Belgique

Journée de lutte contre le cancer : espoir pour les traitements sur mesure

Deux ans auparavant, Nathalie, âgée de 40 ans, se rend aux urgences, où elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein agressif avec des métastases dans les poumons. Aujourd’hui, elle n’a plus aucune métastase au cerveau, grâce à un traitement incluant une thérapie ciblée appelée TDX.


Il y a deux ans, Nathalie, alors âgée de 40 ans, se rend aux urgences. Depuis deux semaines, elle tousse : « C’était le premier symptôme qui m’a fait venir aux urgences. Je toussais beaucoup. Mais mon mari toussait aussi depuis deux semaines, donc je me suis dit c’est un virus, ce n’est pas grave. Mais j’avais mal à la côte, je pensais me l’être brisée en toussant. Je me suis dit, on va voir à l’hôpital. »

Le diagnostic tombe : Nathalie souffre d’un cancer du sein agressif, avec des métastases dans les poumons, ce qui explique sa toux.

Elle découvre par la suite d’autres métastases : dans les vertèbres du bas du dos et au cœur. Heureusement, le traitement classique de chimiothérapie donne de bons résultats, presque tout a disparu. On lui propose alors de poursuivre avec l’immunothérapie. Cependant, trois semaines plus tard, lors d’une IRM, les médecins trouvent plus de 80 métastases au cerveau.

 » C’est là qu’on m’a dit qu’on ne pouvait pas reprendre la chimio de départ, parce que cette première chimio, elle ne passait pas la barrière du cerveau. Il fallait trouver autre chose. Et c’est là qu’on est passé à une thérapie ciblée de deuxième phase, une thérapie qui permet de passer un peu mieux la membrane du cerveau. Elle s’appelle le TDX. Cette thérapie permet d’injecter dans le corps des anticorps qui ciblent les tumeurs cancéreuses. Ils ne s’attaquent donc pas aux cellules saines. »

Aujourd’hui, Nathalie n’a plus aucune métastase au cerveau.

## Qu’est-ce qu’un traitement personnalisé ?

À l’origine d’un cancer, selon Pierre Coulie, ancien professeur d’immunologie et co-président de la Fondation contre le Cancer, « ce sont des anomalies génétiques qui s’accumulent dans l’ADN de cellules qui vont devenir cancéreuses. » Chaque cancer est donc différent d’une personne à l’autre.

C’est pourquoi un traitement peut être efficace pour une personne et pas pour une autre. D’où l’idée de mettre en place des traitements ciblés, qui permettent de s’attaquer directement à ces anomalies génétiques, rendant ainsi les traitements plus efficaces, plus rapides, et souvent moins toxiques.

Cependant, aujourd’hui, seuls 30 % à 40 % des patients bénéficient d’une thérapie ciblée, précise Pierre Coulie. Cela s’explique par l’état des recherches en cours à ce sujet. C’est pourquoi il est crucial d’investir davantage dans ces recherches : cette année, la Fondation contre le Cancer investira 35 millions d’euros.

## De nouvelles études très prometteuses

« La première étape d’une thérapie ciblée est donc une analyse génétique de la tumeur », explique Pierre Coulie. Cette analyse se fait « à partir d’une biopsie ou d’une intervention chirurgicale, pour identifier des mutations provoquant des anomalies ciblables par un médicament de type thérapie ciblée. Si de telles mutations sont présentes, le patient peut bénéficier d’un ou plusieurs de ces médicaments. Si de telles mutations ne sont pas présentes, ces médicaments sont inutiles et ne sont donc pas proposés. Tout ceci diffère de ce qui se faisait souvent pour des chimiothérapies, administrées sans pouvoir savoir au préalable si elles vont être efficaces chez un patient donné. »

Parmi les recherches en cours, des avancées notables concernent les « organoïdes », de petites répliques 3D de tumeurs mammaires cultivées à partir de biopsies pour prédire la réponse aux traitements.

Des recherches dirigées par le Pr François Duhoux, chercheur à l’UCLouvain et responsable du service d’oncologie médicale à l’Institut Roi Albert II des Cliniques universitaires Saint-Luc, visent à mieux traiter le cancer du sein « triple négatif », l’un des plus agressifs.

D’après lui, certains patients réagissent très bien à la chimiothérapie seule, sans avoir besoin d’immunothérapie, ce qui réduit toxicité et effets secondaires pour le patient, tout en allégeant les coûts pour la société. « À l’inverse, certains patients ne répondent pas à la combinaison chimio-immuno thérapies. L’idée est de les identifier pour tenter de faire mieux, et de suivre d’autres plans thérapeutiques chez ces patients », souligne le Pr François Duhoux.

## Des cellules cancéreuses reproduites en laboratoire pour être testées

Concrètement, « on prélève chez les patientes volontaires des cellules cancéreuses au niveau de leur tumeur du sein, durant la présence de cette tumeur. On les cultive en laboratoire dans des milieux de culture spécifiques, avec un gel particulier qui les maintient ensemble. On crée ainsi des tumeurs en trois dimensions, appelées ‘organoïdes’. Ce qu’on a démontré, c’est que la façon dont les cellules réagissent aux chimiothérapies diffère selon qu’elles répondent bien ou non aux traitements. »

Pour cela, le chercheur s’est penché sur le système immunitaire : « C’est l’étude B-Immune. On a administré de la chimiothérapie et de l’immunothérapie aux patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif. Nous avons prélevé du sang et de la tumeur à différents moments pendant le traitement. Ainsi, nous avons pu identifier ceux qui répondaient bien au traitement et ceux qui ne répondaient pas. »

L’objectif est de pouvoir identifier, dès le départ, les patientes ayant le plus de chances de bien répondre à telle ou telle thérapie, et d’adapter les traitements en conséquence.

Cependant, bien que les espoirs soient grands, il faudra encore quelques années avant que le grand public puisse bénéficier pleinement de ces nouvelles thérapies.

L’intelligence artificielle suscite beaucoup d’espoir pour aider à découvrir ces produits ayant cette activité de thérapie ciblée. Le nombre de ces traitements devrait certainement exploser dans les années à venir.

## Les chances de guérison du cancer en hausse en Belgique

La proportion de patients guéris du cancer est en augmentation en Belgique.

Cependant, cela varie selon le type de cancer. Pour les deux cancers les plus fréquents, on observe les taux suivants :

– Cancer du sein chez la femme (31 % des cancers) : la survie à 5 ans est de 93 % en Belgique.
– Cancer de la prostate chez l’homme (29 % des cancers) : la survie à 5 ans est de 99 % en Belgique.

Cela témoigne des progrès des traitements, qui jouent un rôle direct. Au cours des dix dernières années, ces avancées ont principalement concerné les immunothérapies et les thérapies ciblées.