Belgique

La cigarette ne revient pas dans la pop culture : « C’est renormaliser un produit dangereux »

Nora Mélard, experte prévention tabac à la fondation contre le cancer, a déclaré : « On remarque le retour de la cigarette sur nos écrans depuis 3-4 ans ». Un rapport de l’alliance française anti-tabac a mis en lumière le fait que plus de 200 influenceurs ont fait la promotion de produits de nicotine à des millions d’utilisateurs en cinq ans.

Loading…avant de d’être de nouveau brandie récemment. Un constat que partage Nora Mélard, experte en prévention du tabac à la Fondation contre le cancer : « On remarque le retour de la cigarette sur nos écrans depuis 3-4 ans« .

Entre nostalgie et symbole d’imperfection

Quelle explication donner à ce phénomène ? Plusieurs médias s’y intéressent. « Pendant plusieurs années, les réseaux sociaux ont glorifié la figure de la ‘clean girl’ : routines de soins à l’aube, alimentation parfaite, corps discipliné, peau impeccable. Ce modèle lisse est aujourd’hui rejeté au profit d’un nouveau récit : celui de la ‘messy girl’ (fille bordélique, ndlr). La cigarette redevient un symbole de relâchement, de refus de la performance, d’imperfection assumée », analyse France Info.

Bloomberg, de son côté, souligne qu’il faut également y voir « l’obsession de la jeune génération pour la nostalgie, pour un passé qu’elle n’a jamais connu. La mode des années 90, qui comprend donc aussi la cigarette à allumer avec un briquet.« 

Banaliser le tabagisme

Ce retour de la cigarette comme accessoire de mode à l’écran doit-il susciter des inquiétudes ? Des études montrent depuis des décennies que la présence de cigarettes dans les films et séries télévisées banalise le tabagisme et augmente les chances que les jeunes essaient le produit. Récemment, de nouvelles recherches ont constaté le même effet en cas d’exposition aux produits du tabac – tels que les puffs, la chicha, etc. – sur les réseaux sociaux.

Pour Elise Willame, cheffe de service prévention tabac au Fares (Fonds des affections respiratoires), la génération Z est pour l’instant assez éloignée de la cigarette classique. « Ce qu’on remarque sur le terrain, lorsqu’on fait de la sensibilisation, c’est plutôt l’utilisation de nouveaux produits comme la cigarette électronique », explique-t-elle.

Collaborations entre influenceurs et industrie du tabac

Elle souligne que la (re)visibilisation de la cigarette classique est à surveiller, mais que, actuellement, c’est surtout la présence des nouveaux produits du tabac sur les réseaux sociaux qui est préoccupante. Cette présence s’explique par « des collaborations entre l’industrie du tabac et de nombreux influenceurs« .

Dans un rapport, l’alliance française anti-tabac a effectivement mis en lumière le fait que plus de 200 influenceurs ont fait la promotion de produits de nicotine à des millions d’utilisateurs en cinq ans. « L’industrie du tabac – qui ne peut plus faire de publicité directe – a toujours une longueur d’avance en termes de marketing », souligne Elise Willame.

Bien que la prévalence des produits du tabac chez les jeunes de 15 à 24 ans diminue en Belgique, passant de 11 % en 2018 à 7,7 % en 2023-2024 pour une consommation quotidienne, les associations s’inquiètent de la récente présence accrue des produits de tabac (cigarette classique ou électronique) sur les écrans, que ce soit au cinéma, sur les réseaux sociaux ou dans les clips musicaux.

Pour 2023-24, en Belgique, on estime que 12,8 % de la population fume quotidiennement. Sciensano note que « la baisse du tabagisme ralentit, soulignant la nécessité de maintenir les efforts afin d’atteindre l’objectif de moins de 10 % de fumeurs quotidiens d’ici 2028« . Cela exige une vigilance accrue sur ce sujet.

© Lady Gaga, la cigarette en bouche, aux côtés de Bruno Mars dans le clip « Die with a Smile » – Capture d’écran Youtube

« À Cannes l’an dernier, 80% des films nominés contenaient des passages avec des produits de tabac. Dans son clip ‘Die With a Smile’, Lady Gaga chante avec une cigarette coincée entre les lèvres. Quel intérêt ? Tout ce que ça fait, c’est renormaliser un produit dangereux,” souligne Nora Mélard de la Fondation contre le cancer.

Un danger pour des jeunes qui n’ont rien demandé

Nora Mélard critique sévèrement l’industrie du tabac, qui « cherche à cibler les jeunes ». « Quand on regarde les chiffres, plus de 80% des fumeurs ont commencé entre 14 et 25 ans. Après 25 ans, il est peu probable de commencer à fumer. L’industrie veut donc convaincre les jeunes pour s’assurer d’avoir de nouveaux clients, » souligne-t-elle. Que ce soit pour un « choix esthétique » du créateur ou une publicité déguisée, Nora Mélard considère cela comme « un danger pour les jeunes qui n’ont rien demandé. »

Pour elle, il est illogique de renormaliser ce produit auprès des jeunes alors que, dit-elle, « il faudrait justement les exposer le moins possible. »