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Le Soudan : situation alimentaire critique, les combats continuent malgré tout.

L’alerte a été donnée par les experts du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) qui affirment que « les seuils pour la malnutrition aiguë ont été dépassés » à Oum Barou et Kernoi. En novembre, plus de 62.000 personnes ont fui la ville d’El-Fasher, et au total, plus de 127.000 personnes ont fui depuis octobre El-Facher.


L’alerte a été lancée par les experts du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), une organisation mandatée par l’ONU et basée à Rome. Ces spécialistes déclarent que « les seuils pour la malnutrition aiguë ont été dépassés » à Oum Barou et Kernoi, plusieurs centaines de kilomètres au nord d’El-Fasher, dans l’État du Nord-Darfour, près de la frontière tchadienne. À Kernoi, 7,8 % des enfants âgés de six mois à cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère, tandis qu’à Oum Barou, ce taux atteint 18,1 %. Cette situation est attribuée à l’afflux massif de civils suite à la prise, fin octobre, de la ville d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée au Darfour, par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Les taux alarmants de malnutrition entraînent un risque accru de mortalité et soulèvent des inquiétudes quant à la possibilité que les zones voisines soient affectées par des conditions similaires. Selon les experts, le déplacement massif de civils d’El-Fasher vers les zones environnantes a « mis à rude épreuve les ressources » des communautés locales, aggravant ainsi l’insécurité alimentaire et la malnutrition.

Depuis octobre, plus de 127 000 personnes ont fui El-Fasher, une ville assiégée pendant plus d’un an et demi où la famine avait été déclarée en novembre. Auparavant, l’ONU avait annoncé la famine dans trois camps de déplacés autour de cette ville, dans certaines zones des monts Nouba, au sud du pays, ainsi que dans la capitale régionale Kadougli, dans le Kordofan voisin, qui est désormais le principal front du conflit.

Au Kordofan, mardi, l’armée a annoncé avoir rompu le long siège de Kadougli, la capitale du Kordofan-Sud, qui durait depuis près de trois ans. Les violences dans cette région ont placé des centaines de milliers de personnes au bord de la famine et entraîné la fuite de 88 000 personnes entre octobre et janvier, selon les chiffres de l’ONU.

Les combats se sont en outre intensifiés dans la région du Kordofan, où la situation est marquée par des gains et des pertes des deux côtés. Les militants des FSR tentent d’ouvrir un nouveau front dans la région du Nil Bleu, près de la frontière avec le Sud-Soudan et l’Éthiopie, suite à des gains territoriaux dans l’ouest du pays. Roland Marchal, chercheur à Sciences-Po Paris, précise que la bataille d’El-Fasher et ses conséquences ont déplacé les combats vers cette région, déjà touchée par une série de batailles meurtrières pour le contrôle de zones stratégiques, comme Heglig, qui est cruciale pour l’exportation du pétrole.

Les efforts pour réaliser une trêve au Soudan n’ont jusqu’à présent pas abouti, même après qu’une nouvelle proposition présentée par les États-Unis et l’Arabie saoudite ait été faite le mois dernier. La guerre se poursuit, alimentée par le soutien de plusieurs puissances régionales. Marchal indique que des rivalités régionales et des intérêts stratégiques complexes influencent la situation, notamment la proximité des FSR avec l’Éthiopie, tandis que l’Égypte garde des relations étroites avec l’armée soudanaise.

La guerre au Soudan a causé plusieurs dizaines de milliers de décès et déraciné environ 11 millions de personnes, engendrant ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ». Dans ce contexte, Massad Boulos, l’émissaire américain pour l’Afrique, a tenu une conférence humanitaire début février à Washington pour récolter des fonds afin de gérer cette crise. L’objectif est de récolter 1,5 milliard de dollars cette année, avec l’engagement des Émirats arabes unis à verser 500 millions de dollars et des États-Unis à fournir environ 200 millions de dollars pour l’année fiscale 2026. Les Nations unies ont également averti que leurs stocks d’aide alimentaire pourraient s’épuiser d’ici la fin mars, alors que deux tiers de la population ont un besoin urgent d’aide.