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Affaire Epstein : Keir Starmer ne démissionne pas malgré la chute de Mandelson.

Le chef du gouvernement britannique, Keir Starmer, a été contraint à de nombreuses volte-face sur son programme économique et social en 18 mois. Peter Mandelson est désormais sous le coup d’une enquête de police, soupçonné d’avoir transmis des informations financières sensibles à Jeffrey Epstein entre 2008 et 2010.

Le Premier ministre britannique se trouve confronté à une crise de confiance et d’autorité sans précédent. De nouvelles informations révèlent des liens entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique Peter Mandelson. Ce dernier avait été nommé par Keir Starmer, avant d’être démis de ses fonctions en septembre dernier après sept mois à Washington.

Jeudi, le dirigeant travailliste a présenté des excuses aux victimes du financier américain décédé en prison, exprimant son « regret d’avoir cru aux mensonges de (Peter) Mandelson et de l’avoir nommé », lors d’un discours à Hastings, dans l’est de l’Angleterre. Il a, néanmoins, réaffirmé sa volonté de rester en poste. « J’ai l’intention de continuer ce travail essentiel pour notre pays », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer.
Le Premier ministre britannique Keir Starmer. - Peter Nicholls/AP/SIPA

La veille, il avait déjà reconnu devant le Parlement avoir connaissance des liens entre Jeffrey Epstein et Peter Mandelson, mais avait accusé son ancien ambassadeur d’avoir « menti de manière répétée » sur l’ampleur de ces relations. « Nous savions depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d’entre nous ne connaissait la profondeur et la gravité de cette relation », a-t-il souligné jeudi.

Depuis son arrivée à Downing Street en juillet 2024, Keir Starmer avait promis de mettre fin aux scandales répétitifs de ses prédécesseurs conservateurs. Cependant, en l’espace de 18 mois, il a dû effectuer de nombreux revirements sur son programme économique et social, et a été contraint de se séparer de plusieurs ministres impliqués dans diverses affaires, des incidents qui ont considérablement affecté sa crédibilité politique et sa popularité.

Gouvernement « chaotique »

Alors que les rumeurs sur des manœuvres visant à le remplacer se multiplient depuis des semaines, des députés travaillistes, cités anonymement dans les médias britanniques, ne nient plus la possibilité d’un départ de Keir Starmer. Jeudi, les journaux s’interrogeaient sur son avenir à Downing Street, évoquant un Premier ministre qui « se bat pour son avenir » (The Times), en « grave danger » (Daily Mail) ou encore « isolé » (the i) au sein de sa propre majorité.

Suite aux dernières révélations issues des documents publiés par le ministère américain de la Justice, Peter Mandelson fait désormais l’objet d’une enquête policière, suspecté d’avoir transmis des informations financières sensibles à Jeffrey Epstein, alors qu’il était membre du gouvernement entre 2008 et 2010.

Pour de nombreux Britanniques, « ce gouvernement est tout aussi chaotique que le précédent » et « l’affaire Mandelson semble encore renforcer cette impression », déclare Luke Tryl, directeur pour le Royaume-Uni du groupe de réflexion More in Common. La crise a même affecté la livre sterling et fait grimper le taux d’emprunt des bons du Trésor britannique, rappelant le souvenir de l’ex-Première ministre Liz Truss, qui avait été contrainte de démissionner en 2022 après avoir effrayé les marchés.

« Honteux »

La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a qualifié le discours de Keir Starmer de « honteux ». « Il devrait s’excuser d’avoir ignoré les recommandations (concernant la nomination de Peter Mandelson) plutôt que de s’excuser d’avoir cru » Peter Mandelson, a-t-elle martelé.

Ces difficultés surviennent à un moment critique pour Keir Starmer, à moins d’un mois d’une élection législative partielle dans le nord-ouest de l’Angleterre et à trois mois d’élections locales à haut risque, alors que le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage prend de l’ampleur. Ce dernier a qualifié l’affaire de « plus gros scandale de la politique britannique depuis plus d’un siècle ».

Pour sa défense, le gouvernement assure avoir respecté les procédures de vérification pour la nomination de l’ex-ambassadeur. Toutefois, l’opposition et certains membres du Labour exigent la démission du chef de cabinet de Keir Starmer, Morgan McSweeney. « Le responsable, ici, n’est ni le Premier ministre ni son équipe. C’est Peter Mandelson qui a menti, manipulé et trompé tout le monde », a déclaré sur Sky News le ministre du Logement Steve Reed, proche du Premier ministre.

Mercredi, à l’issue d’un débat houleux à la Chambre des communes et sous la pression de ses propres députés, le gouvernement a accepté de transmettre à une commission parlementaire les documents relatifs au processus de nomination et de révocation de Peter Mandelson. Des députés travaillistes en colère ont critiqué « l’erreur de jugement » du Premier ministre et exprimé leur « colère », voire leur « honte », concernant la manière dont le gouvernement a géré cette affaire.