ». Jacques Leveugle, « cultivé et charismatique », prenait les jeunes sous son aile et procédait par « séduction intellectuelle » auprès des mineurs. Il se voyait « comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes », rapporte Etienne Manteaux. « Il n’y a jamais eu de violence commise. On est vraiment sur des contraintes morales », a ajouté le colonel Serge Procédès, commandant de la section de recherches de Grenoble, évoquant « un cas d’école de sérialité ».

Où en est l’enquête ?

L’ancien éducateur, qui n’avait pas de casier judiciaire, a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés.

Dans le cadre de l’enquête sur les viols et agressions, près de 150 personnes ont été entendues, mais jusqu’à présent, seulement deux ont choisi de se porter partie civile, a précisé le procureur. « Il y a une vraie ambivalence des victimes, c’est un peu la singularité de ce dossier », a expliqué le colonel Procédès. Ce dernier évoque un phénomène « d’emprise », une « toile tissée par cet homme autour de chacun des jeunes, où il s’investissait intellectuellement pour mieux assouvir ses pulsions sexuelles ».

Notre dossier sur les violences sexuelles

L’appel à témoins a pour but d’« aller chercher » des victimes non identifiées, notamment celles qui ne figurent dans les documents « que par leur surnom ou leur prénom », a expliqué Serge Procédès.

Car « le temps presse », a souligné le procureur. En raison de l’âge du mis en cause mais aussi des délais de prescription pour les crimes sexuels dont il est soupçonné [20 ans après la majorité jusqu’en 2018 et 30 ans depuis], cela exclurait ainsi « a priori » les faits commis avant 1993. « Si des victimes souhaitent se manifester, qu’elles le fassent maintenant, car il faudra, dans l’année 2026, clôturer cette information judiciaire », a-t-il conclu.