Belgique

Un an de gouvernement De Wever : les Flamands ne perçoivent pas sous l’Arizona ?

Bart De Wever a obtenu un score personnel de 6,8/10 dans le dernier sondage Stem van Vlaanderen, contrastant avec le ministre de la santé Frank Vandenbroucke qui n’atteint que 3,8/10. Le gouvernement De Wever prévoit de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2029 tout en visant un taux d’emploi de 80 %.

Un an après la formation du gouvernement de l’Arizona, Bart De Wever semble bénéficier d’une popularité sans précédent. Le dernier sondage Stem van Vlaanderen, réalisé par VTM/HLN, lui est très favorable : alors que le gouvernement reçoit une note moyenne de 6,2/10, le Premier ministre de la N-VA obtient un score personnel de 6,8/10. Un indicateur particulièrement révélateur : la confiance à son égard a grimpé de 55 % en novembre 2025 à 72 % en janvier 2026.

Ce contraste est frappant avec d’autres membres de son gouvernement. D’après les résultats du sondage VTM/HLN, Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la santé (Vooruit), n’obtient qu’une note de 3,8/10, en raison notamment de son style perçu comme clivant, de ses conflits avec les médecins et de l’augmentation des prix des médicaments.

Capture d’écran du journal VTM (30 janvier 2026) © VTM

Pour le chercheur en sciences politiques Dave Sinardet, la popularité de Bart De Wever n’est pas surprenante : « Depuis dix à quinze ans, il est le personnage politique le plus populaire en Flandre. Et depuis qu’il est Premier ministre, cela n’a pas changé. Sa popularité semble même s’être un peu accrue, ce qui est assez classique en début de mandat. »

Chômeurs, au travail ! Pas d’augmentation de la TVA !

Dans une analyse parue ce mardi, le rédacteur en chef du quotidien De Tijd titre : « Économie et défense : les dossiers clés qui marqueront aussi la deuxième année du gouvernement De Wever« .

« Le socio-économique est clairement l’un des piliers de ce gouvernement« , confirme le politologue d’Anvers. « Bart De Wever répète que son objectif principal est de rétablir l’équilibre budgétaire, avec l’intention de ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2029. Néanmoins, malgré les économies déjà réalisées, nous sommes encore loin de cet objectif, et y parvenir requerra de nouveaux ajustements difficiles, dans un contexte de divergences marquées au sein de la coalition« , ajoute-t-il.

Pour augmenter les recettes de l’État, le gouvernement De Wever vise un taux d’emploi de 80 %, en mettant en œuvre des mesures inédites sur le marché de l’emploi. Ces mesures semblent rencontrer un soutien important parmi la population du nord du pays. Selon le même sondage du groupe DPG, 83 % des Flamands seraient en faveur de la limitation des allocations chômage à deux ans et 82 % soutiennent un durcissement des politiques envers les malades de longue durée.

À l’inverse, trois quart des Flamands s’opposent à une hausse de la TVA sur les abonnements de fitness ou les billets de cinéma. Par ailleurs, 73 % des répondants estiment que les économies ne sont pas équitablement réparties entre les différentes couches de la population.

Les manifestations n’affaiblissent pas le gouvernement

Un an après l’arrivée du gouvernement de l’Arizona, le quotidien De Standaard a évalué l’impact politique des grèves et des manifestations répétées. Ont-elles réellement influencé les décisions du pouvoir ?

La réponse du journaliste Bart Brinckman dans son éditorial est claire : « Malgré un pays régulièrement paralysé par les syndicats, les résultats de leur lutte semblent maigres. » Il souligne un moment particulièrement symbolique : « Fin novembre, au moment où débutait une grève de trois jours, le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) finalisait un accord budgétaire. En termes de communication, ce n’était clairement pas le meilleur jour pour les syndicats. »

« On pouvait s’attendre à une forte contestation sociale, puisque c’est probablement le gouvernement qui engage les réformes socio-économiques les plus marquées à droite de ce siècle« , analyse Dave Sinardet.

« Cette opposition est surtout problématique pour les partis les plus à gauche de la coalition, comme Les Engagés ou le CD&V, qui ont une forte assise syndicale, beaucoup moins pour la N-VA et le MR« , ajoute le politologue de la VUB.

Un moment historique pour le mouvement flamand

Il y a un an, la Belgique a vécu un moment historique : un nationaliste flamand est devenu le Premier ministre. Il est loin le temps où le président de la N-VA, fraîchement élu, arrivait devant l’ascenseur de Strepy-Thieu, accompagné d’un cortège de camions transportant 11,3 milliards d’euros en billets factices…

Selon Dave Sinardet, la transformation de Bart De Wever en Premier ministre constitue aussi une évolution historique pour le mouvement flamand : « Auparavant, les nationalistes ne souhaitaient pas se ‘corrompre par le pouvoir belge’ sauf à condition de pouvoir vraiment progresser vers une autonomie flamande. Or, ici, il n’existe aucune avancée en matière d’autonomie flamande… Bart De Wever semble avoir mis de côté ses ambitions communautaires pour adopter le rôle d’un leader de droite conservatrice. »

Sous la présidence de Bart De Wever, la N-VA a progressivement abandonné le séparatisme au profit du confédéralisme, « un concept plus vague et, en particulier, moins anxiogène« , explique Dave Sinardet : « Il a compris depuis longtemps que le cœur de l’activité de la N-VA, l’autonomie flamande, mobilise peu l’électorat : seulement environ 10 % des Flamands se déclarent séparatistes. »

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Dave Sinardet revient sur l’impact d’un an d’Arizona sur le Mouvement flamand

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L’auteur de la fiche « N-VA » de l’Encyclopédie du mouvement flamand, estime aussi que l’arrière-ban de la N-VA lui fait une « confiance aveugle » : « J’ai déjà plaisanté en disant que si Bart De Wever proposait demain de remplacer le lion flamand par le drapeau belge et de chanter la Brabançonne à un congrès de la N-VA, il serait sans doute applaudi« , sourit Dave Sinardet. « La N-VA est devenu avant tout un parti de gouvernance, flamande et belge.«  

« C’est le moment idéal pour pardonner tous ensemble à Bart d’être devenu Premier ministre de la Belgique« , plaisantait Valerie Van Peel lors de son premier discours à la fête de Nouvel An du parti nationaliste flamand.

« Bart De Wever semble suggérer que ce gouvernement de centre droit, axé sur le budget, le socio-économique et l’immigration, représente un projet à long terme, potentiellement sur dix ans« , conclut Dave Sinardet. « Dans cette perspective, une nouvelle réforme de l’État ne serait clairement pas l’une des priorités en 2029. »


[Article réalisé en collaboration avec DaarDaar, le site qui propose le meilleur de l’actualité flamande en français].