France

Christian Nègre droguait des femmes pour les uriner : victimes, signalez-vous.

Franck Riester a qualifié l’affaire Christian Nègre de « complètement folle » et « d’un pervers ». Christian Nègre, ex-haut fonctionnaire du ministère de la Culture, a été mis en examen pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public » et « atteinte à l’intimité ».


Une affaire qualifiée de « complètement folle » et digne « d’un pervers » par l’ancien ministre de la Culture Franck Riester est celle de Christian Nègre. Les potentielles victimes sont aujourd’hui invitées à se faire connaître « au plus vite » auprès des enquêteurs.

Christian Nègre, ancien haut fonctionnaire de la Culture, a été mis en examen par deux juges d’instruction pour « administration de substance nuisible », « violences par personne chargée de mission de service public » et « atteinte à l’intimité ». Entre 2009 et 2018, l’ancien DRH du ministère de la Culture est accusé d’avoir administré des diurétiques à près de 250 femmes pour les contraindre à uriner sous prétexte d’entretiens professionnels.

Il a été démasqué en 2018 lorsqu’une interlocutrice l’a surpris en train de la photographier sous la table, ce qui l’a poussé à porter plainte. « L’exploitation de son matériel informatique a permis de découvrir un tableau recensant 181 entretiens avec des femmes, lors desquels il leur faisait absorber des produits diurétiques dans un café ou thé et attendait qu’elles soient acculées à uriner en sa présence », a détaillé la procureure de Paris, Laure Beccuau, dans un communiqué.

Sur les 248 victimes identifiées, « au moins 180 personnes se sont déjà constituées parties civiles », précise le parquet. Ce chiffre continue d’évoluer, des femmes se manifestant régulièrement, selon une source proche du dossier.

La procureure de Paris a donc lancé un appel aux « victimes non encore entendues pour se signaler au plus vite auprès de l’OCRVP [Office central de répression des violences aux personnes] » et à se constituer partie civile « si elles le souhaitent ». Les enquêteurs espèrent pouvoir « faire retour de ces auditions à la fin du mois de mars 2026 » pour réaliser des évaluations et interrogatoires complémentaires. « La clôture des investigations est attendue d’ici la fin de l’année 2026 », a ajouté la procureure.

Cet appel fait suite à des plaintes de plusieurs victimes, qui avaient exprimé leur frustration fin 2025 face à la prolongation de l’instruction. Une réunion d’information a été organisée par les juges d’instruction pour leurs avocats fin janvier, et une autre rencontre est prévue au printemps pour les victimes devenues parties civiles.

Cependant, le délai imparti aux victimes pour se manifester a suscité l’indignation de Me Louise Beriot, avocate et porte-parole de la Fondation des femmes. « Ce travail d’investigation aurait dû être mené depuis six ans, nous sommes consternées ! Fixer un délai aux victimes pour entrer dans la procédure est extrêmement choquant », a-t-elle déclaré, représentant plusieurs victimes. « Notre demande principale concerne des expertises en bonne et due forme. Les victimes ont les mêmes droits que toutes les parties civiles dans n’importe quelle procédure », insiste-t-elle.

Dans son communiqué, la procureure mentionne la mise en place d’un dispositif EEVI (Évaluation des besoins des victimes) par l’association France Victimes et Paris Aide aux victimes. « Cela ne doit pas remplacer les véritables expertises judiciaires, qui permettent aux femmes d’être reconnues comme victimes et ensuite indemnisées », souligne l’avocate. Elle dénonce la précipitation soudaine à l’égard de femmes « qui ne sont pas auditionnées par le juge et n’ont pas accès à une expertise judiciaire », qualifiant cela de « victimisation secondaire pure et simple ».

En attendant un procès, certaines victimes ont pu obtenir des indemnisations, notamment par la responsabilité de l’État. D’autres, qui s’étaient rendues au ministère en pensant passer un entretien de recrutement avec Christian Nègre, espéraient bénéficier de la protection fonctionnelle du ministère de la Culture dans le cadre de l’enquête en cours. Elles ont reçu début janvier une fin de non-recevoir, étant jugées comme n’ayant pas la qualité « d’agent public », selon un document consulté par l’AFP.