Réforme des pensions : 3 travailleurs sur 10 touchent 300 € de moins.
En 2024, la dépense pension était de 67 milliards d’euros, c’est 38% de plus en cinq ans. Trois travailleurs sur 10 recevront en moyenne 300 euros de pension de moins par mois.
Si le bonus pension proposé par le gouvernement De Wever est prévu pour cette année, le malus, quant à lui, ne sera mis en place qu’à partir de l’année prochaine. Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, considère que les femmes seront les plus touchées. « J’ai parfois l’impression que les décisions se prennent dans des endroits où l’on fréquente peu la société. Les femmes ont encore une charge particulière dans les ménages. Ce sont celles qui auront les carrières les plus morcelées ou à temps partiel, même si cela s’est un peu masculinisé au fil des années. Elles auront donc des trous cumulés au fil de leur carrière avec de gros risques d’affaiblissement au niveau de la pension », a-t-elle déclaré sur le plateau de « QR le débat ». « C’était déjà le cas par le passé. Il y avait eu un peu de correctifs avec l’évolution dans le travail des femmes. Mais ici, avec les critères qui vont être pris, on risque un réel recul. Il faut appeler le gouvernement à réfléchir par rapport à ça. »
En 2024, les dépenses liées aux pensions s’éleveront à 67 milliards d’euros, soit une augmentation de 38 % en cinq ans.
Eléonore Simonet, ministre des Classes moyennes, des Indépendants et des PME, a déclaré : « Il ne faut pas faire trop de bashing belge. On doit se réjouir en Belgique de vivre plus vieux et en meilleure santé. Le revers de la médaille, c’est que le ratio entre les actifs et les pensionnés est en chute libre. Résultat : à terme, la soutenabilité de notre pension est mise en cause. En 2024, la dépense pension était de 67 milliards d’euros, c’est 38 % de plus en cinq ans. Il faut réformer parce qu’on ne pourra plus assumer cette soutenabilité. »
Elle a ajouté : « On renforce aujourd’hui le travail effectif et la constitution des pensions. On veut aussi harmoniser le statut entre indépendants, fonctionnaires et salariés. Vous parliez des femmes et effectivement, elles ont parfois des carrières plus morcelées. Eh bien, on prend en considération pour le calcul de la pension les périodes assimilées comme les congés d’allaitement, d’adoption, d’accueil, de maternité et même le droit passerelle. »
Eléonore Simonet et le député fédéral Ismaël Nuino (Les Engagés) estiment que la réforme est inévitable. Toutefois, pour le PTB et le PS, les pensionnés y perdent trop et contribuent moins à l’économie du pays.
Trois travailleurs sur dix recevront en moyenne 300 euros de pension de moins par mois. Pour certains enseignants, cela pourrait aller jusqu’à 500 euros de moins de pension par mois.
Pierre-Yves Dermagne, député fédéral (PS), a affirmé : « Le gouvernement veut que tout le monde travaille plus longtemps pour moins de pension. Un rapport est sorti du comité de vieillissement et dit qu’à partir de 2070, les gens auront entre 9 et 11 % de moins de pension, soit environ 150 euros. » Sofie Merckx, députée fédérale (PTB), a ajouté : « Aujourd’hui, les salariés ont une pension moyenne de 1550 euros. Avec ça, vous ne pouvez même pas payer une maison de repos, et on veut encore revoir ça à la baisse. Concernant la soutenabilité à long terme, effectivement, le coût du vieillissement augmente. Il ira de 11,4 aujourd’hui à 13,6 % du PIB. Mais aujourd’hui, la France et l’Autriche paient déjà plus que cela dans leur pays. Donc c’est un choix politique de dire aux gens qu’ils ont le droit à une pension digne sans avoir à travailler jusqu’à en crever. »
« Selon le ministre fédéral des pensions, M. Jambon, trois travailleurs sur dix recevront en moyenne 300 euros de pension de moins par mois. Et pour certains enseignants, ce sera jusqu’à 500 euros de moins de pension par mois », a ajouté le député fédéral Pierre-Yves Dermagne (PS).
Concernant la question d’un éventuel plafonnement des pensions des fonctionnaires, un téléspectateur de l’émission a suggéré de limiter celles-ci à 4000 euros brut par mois afin d’améliorer la répartition. « C’est effectivement un point qui est sur la table », a réagi Ismaël Nuino (Les Engagés). « L’idée n’est pas de plafonner à 4000 euros, mais de plafonner la pension des fonctionnaires lorsqu’elle est élevée, de telle sorte qu’elle évolue moins vite que celle des autres, pour réduire les inégalités. Donc c’est envisageable. » Pierre-Yves Dermagne a insisté : « Mais ce n’est pas pour redistribuer l’argent aux autres pensionnés ! ».
Enfin, le professeur d’économie à l’UCLouvain, Jean Hindricks, a voulu apaiser les inquiétudes des jeunes générations : « Les pensions seront toujours payées puisque, comme l’a dit le ministre de Haene à l’époque, une majorité d’électeurs seront à la retraite plus tard. » Il a ajouté : « Ce sera donc difficile de diminuer les pensions, on ne l’a d’ailleurs jamais fait. »
Il a également affirmé : « Aujourd’hui, le problème fondamental, c’est que les jeunes ne croient plus au système de la pension. Ils perdent confiance, alors qu’elle est essentielle pour maintenir un système de pension légal. C’est un peu comme l’article 5 de l’Otan. Si des pays commencent à douter que les alliés viendront défendre en cas d’attaque, tout s’effondre. »

