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« Un jour, une carte » : Bad Bunny souligne Porto Rico, presque 51e État.

Bad Bunny est né à Porto Rico, un territoire de 9000 km², et chante en espagnol. Les Portoricains, qui sont théoriquement considérés comme des citoyens américains, n’ont cependant aucune voix au chapitre pour les élections fédérales américaines.


Bad Bunny, l’artiste le plus écouté de l’heure, est originaire de Porto Rico. Il y est né sur ce petit territoire de 9 000 km², bordé par la Mer des Caraïbes, et y a grandi en chantant en espagnol, la langue des Portoricains. Son art reflète directement sa terre natale. Dans ses chansons, il aborde des thèmes tels que la corruption endémique sur l’île, la migration, ainsi que la gentrification et la spéculation immobilière, exacerbées par le surtourisme qui touche cette île au paysage idyllique. En somme, Bad Bunny, icône mondiale, incarne les aspirations de Porto Rico.

Cependant, Porto Rico symbolise également les couleurs du drapeau américain. Bien que l’île ait son propre drapeau, elle se trouve dans une situation unique : celle d’État libre associé aux États-Unis, aussi qualifié de « territoire organisé non incorporé » dans le vocabulaire américain. Ainsi, bien que l’île dispose de sa propre constitution, elle est considérée comme un territoire américain, avec toutes les décisions relatives à la défense, à la monnaie et à la politique étrangère prises à Washington.

Bien que les 3,2 millions de Portoricains soient théoriquement considérés comme des citoyens américains, ils n’ont cependant aucun droit de vote lors des élections fédérales américaines.

Ce statut hybride, hérité de l’époque qui a suivi l’annexion de l’île par les États-Unis en 1898, suscite de nombreux débats. Depuis plusieurs décennies, les Portoricains réclament en effet leur intégration aux États-Unis, souhaitant devenir le 51ème État. Le dernier référendum, le septième du genre, s’est tenu en novembre 2024 et a, comme les trois précédents, vu le camp en faveur de l' »estadidad », c’est-à-dire l’accession à l’État, remporter la majorité des voix.

Néanmoins, les propositions de lois en ce sens au Congrès américain n’ont jamais abouti. La raison principale réside dans le risque d’un changement des équilibres politiques aux États-Unis, étant donné que la population de Porto Rico vote systématiquement en majorité pour le Parti démocrate.

Une partie significative des Portoricains exprime sa lassitude face à leur traitement par les autorités américaines.

Depuis 2006, Porto Rico est sous un contrôle financier strict imposé par Washington, avec l’instauration d’un Conseil de supervision et d’administration financières, désigné « junta fiscal », chargé de redresser les finances de l’île, dont la dette publique s’élève à plus de 70 milliards de dollars. Cette « junta fiscal », qui n’a pas été élue, a le pouvoir de bloquer des projets de loi locaux, renforçant ainsi le ressentiment des habitants. Lors du dernier référendum, la montée des indépendantistes a marqué les esprits, ceux-ci récoltant 33 % des voix, un score sans précédent.

De son côté, Bad Bunny s’engage à soutenir les revendications anticolonialistes des Portoricains, au point que l’université de Yale aux États-Unis a commencé à proposer des cours portant sur les implications politiques de son influence.