Quel est l’objectif de la guerre culturelle du MR ?
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a adopté une stratégie visant à détourner l’attention des problèmes socio-économiques en utilisant des questions culturelles et d’identité. Selon Martine Dubuisson, cette approche peut amener à « répulser comme il attire » et pourrait entraîner une perte de soutien au sein de l’électorat libéral.
Le président du Mouvement Réformateur (MR) n’hésite pas à affirmer que sa victoire électorale de 2024 repose avant tout sur une victoire des idées. Grâce au centre d’études du MR, le centre Jean Gol, il a réussi à imposer ses thèmes dans le débat public, stratégie qu’il continue d’appliquer. Lors de son discours en septembre 2025, lors d’un hommage à Jean Gol à Liège, il a même cité le philosophe communiste italien Antonio Gramsci pour illustrer sa méthode : pour remporter des élections et influencer les choix de société, il est primordial de gagner les esprits et d’orienter le débat intellectuel.
En dirigeant l’attention des médias et du public vers des sujets qu’il sélectionne, Georges-Louis Bouchez tente également de détourner le regard de la situation socio-économique. Cette approche, selon Jean-Benoit Pilet, s’inspire d’exemples d’autres pays européens : « À savoir qu’on peut faire basculer à l’avantage de la droite le paysage politique si on ne reste pas uniquement sur le socio-économique, mais si on aborde aussi des questions culturelles, migratoires, d’identité, de rapport à la démocratie. […] Cela permet de changer le curseur du débat pour oublier des décisions plus complexes en matière budgétaire ou sociale. »
Cette stratégie aide également le MR à attirer un nouveau public. Le professeur de l’Université libre de Bruxelles (ULB) souligne que de nombreuses enquêtes sociales révèlent l’existence d’une partie de la population plutôt conservatrice, peu encline à l’immigration et à l’ouverture culturelle, que ce soit pour le mariage ou l’adoption par des couples de même sexe ou les transitions de genre. Cependant, ces sujets ne sont pas forcément prioritaires pour ces personnes, qui se préoccupent principalement de l’amélioration de leurs conditions de vie.
« Le MR estime qu’en rendant ces enjeux culturels plus saillants, il pourrait, à l’image de ce qui s’est produit dans plusieurs pays européens, remporter les élections sur ce thème. En revanche, sur les questions strictement liées à la qualité de vie et à la rigueur budgétaire, cela s’annonce difficile puisque même les promesses en la matière nécessitent un redressement budgétaire, impliquant des coupes dans les aides accordées à la population. »
Cependant, cette stratégie idéologique présente le risque de faire fuir une partie de l’électorat libéral, traditionnellement plus ouvert sur le plan culturel et idéologique. « Lorsque l’on critique sans cesse les contre-pouvoirs, un certain malaise commence à se faire sentir à l’intérieur du Mouvement Réformateur. On a constaté ce phénomène avec le départ de Monsieur De Maegd, mais cela se remarque également au sein de la base libérale. C’est un peu la difficulté : Georges-Louis Bouchez doit réussir à véhiculer ce discours tout en séduisant un électorat plus conservateur, sans se brouiller avec un électorat qui demeure profondément démocrate et ouvert sur ces questions, qui votait précédemment pour le MR en raison de considérations socio-économiques. »
Martine Dubuisson résume ainsi le défi auquel le président du MR est confronté : « Il repousse tout autant qu’il attire. […] Il doit éviter d’aliéner la base plus classique, et pour le moment, selon les sondages, il perd un peu de soutien, notamment au profit des Engagés. »
Il reste à déterminer si cette tendance vers le conservatisme perdurera, car les experts conviennent d’un risque : cette stratégie fonctionne tant que le parti reste en position favorable. Si les résultats deviennent moins performants, il n’est pas certain que les élus libéraux continuent de soutenir leur président avec la même ferveur.
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