Friend.com : un collier d’intelligence artificielle pour une écoute permanente.
Avi Schiffmann a fondé une start-up californienne et a dépensé près de 1,8 million de dollars pour acquérir le nom de domaine « friend.com ». Aux États-Unis, le collier a été vendu 130 dollars (environ 110 euros) et s’est écoulé à près de 3.000 exemplaires.
« Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier. » Telle est la promesse d’une campagne publicitaire intrigante qui a récemment envahi les couloirs du métro parisien. Les affiches, toutes blanches, mettent en avant ce qui ressemble à un pendentif – une sphère suspendue à un cordon – accompagnée de l’adresse « friend.com ». S’agit-il d’une nouvelle application de rencontres ou de messagerie ? Pas du tout. Ce collier, intégrant une intelligence artificielle, se présente comme votre « meilleur ami virtuel ». Un gadget américain qui suscite autant d’enthousiasme que de méfiance.
À l’origine de Friend.com se trouve une start-up californienne fondée par Avi Schiffmann, un jeune entrepreneur déjà reconnu pour avoir développé durant la pandémie un site très consulté sur l’évolution du Covid-19. Après plusieurs levées de fonds, Schiffmann a investi près de 1,8 million de dollars pour acquérir le nom de domaine « friend.com » et a présenté, à la mi-2024, son projet de « wearable », un objet technologique conçu pour être porté comme un accessoire.
Le collier est pensé pour rester à l’écoute de l’environnement de son porteur et interagir avec lui en continu. Contrairement à un assistant numérique classique tel que Siri ou Alexa, ce « Friend » ne se limite pas à exécuter des commandes : il peut envoyer spontanément des messages via une application associée. Votre ami numérique est donc capable de commenter votre journée ou de suggérer des activités en fonction de ce que l’IA estime avoir observé.
Aux États-Unis, le produit a suscité l’attention dès 2025, notamment grâce à un plan média d’envergure dans le métro de New York, comprenant plus de 11 000 affiches. Cette campagne, estimée à plus d’un million de dollars, a généré un buzz parfois négatif : certaines publicités ont été taguées ou arrachées par des passants, qui y voyaient une atteinte à la vie privée.
Ces préoccupations se sont traduites par des ventes décevantes. Avi Schiffmann a confirmé au média anglophone The Observer que son collier, proposé à 130 dollars (environ 110 euros), s’était vendu à près de 3 000 exemplaires. Ce chiffre est dérisoire dans le domaine technologique, où même des accessoires encore réservés à une clientèle spécifique, comme les lunettes de réalité augmentée de Rayban et Meta, réalisent des millions de ventes. De plus, les avis en ligne évoquent des retards de livraison, des problèmes de communication et des fonctionnalités parfois insatisfaisantes.
Bien que les affiches Friend.com aient envahi Paris, la question de la disponibilité du produit en France demeure floue. Sur le site Internet, toutes les informations sont en anglais et les prix indiqués en dollars. Toutefois, le site précise que l’objet peut être expédié dans l’Union européenne, après les États-Unis et le Canada. Néanmoins, aucune annonce officielle n’a été faite concernant une disponibilité sur des plateformes d’e-commerce ou dans des magasins physiques.
Tout comme aux États-Unis, de nombreux internautes expriment leur scepticisme vis-à-vis de cet objet. Au-delà du concept qui semble ne pas séduire, des interrogations demeurent sur la vie privée et la réglementation, notamment en ce qui concerne les strictes normes européennes du RGPD. Une fois de plus, on peut reprendra cette phrase éculée : nous vivons vraiment dans un épisode de Black Mirror.

