Affaire Epstein : le PS ne réclame pas sa part de méfiance
Le PS déclare dans son post : « Lorsque ces fichiers sortent, ils révèlent bien plus que des crimes sexuels. Ils exposent un monde dissimulé, où l’argent, l’influence et le pouvoir politique circulent à huis clos, loin des regards et des contre-pouvoirs ». Cependant, aucun lien n’a été démontré entre l’affaire Epstein et le gouvernement Michel, le MR et la N-VA.
C’est un post où l’on aperçoit la figure d’Epstein accompagné de la mention : « Quand le gouvernement Michel MR/N-VA se retrouve dans les fichiers Epstein ».
À première vue, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une publication de Laurent Louis, un ancien député du Parti populaire, réputé pour ses théories du complot et son comportement controversé en politique. Cependant, il s’agit bien d’un post émis par le Parti socialiste.
Cela attire logiquement l’attention. Après le Royaume-Uni, où un proche du Premier ministre Keir Starmer a dû démissionner, et après la France avec la démission de Jack Lang, la Belgique semble également concernée par les réseaux d’influence d’Epstein. Le PS entend profiter des révélations en cours et l’affirme au début de son post : « Lorsque ces fichiers sortent, ils révèlent bien plus que des crimes sexuels. Ils exposent un monde dissimulé, où l’argent, l’influence et le pouvoir politique circulent à huis clos, loin des regards et des contre-pouvoirs ».
### Aucun lien à ce stade entre le gouvernement Michel et l’affaire Epstein
Cependant, rien ne relie, pour le moment, l’affaire Epstein au gouvernement Michel, ni au MR ni à la N-VA. Le PS n’étaye aucun lien entre Epstein et le gouvernement de l’époque.
Ce que le PS a découvert dans les fichiers, c’est que Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, évoque auprès d’Epstein que le gouvernement belge est tombé quelques heures après son intervention lors d’un événement sur le pacte mondial des migrations en 2018.
Il n’existe cependant aucune preuve indiquant que cette intervention ait eu une quelconque influence sur le départ de la N-VA. Selon les informations disponibles à l’époque, la décision de la N-VA avait déjà été prise plusieurs semaines avant. Accorder une telle importance à Steve Bannon semble donc exagéré. De plus, rien ne suggère ici une collusion entre le MR, la N-VA et le pédocriminel Epstein, contrairement à ce que la visuel pouvait faire croire.
### Indignations chez le MR, la N-VA et Les Engagés
Cette publication trompeuse a donc suscité de vives réactions, en particulier de la part du Premier ministre, du MR et des Engagés. Tous ont saisi cette occasion pour attaquer la crédibilité du Parti socialiste, qualifiant ses actions de « bassesses », de « mensonges » ou de « populisme ».
Mais quelle est la raison de cette communication du PS, alors même que le parti semble jouir d’une bonne popularité dans les sondages ? Il semble que la tentation de réaliser un coup politique ait été trop forte. Après sa défaite de 2024, de nombreux responsables du parti ont estimé que le PS avait trop misé sur des éléments rationnels — son bilan au sein du gouvernement De Croo — et avait négligé l’aspect émotionnel, contrairement au MR, aux Engagés ou au PTB. Cette affaire représente une opportunité pour le parti de capitaliser sur une émotion forte : la méfiance envers les élites, partagée par Georges-Louis Bouchez au MR (qui s’attaque aux élites culturelles) et Raoul Hedebouw au PTB (qui vise les élites économiques et politiques). Le PS cherche de plus en plus à jouer ce rôle, avec un brin d’exagération et de mauvaise foi.
Évidemment, une telle stratégie a un coût : elle risque d’affecter l’image de sérieux du parti, qui demeure importante pour une partie de l’électorat. Mais pour combien de temps encore ? C’est l’une des grandes questions de cette décennie politique.

