Belgique

Conclave à Bruxelles : un gouvernement possible d’ici la fin de semaine ?

Les deux journalistes Béatrice Delvaux et Dorian de Meeûs s’accordent à dire que la situation budgétaire de la Région est « particulièrement urgente » et fonctionne sur des douzièmes provisoires. Selon Béatrice Delvaux, même si le ministre du budget assure que la situation s’améliore, « beaucoup disent que ça ne suffit plus pour alimenter le système bruxellois ».


Quel que soit l’accord qui émanera du conclave, il est impératif d’agir, affirment les deux journalistes : « La situation budgétaire est particulièrement urgente, la Région fonctionne sur des douzièmes provisoires », déclare Béatrice Delvaux. « Même si le ministre du budget assure que la situation s’améliore, beaucoup estiment que cela ne suffit plus pour alimenter le système bruxellois. » Dorian de Meeûs ajoute que cette situation d’affaires courantes « commence à avoir un impact très important sur le terrain, sur le monde associatif, les entreprises publiques, les hôpitaux. Cette pression citoyenne a joué » pour réunir les sept partis autour de la table.

Des facteurs politiques auraient également influencé l’acceptation de cette coalition par les partis, que les négociateurs avaient déjà considérée comme « la seule possible » en mars 2025, rappelle l’éditorialiste en chef du Soir, « car elle a mathématiquement tous les éléments nécessaires pour former un gouvernement. »

Pour le rédacteur en chef de La Libre, les libéraux flamands d’Anders sont revenus dans la négociation en s’assurant d’obtenir certains éléments : « Le MR est dedans, il y a une majorité flamande et francophone, et sur le budget, Frédéric De Gucht obtient ce qu’Ahmed Laaouej n’aurait jamais accepté par le passé », à savoir une économie de 1,3 milliard d’euros pour retrouver l’équilibre budgétaire en 2029, comme l’expliquait le nouveau président d’Anders au micro de Matin Première avant l’ouverture du conclave. Selon Dorian de Meeûs, le PS a plié notamment parce qu' »il s’est rendu compte qu’il n’avait pas le soutien du PTB comme il l’espérait sur certains points. Des majorités alternatives sur certains textes étaient plus compliquées à obtenir. »

Enfermés à sept partis depuis le 10 février au matin, les négociateurs désignés et le formateur Georges-Louis Bouchez ne sortiront pas avant d’avoir trouvé un accord. Cela pourrait être relativement rapide, estime le journaliste : « Ça fait 600 jours que tout a été analysé et balisé. Il n’y a plus qu’à prendre le menu et choisir ce que l’on prend. Ça va être compliqué, mais cela devrait aller vite. »

Les débats risquent tout de même d’être animés, notamment sur la question budgétaire. « C’est un effort colossal que demande Anders, qui va au-delà des exigences européennes. Si déjà on sort avec un gouvernement qui peut fonctionner, c’est OK, » nuance Béatrice Delvaux. Le sujet de la mobilité pourrait également attiser les tensions entre Groen, le MR et le PS, qui ont tous deux « fait leurs campagnes contre ces projets », note Dorian de Meeûs. « Elke Van den Brandt semble découvrir qu’il y a des accords dont elle n’est pas totalement au courant, et pourrait devoir se battre contre des propositions qui ne vont pas dans son sens. »

L’éditorialiste de La Libre craint surtout que « cela puisse bouillir très vite, compte tenu des personnalités autour de la table. Il y a énormément de rancœurs et de blessures. Même si la confiance est revenue ces derniers jours, ça pourrait péter (sic.). D’autant que vous avez des personnalités très politiques, comme Georges-Louis Bouchez et Ahmed Laaouej, et d’autres qui viennent du monde de l’entrepreneuriat, comme Yvan Verougstraete et Frédéric De Gucht. »

Le modèle du conclave a déjà fait ses preuves pour trouver un accord au fédéral, déjà sous l’égide du président du MR. Faut-il s’attendre à un nom pour le futur ministre-président ? Les négociations commencent à peine, et peut-être ne faut-il pas mettre « la charrue avant les bœufs », tempérait le politologue Jean Faniel au micro de la RTBF avant le début du conclave. Une seule certitude, si le poste revient de fait au Mouvement Réformateur, Georges-Louis Bouchez a confié à Dorian de Meeûs que Valentine Delwart, la négociatrice libérale, ne sera pas ministre-présidente, et qu’il réserve « une surprise ».

Même si un accord est atteint, il ne faudrait pas crier victoire, selon Béatrice Delvaux. La crise bruxelloise de 600 jours et le recours au conclave ne feraient pour elle que « mettre à mal la Région ». Les partisans d’une réforme institutionnelle de Bruxelles semblent de plus en plus nombreux : « Georges-Louis Bouchez l’a dit, Frédéric De Gucht aussi, la société civile, les constitutionnalistes… tout le monde dit qu’il faut changer le système pour qu’il soit viable et tenable. Il y a une série de propositions sur la table, mais cela devra s’inscrire dans une réforme de l’État plus globale. Ceux qui ont provoqué cette crise sans savoir la résoudre font en sorte que la région ne s’appartienne plus à elle-même, si les négociations vont dans ce sens », sanctionne-t-elle.