France

Fermeture des bars et montée du vote RN : réaction du PMU

Dans un bar PMU d’un village de presque 10.000 habitants situé en bordure de l’A7, entre Avignon et Marseille, le RN a réalisé un score de 39 % en 2024, contre 15 % en 2012. Claude, 79 ans, déclare ne pas avoir grand intérêt pour les choses de la République, précisant « Je ne cherche pas à influencer les gens. Et ce que je pense, tu l’as dans le cœur ou tu ne l’as pas ».


« Ne te fatigue pas garçon, ici on est tous déjà RN. Et puis on est tous bourrés en journée alors il n’y aura rien pour toi ici. » Dès qu’on pénètre dans ce bar PMU d’un village de près de 10 000 habitants, situé en bordure de l’A7, entre Avignon et Marseille, il est clair que l’invitation à commenter une étude parue vendredi dernier sur le lien entre la montée de l’extrême droite et la fermeture des bars-tabacs est déclinée.

Heureusement, la diversité des débits de boissons dans la commune permet de poursuivre l’expérience sans aller loin. À trois ruelles de là, un bar similaire, avec un comptoir en zinc, un écran de télévision, des jeux de hasard, des chaises hautes et une clientèle d’habitués, offre une ambiance agrémentée de musique des années 1980.

Ce village, bien qu’épargné par la fermeture des bars populaires, reste représentatif de l’augmentation du vote pour l’extrême droite : le FN, devenu RN, est passé de 20 % au premier tour des législatives de 2017 à 39 % en 2024, contre 15 % en 2012.

« Je ne vois absolument pas le rapport », rétorque Jérôme, avocat d’affaires spécialisé dans le droit maritime, tenant un verre de vin blanc. Selon lui, « au XXe siècle, peut-être l’opinion se faisait encore dans les bars, aujourd’hui elle se forme sur les réseaux sociaux », tout en étant convaincu qu’un « grand remplacement » est en cours et qu’une « guerre civile est proche ».

### Un racisme tranquille

Bien que Jérôme ne vote pas, ses déclarations ne choquent pas Claude, 79 ans, vêtu d’un costume avec des chaussures cirées, les cheveux soignés et un foulard noué autour du cou, portant une chevalière à la Fleur de Lys. Ce royaliste, qui se mêle aux habitués du bar, « n’a pas grand intérêt pour les choses de la République » à laquelle il ne participe pas. « Je ne cherche pas à influencer les gens. Ce que je pense, tu l’as dans le cœur ou tu ne l’as pas », confie-t-il entre deux whiskys.

« On entend beaucoup de propos racistes », note sereinement Yann, le barman, interrompu par Claude, qui insiste : « Raciste, et je n’en ai pas honte. » Le trentenaire, en servant des bières, ajoute : « Et sexistes et homophobes. Même lorsque des personnes concernées se trouvent à côté. »

Fonzi, qui vient de rejoindre le comptoir, intervient : « Chacun son opinion. Ça ne m’atteint pas et je ne vais pas les convaincre du contraire, je vote. Je suis quelqu’un de très large d’esprit, disons, et entendre des propos racistes ne m’empêche pas d’être au même endroit. Je suis personne pour dire aux gens quoi faire. » Selon lui, « depuis le Covid, les gens sont plus agressifs, plus renfermés. »

« Le comptoir, c’est un partage, c’est une discussion », se réjouit Jean-Luc, ancien militaire, qui n’a « rien à faire de Macron et des politiques » et se confie sur une vieille déception amoureuse. « Tu sais, la politique, on en parle peu, et les discussions de comptoir, c’est souvent compliqué. Il y a parfois des courts-circuits. Alors oui, on va rigoler de Trump un peu. Un peu pendant la Présidentielle où, comme pour la Coupe du monde, tout le monde est footballeur. Mais ça ne va pas plus loin », précise Yann.

### « Et bien tant mieux »

« Plus que les fermetures de bar, qui sont les derniers commerces à fermer dans un village, ce sont les politiques des gouvernements et les fermetures d’usines qui font progresser l’extrême droite », résume Claude, le royaliste.

Tarik, après son travail, pénètre à son tour dans le café. « Tiens voilà l’arabe du coin. » « Euh mezzo mezzo », corrige Tarik tout en saluant l’équipe. « Rappelle-moi, c’est ton père ou ta mère qui est blanc du coup ? », questionne Claude. « Et pourquoi ces questions ? », répond Tarik. Claude présente alors la question sur la fermeture des bars et l’extrême droite. « Ah oui ? Et bien tant mieux », conclut Tarik, laissant la conversation dériver vers un gain de 20 euros sur un jeu à gratter et des discussions sur des problèmes de chauffage et des matchs de l’OM.