France

Camblanes, village de 3.000 âmes, face à une histoire de vingt ans ?

Quatre personnes, dont deux ressortissants chinois, ont été arrêtées à Camblanes-et-Meynac, suspectées d’espionnage pour le compte de Pékin, en tentant de capter des données militaires sensibles. Le parquet de Paris a précisé que les interpellés sont soupçonnés d’avoir « intercepté illégalement le flux descendant des satellites, notamment des échanges entre entités militaires d’importance vitale ».


« C’est totalement incompréhensible cette histoire ! », déclare la boulangère du village de Camblanes-et-Meynac, situé à 30 minutes au sud-est de Bordeaux. Sa surprise vient de l’annonce, faite ce jeudi matin, de l’arrestation dans ce village de quatre individus, dont deux ressortissants chinois, suspectés d’espionnage pour le compte de Pékin. Ces derniers auraient, entre autres, tenté de capter des données militaires sensibles. Bien que les interpellations aient eu lieu samedi, ils ont été mis en examen ce jeudi après-midi.

« Ici, normalement, il n’y a que des moutons et quelques travailleurs. Il ne se passe pas grand-chose », souligne la commerçante. Qui sont ces suspects ? Que cherchaient-ils vraiment ? Et pourquoi avoir choisi Camblanes, un bourg tranquille de plus de 3 000 habitants ? L’incompréhension est renforcée par le fait que ce village ne se situe pas à proximité de sites sensibles.

« C’est une bonne planque, on est à la campagne », commente un voisin du logement loué sur la plateforme Airbnb par les quatre suspects. La maison, légèrement en dehors du village, est protégée par un grand portail gris. C’est l’installation d’une parabole de deux mètres de diamètre dans le jardin et des coupures d’Internet qui ont incité des résidents à signaler les occupants. Le voisin mitoyen admet, quant à lui, ne pas avoir remarqué cette antenne. « Je n’ai aucune visibilité sur ce qui se passe à côté », précise-t-il, insistant plutôt sur la discrétion des occupants.

« Camblanes est un village tranquille. Je pense que c’est surtout cela qu’ils recherchaient, notamment pour leur parabole », estime Jean-Philippe Guillemot, le maire sans étiquette, surpris par l’attention soudaine portée à sa commune. L’élu n’a d’autre explication que celle-ci pour tenter de comprendre la situation, puisqu’aucun site militaire ou stratégique n’est à proximité. Ils auraient pu opter pour « n’importe quel village de France », insiste-t-il.

« J’ai eu un groupe de trois à quatre Chinois une ou deux fois la semaine dernière », raconte le gérant du kiosque à pizzas, l’un des rares commerces ouverts après 19 heures. Il se souvient : « Seul l’un d’eux parlait bien français, et comme on n’en sert pas tous les jours, on sait reconnaître les Airbnb. » Le buraliste pense également avoir croisé les suspects, venus acheter des cigarettes. « On a communiqué par gestes, il ne parlait pas bien français, et j’étais à deux doigts de prendre Google Traduction. »

Le parquet de Paris indique que les personnes interpellées, transférées dans la capitale, sont soupçonnées d’avoir « intercepté illégalement le flux descendant des satellites, notamment des échanges entre entités militaires d’importance vitale ». L’enquête a été confiée à la DGSI. « On en a pour vingt ans à parler de cette histoire, tellement il ne se passe rien ici », plaisante un habitant de Quinsac, la commune voisine.