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Retraites en Europe : un système sous pression, réformes en cours

L’âge moyen effectif de départ à la retraite dans l’Union européenne était d’environ 61 ans, avec des disparités allant de 58 ans en Slovénie à près de 66 ans au Danemark. En 2020, les dépenses de retraite représentaient environ 11% du PIB européen, avec de fortes variations nationales, atteignant jusqu’à 16% en Italie.


Contrirement à une idée répandue, l’âge de départ à la retraite en Europe n’est pas particulièrement faible à l’échelle mondiale. D’après le Forum économique mondial, neuf des dix pays où l’on prend sa retraite le plus tôt se trouvent en dehors de l’Europe, notamment l’Arabie saoudite (47 ans) et la Turquie (52 ans), mais également l’Inde, la Chine ou la Russie.

Dans l’Union européenne, l’âge moyen effectif de départ était d’environ 61 ans, selon Eurostat, et présente de fortes disparités : 58 ans en Slovénie, près de 66 ans au Danemark. Pour comparaison, la moyenne de l’OCDE en 2024 s’établissait autour de 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes.

**Une tendance nette au relèvement de l’âge légal**

Cependant, cette situation évolue rapidement. De nombreux pays européens augmentent l’âge légal de départ à la retraite, ce qui devrait faire grimper les moyennes dans les années à venir.

« Les réformes en cours porteront l’âge de la retraite à 62 ans au Luxembourg et en Slovénie, et jusqu’à 70 ans, voire davantage, au Danemark, en Estonie, en Italie, aux Pays-Bas ou en Suède », explique Linda Givetash, coordinatrice de l’enquête sur les pensions en Europe menée par les radios du réseau Euranet Plus.

Même la Turquie, souvent citée comme contre-exemple, prévoit d’augmenter progressivement l’âge légal de 52 à 65 ans.

Par ailleurs, prendre sa retraite ne signifie pas nécessairement cesser toute activité. En moyenne, 13 % des Européens continuent d’exercer une activité après avoir perçu leur première pension. En Estonie, en Lettonie, en Lituanie ou en Suède, cette proportion dépasse même les 40 %, selon Eurostat.

**Des dépenses élevées, mais pas encore incontrôlables**

Le vieillissement de la population européenne n’a pas encore paralysé les finances publiques, mais il augmente mécaniquement le coût des retraites. Le nombre croissant de retraités et l’allongement de la durée de versement des pensions pèsent sur les budgets.

Selon un rapport du FMI, les retraités actuels perçoivent en moyenne des prestations représentant plus du double de ce qu’ils ont cotisé au cours de leur vie active. En 2020, les dépenses de retraite représentaient environ 11 % du PIB européen, avec de fortes variations nationales : jusqu’à 16 % en Italie, contre moins de 8 % en Suède.

Le FMI estime toutefois que les réformes déjà engagées devraient permettre de contenir ces dépenses autour de 12 % du PIB européen d’ici 2070. Le problème n’est donc pas l’effondrement immédiat du système, mais son équilibre à long terme.

**Un déficit structurel qui menace à long terme**

En 2020, le déficit moyen des systèmes de retraite européens atteignait environ 2,5 % du PIB. Selon le rapport européen sur le vieillissement publié en 2024, ce déficit pourrait grimper jusqu’à 8 % du PIB d’ici 2070 en l’absence de nouvelles réformes.

Dans la plupart des pays, les pensions reposent sur un système par répartition, financé par les cotisations salariales et, pour une part croissante, par l’impôt. En moyenne, les cotisations couvrent environ 70 % des dépenses, le reste provenant des recettes fiscales générales.

Ce modèle varie fortement : au Danemark, près de 40 % des pensions sont financées par l’impôt, contre seulement 5 % en Suède. En Allemagne et en Italie, la part des recettes fiscales dépasse 30 %, ce qui réduit les marges budgétaires pour d’autres politiques publiques.

La Belgique illustre cette dépendance croissante aux finances publiques : une part significative des pensions est financée par l’impôt, ce qui limite les marges budgétaires pour d’autres priorités, dans un contexte de dette publique déjà élevée.

**Une pression accrue sur les actifs**

Le défi est particulièrement aigu dans les pays où la population active recule rapidement. En Allemagne, la population en âge de travailler devrait diminuer de 23 % d’ici quarante ans, bien davantage que la moyenne de l’OCDE.

« Sans réformes structurelles, l’État devra injecter toujours plus d’argent dans les retraites, au détriment des dépenses tournées vers l’avenir », avertit la chercheuse Emilie Höslinger, de l’institut IFO.

**Le nœud du problème : l’injustice générationnelle**

Les jeunes d’aujourd’hui percevront sans doute des pensions publiques, mais celles-ci seront probablement moins généreuses que celles des générations précédentes. Le rapport sur le vieillissement 2024 de la Commission européenne prévoit un écart croissant entre les revenus de fin de carrière et le premier montant de pension versé. Cela fait partie de ce que plusieurs économistes appellent l’injustice générationnelle.

Partout en Europe, la même tension s’exprime : des jeunes qui refusent de « travailler jusqu’à 80 ans », des actifs qui dénoncent un effort déjà excessif, et des gouvernements qui repoussent des décisions jugées pourtant inévitables.

« Les transitions démographiques sont prévisibles, mais les réformes échouent lorsqu’elles entrent en collision avec les incitations électorales et la défiance du public », résument plusieurs économistes.

Les leviers pour préserver les systèmes sont connus : travailler plus longtemps, diversifier les sources de financement, développer les pensions complémentaires, augmenter le taux d’emploi des séniors ou recourir davantage à l’immigration, mais aucun de ces choix n’est indolore.

Les systèmes fonctionnent encore, mais les décisions à venir risquent de provoquer la colère d’une partie ou de l’autre, car le coût du vieillissement ne disparaît jamais ; il se répartit.