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Stellantis : blâme l’Europe pour justifier des choix produits discutables

Stellantis a enregistré une perte nette de 20 milliards d’euros et a modifié son discours en affirmant vouloir « suivre la demande plutôt que l’injonction ». En 2024, ils étaient sur le podium européen des ventes de véhicules électriques, avec la Fiat 500e et la Peugeot e-208 considérées comme des best-sellers.


Il convient de lire attentivement le communiqué de Stellantis. Le groupe adopte une approche étonnante pour rendre responsable l’extérieur de son effondrement des profits. Selon eux, cela résulte d’une transition trop rapide vers l’électrique. Pourtant, la réalité repose sur des choix de produits hasardeux, des prix exorbitants et des problèmes de qualité qui se traduisent aujourd’hui par des pertes considérables.

Ce scénario est presque un exemple classique de communication de crise. Quand les chiffres sont difficilement défendables, comme une perte nette de 20 milliards d’euros, l’unique solution réside dans la modification du récit. Il s’agit de retourner la situation.

C’est exactement ce qu’a fait Stellantis ce matin. Sous la direction de Carlos Tavares puis d’Antonio Filosa, le groupe a passé des années à présenter son plan « Dare Forward 2030 » comme une avancée triomphale vers l’électrique, se vantant d’une exécution parfaite et de marges à deux chiffres. Aujourd’hui, confronté à la réalité, le ton change radicalement. Exit l’affirmation « nous sommes les meilleurs en exécution », place à « on nous a forcé la main ».

### L’art de se poser en victime

Le communiqué regorge de propos visant à dédouaner la direction. La phrase clé ? Stellantis annonce vouloir désormais « suivre la demande plutôt que l’injonction ». C’est une réécriture complète des faits.

En réalité, la situation est plus complexe. Stellantis n’a pas « raté » le passage à l’électrique par incompétence. En 2024, ils figuraient sur le podium européen des ventes de véhicules électriques, avec des modèles comme la Fiat 500e et la Peugeot e-208 qui ont très bien performé. Ils ont réussi à capter leur part de marché.

Cependant, leur réelle faiblesse réside dans le fait qu’ils n’ont jamais véritablement cru à un passage intégral au « tout électrique ». Contrairement à Tesla ou à certains constructeurs chinois qui ont adopté des plateformes dédiées, Stellantis a choisi une approche « multi-énergie », développant des véhicules capables de fonctionner avec des batteries ou des moteurs thermiques. Une stratégie de prudence qui s’avère aujourd’hui être une issue.

### L’échec des choix produits, pas de la transition

Ce communiqué cherche à occulter le fait que l’échec actuel n’est pas le fruit d’une « transition trop rapide », mais d’une **compétitivité insuffisante**.

Stellantis a subi la pression. Par Tesla sur les prix, par les constructeurs chinois en ce qui concerne la technologie et par Renault sur l’offre produit. Bien que leurs voitures électriques aient été vendues en volume satisfaisant, elles ne généraient pas les marges escomptées une fois la guerre des prix engagée. Ils ont sous-estimé l’importance de produits électriques (BEV) viables économiquement, et non simplement des versions électriques de modèles thermiques.

Que font-ils face à cette situation ? Plutôt que d’affronter cette perte de compétitivité, ils abandonnent les projets les plus ambitieux. L’annulation du **Ram 1500 BEV** et le retour du **V8 HEMI** en témoignent. Ils choisissent de revenir à des véhicules thermiques et hybrides, où les marges sont plus sûres.

Il serait naïf de croire que ce retour en arrière a été improvisé. En décembre dernier, bien avant l’annonce de ce communiqué, Antonio Filosa mentionnait déjà lors d’une conférence Goldman Sachs que la priorité était toute autre. Il annonçait : « C’est un levier que nous avons l’intention d’actionner très fort l’année prochaine [2026] », en parlant de la production de moteurs V8. Il a même eu l’audace d’ajouter : « Ce n’est pas un calcul de profit, mais c’est une opportunité de volume, puisque c’est ce que veulent les clients ».

### La facture de la « non-qualité »

Aujourd’hui, le groupe encaisse le coût de la « non-qualité », avec des moteurs peu fiables, une électronique défaillante et des retards de livraison. En blâmant la « pression » écologique, Stellantis détourne l’attention de ses propres insuffisances industrielles.

Stellantis modifie son discours pour transformer un échec stratégique en une résistance politique. Ils se présentent comme des défenseurs de la « liberté de choix » pour justifier ce retour technologique en arrière. Ils tentent de faire croire que ce changement est idéologique, alors qu’en réalité, il s’agit d’une nécessité, forcée par la concurrence. Ils n’ont pas réellement découvert que les clients privilégiaient l’essence, mais constatent plutôt qu’ils ne parviennent pas encore à rentabiliser suffisamment l’électrique face à une concurrence chinoise, allemande et même française acharnée.