France-Irlande : Jalibert peut-il enfin briller avec les Bleus ?
Matthieu Jalibert a inscrit son premier essai international depuis le match contre l’Italie lors de la Coupe du monde à l’automne 2023. L’équipe de France a remporté son match contre l’Irlande avec un score de 36-14.
Au Stade de France,
Il est difficile de dire si c’est la coupe mulet de Matthieu Jalibert qui déplaisait, ou si c’était simplement par dépit après avoir été écrasé par la France, mais le puissant Irlandais James Ryan a surpris tout le monde avec une charge impressionnante sur l’ouvreur des Bleus à deux minutes de la fin. Cela aurait été problématique que ce dernier soit contraint de quitter le terrain à cause d’une commotion sérieuse, remettant en question sa participation au match contre les Gallois le week-end prochain, tant sa performance jeudi soir fut solide. Enfin.
La carrière de Jalibert (27 ans) avec le maillot bleu a été marquée par des difficultés, entre la concurrence de Romain Ntamack et des comportements parfois en décalage avec les attentes de Fabien Galthié. Avec le Toulousain blessé, Jalibert a retrouvé un statut de titulaire pour seulement la deuxième fois en près de deux ans, et il savait qu’il devait répondre présent lors de cette 36e sélection. Tout comme son équipe, qui a affiché une prestation convaincante pour dominer l’Irlande (36-14), le numéro 10 n’a pas déçu et a sans doute réalisé son match de référence au niveau international.
Les bons points de Galthié
Avec l’aide d’Antoine Dupont, Jalibert a orchestré une stratégie qui a très bien fonctionné, à savoir gagner du terrain contre les Irlandais, en alternant les jeu au pied et les relances à la main. Cela n’était pas gagné avec la pluie persistante de la soirée. « Avec un temps pareil, face aux Irlandais, si tu ne gagnes pas l’occupation c’est compliqué », a souligné Thomas Ramos en zone mixte après le match. « Grâce à tout le travail effectué, nous avons pu les maintenir sous pression. » C’était la clé d’une première période de très haut niveau, conclue sur le score de 22-0.
Après dix premières minutes d’observation, Jalibert a tenté une première percée avec un coup de pied de 50-22 qui, bien que raté, a forcé l’arrière irlandais Jamie Osborne à dégager précipitamment. Une touche jouée rapidement et trois passes plus tard, Bielle-Biarrey a profité de la désorganisation irlandaise pour marquer un essai, lançant ainsi une première période brillante. « L’alternance entre le jeu au pied et à la main a été remarquable, et la charnière y a joué un rôle important », a salué Galthié à l’issue du match.
À peine le temps de souffler après cette première action, le demi d’ouverture a ensuite marqué seul après une mêlée, réalisant un crochet dévastateur pour laisser sur place deux défenseurs irlandais. C’était son premier essai international depuis son match contre l’Italie lors de la Coupe du Monde, à l’automne 2023. Il a ensuite tenté quelques coups de pied audacieux, y compris sa fameuse spéciale, un petit ballon par-dessus qui a permis au troisième essai de Charles Ollivon de se réaliser. « Je l’ai trouvé vraiment bien, confiant dans son jeu, ça s’est vu », a déclaré Louis-Bielle Biarrey.
Le Speedy Gonzalez de La Tronche a parfaitement identifié le maestro qui se montre à l’aise offensivement à ses côtés à Bordeaux. Mais pas seulement. « Je n’ai pas les statistiques, mais en défense, je l’ai trouvé très présent aussi. Et dans l’occupation, qui est un point sur lequel on l’attend », a analysé LBB. « Donc je suis très content, car j’ai l’impression qu’il a pris du plaisir. » Les statistiques sont en effet bonnes : 10 plaquages réussis pour un seul raté, presque comme si l’on regardait la feuille de François Cros.
Concernant les phases défensives, Fabien Galthié a décidé de décaler son ouvreur aussi souvent que possible en deuxième centre pour qu’il soit moins exposé. Une approche qui a bien fonctionné en club. « C’est vrai qu’à Bordeaux, j’évolue souvent dans cette position et nous avons de bons repères avec Yoram (Moefana) et Nico (Depoortere), » a expliqué l’intéressé. « C’était très clair, nous avons travaillé ainsi pendant dix jours et cela a été plutôt positif sur le terrain. »

Un bon point pour Jalibert, dont la fragilité défensive a souvent été soulignée lors de ses confrontations avec Ntamack. Par ailleurs, son entente avec Antoine Dupont, très attendue, s’est révélée très satisfaisante. « Nous avons réussi à être justes techniquement, à nous faire des passes, à jouer sur les ailes. C’est très positif. Nous avons gagné en confiance ce soir », a commenté le demi de mêlée, également de retour avec les Bleus après sa grave blessure au genou.
L’association des deux créateurs a suscité de l’intérêt tout en soulevant des questions concernant la répartition des initiatives et la crainte d’en faire trop. Finalement, rien de tout cela. Avec l’arrivée de Thomas Ramos, un arrière qui aime intervenir au cœur du jeu, tout s’est bien coordonné.
« Ne pas me prendre la tête »
« Dans notre système, il y a le 9, le 10, mais aussi le 15 qui est très influent. Tom (Ramos) est quelqu’un qui aime prendre des responsabilités, et c’est très bien d’avoir presque deux numéros 10 sur le terrain, car nous ne pouvons pas être partout et cela nous permet d’être menaçants des deux côtés », développe Jalibert. « C’est dans ce sens que nous avions travaillé et cela a plutôt bien fonctionné. »
Malgré un léger coup de mou en seconde période, comme l’équipe dans son ensemble, le demi d’ouverture a fini le match en force en délivrant une passe décisive sur l’essai de Théo Attissogbe. Interrogé sur sa performance globale, il n’a pu (ou voulu) dire à chaud s’il s’était senti plus à l’aise que d’habitude. Mais l’orientation de sa réponse laisse deviner un certain sentiment :
« Ce soir en tout cas, j’ai essayé de jouer mon jeu, de ne pas me prendre la tête avec tout ce qui peut se passer autour. Parfois, après certains matchs en équipe de France, en rentrant (chez moi), j’avais des regrets parce que j’avais l’impression de ne pas être moi-même. C’est juste ce que je voulais sur ce match, ne pas en avoir, tout donner, prendre du plaisir et avoir la tête haute à la fin du match. »
On a pu voir, après le coup de sifflet final, Jalibert taper dans les mains des spectateurs et prendre quelques photos. On peut affirmer sans trop se tromper qu’il a quitté Saint-Denis avec un sentiment de devoir accompli. Peut-être pour la première fois. Désormais, il lui appartient de faire en sorte que ce ne soit pas la dernière fois.

