France

Agressions d’adolescentes à Lyon : Les jeunes filles ne sont-elles pas plus violentes ?

Mercredi, une vidéo diffusée montre la violente agression d’une collégienne par une autre jeune fille à la sortie d’un établissement de Saint-Genis-Laval, près de Lyon. Moins de 10 % des jeunes impliqués dans des actes violents sont des filles.


Mercredi, une vidéo a été diffusée montrant une violente agression d’une collégienne par une autre jeune fille à la sortie d’un établissement de Saint-Genis-Laval, près de Lyon. Une semaine plus tôt, une autre adolescente de 15 ans a été retrouvée grièvement blessée à Oullins-Pierre-Bénite, également près de Lyon, après avoir réussi à s’échapper d’un lieu où elle aurait été séquestrée et torturée pendant plusieurs heures.

Réagissant à ces événements dans sa commune, Marylène Millet, la maire de Saint-Genis-Laval, a souligné que ce drame « mettait en lumière une dérive profondément préoccupante chez certains mineurs ». Elle a écrit dans un communiqué : « La violence est devenue banalisée, décomplexée, dépourvue de toute conscience des conséquences ». L’élue a-t-elle raison de s’inquiéter ? Y a-t-il une augmentation des violences chez les jeunes, notamment chez les filles ? Est-ce un phénomène médiatique ? Pour y répondre, 20 Minutes a interrogé la sociologue Véronique Le Goaziou.

Les jeunes filles sont-elles de plus en plus violentes ou est-ce un phénomène médiatique ? La violence entre jeunes filles n’est pas un phénomène médiatique, mais elle n’est pas non plus fréquente. Elle reste extrêmement rare. Étant marginale, chaque cas engendre une forte émotion et semble particulièrement choquant. Les données montrent depuis longtemps que des violences commises par des jeunes filles sur d’autres jeunes filles existent – et sont évidemment dramatiques lorsqu’elles surviennent – mais restent rarissimes. On ne peut pas parler d’un phénomène en augmentation.

Ces violences sont souvent déclenchées par ce que les adolescents appellent des « embrouilles » : des disputes qui se règlent à la sortie des établissements scolaires ou dans les transports. Les motifs peuvent sembler dramatiquement bénins, qu’il s’agisse de règlements de comptes, d’histoires de cœur, de réputation ou d’honneur.

En examinant le profil des mises en cause, on constate qu’il s’agit souvent de passages à l’acte isolés, non réitérés, où la famille, et si nécessaire, la justice, peuvent intervenir. Ces adolescentes ne montrent généralement pas de signes inquiétants de déviance supplémentaire.

Il existe également des jeunes filles ayant un lourd passif de difficultés, notamment familiales et psychoaffectives. Dans ce cas, le passage à l’acte peut servir d’exutoire. Certaines adolescentes évoluent dans des contextes sociaux ou territoriaux très contraints, exerçant une forte pression. La violence s’inscrit alors davantage dans une dynamique de groupe : elles agissent rarement seules. Il est d’ailleurs rare qu’une jeune fille s’en prenne exclusivement à une autre. Ces différentes formes de violences juvéniles se retrouvent aussi chez les garçons.

La violence chez les plus jeunes est-elle genrée ? Oui. Des sociologues le soulignaient dans les années 1970, lors des mouvements de libération des femmes. Les féministes affirmaient que les femmes deviendraient véritablement les égales des hommes quand elles seraient aussi violentes qu’eux. Ce n’est pas ce qui se passe. Depuis toujours, il existe une différence très nette selon le genre, et elle demeure inchangée.

Malgré l’évolution des modes d’éducation, des progrès en matière d’égalité des genres, et des changements sociétaux, légaux et juridiques, la réalité reste la même : dans l’immense majorité des cas, ce sont des garçons qui exercent des violences physiques. Moins de 10 % des jeunes impliqués dans des actes de violence sont des filles.

Cela ne signifie pas que tous les garçons sont violents et que les filles ne peuvent pas l’être. Toutefois, aujourd’hui, on documente davantage les violences subies par les jeunes filles plutôt que celles qu’elles commettent.

Les réseaux sociaux ont-ils amplifié les violences chez les jeunes ? La mise en scène de la violence n’est pas un phénomène nouveau. Avant l’avènement des réseaux sociaux, on photographiait, on en parlait, on montrait. Les téléphones portables et les plateformes numériques ont considérablement amplifié cette visibilité. Aujourd’hui, il est difficile d’ignorer la place centrale des réseaux sociaux dans la socialisation et le quotidien des jeunes. Ils peuvent constituer un exutoire émotionnel et pulsionnel très puissant, ce qui explique en partie les débats actuels autour du projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux avant 15 ans.

Pourquoi ces formes de violences apparaissent-elles souvent au collège ? Le collège correspond à l’adolescence. C’est un moment de transition, où l’on quitte l’enfance pour entrer dans un monde fragile. Cela représente aussi une période clé sur le plan scolaire : les premières orientations se dessinent et les premières formes de déscolarisation peuvent apparaître.

Certains jeunes peuvent se sentir en décalage avec un système scolaire qui ne leur convient pas ou qui est rejeté. Cela peut avoir un impact lourd sur leur trajectoire et leur avenir social. Le collège est donc un moment où se cristallisent de nombreuses tensions, à la fois personnelles, scolaires et sociales, chez les jeunes filles comme chez les jeunes garçons.