Le Gâteau du président : enfance et désordre sous Saddam Hussein
Hasan Hadi, cinéaste irakien âgé de 37 ans, a réalisé « Le Gâteau du président », qui a remporté la Caméra d’or et le prix du public de la Quinzaine des cinéastes à Cannes. La deuxième édition de la Semaine culturelle marocaine au Mexique s’est achevée samedi à Álamos, avec la participation d’artistes et de créateurs marocains, et a été organisée par l’ambassade du Maroc à Mexico en partenariat avec plusieurs institutions.
Avec « Le Gâteau du président », lauréat de la Caméra d’or et du prix du public à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le cinéaste irakien Hasan Hadi aborde la dictature de Saddam Hussein à travers les yeux d’un enfant, qu’il qualifie de « cancer » ayant « laissé le pays en ruines ». Pour son premier long-métrage, le réalisateur de 37 ans s’inspire de ses souvenirs d’enfance, lorsqu’en Irak, sous sanctions internationales après l’invasion du Koweït en 1990, le pays souffrait de pénuries mais célébrait avec ferveur chaque anniversaire du dictateur. « C’était une des nombreuses contradictions avec lesquelles il fallait vivre », se rappelle Hasan Hadi dans un entretien à l’AFP.
Cette célébration imposée se manifestait jusque dans les écoles, où un tirage au sort désignait chaque année un élève pour préparer un gâteau d’anniversaire en l’honneur du dictateur, risquant ainsi sa vie pour se procurer farine, levure ou sucre. Dans « Le Gâteau du président », cette tâche revient à Lamia (Baneen Ahmed Nayyef, prodigieuse non-professionnelle), une écolière de 9 ans, qui brave les dangers de la ville pour rassembler les ingrédients essentiels et éviter le châtiment qui attend ceux qui échouent.
« On avait des stratagèmes pour ne pas être désigné : se cacher aux toilettes pendant le tirage au sort, prétendre être malade et rester chez soi, corrompre le professeur », énumère Hasan Hadi. Le cinéaste a personnellement évité cette situation, mais il garde en mémoire le sort tragique d’un camarade qui, ne parvenant pas à préparer le gâteau, avait été exclu de l’école, enrôlé enfant dans l’armée irakienne et mort quelques années plus tard.
« Par le fait du hasard et de l’absurdité, quelque chose d’aussi stupide que le fait d’échouer à préparer un gâteau pouvait changer votre destin à tout jamais ! »
Sans ignorer l’impact des sanctions et des bombardements américains qui frappaient alors l’Irak, « Le Gâteau du président » analyse les conséquences néfastes de la dictature de Saddam Hussein pendant son règne (1979-2003). « La dictature ne détruit pas simplement la liberté d’expression », explique Hasan Hadi. « Elle attaque les éléments qui font de vous un humain, elle vous fait mentir, vous rend hypocrite, manipulateur et produit ses effets longtemps après sa propre fin », ajoute le réalisateur, qui s’inquiète de « nombreux signaux d’alerte » concernant le retour des régimes autoritaires.
Avec « Le Gâteau du président », Hasan Hadi souhaite offrir un rappel nécessaire dans son pays, où « cette période n’a pas été assez explorée » par les cinéastes. Après un passé florissant, le cinéma irakien a du mal à se relever du chaos que le pays a connu, plongé dans la guerre civile après l’invasion américaine de 2003 et la chute de la dictature de Saddam Hussein, une période sombre pour le septième art. En raison des sanctions, l’exportation de films vers l’Irak était interdite, car un de leurs composants pouvait être utilisé pour la fabrication d’armes chimiques. « Tous les films étaient en quelque sorte interdits », observe Hasan Hadi, qui a cultivé sa passion pour le cinéma grâce à des cassettes VHS échangées clandestinement.
Dans un pays comptant à peine une quarantaine de salles de cinéma, la production de « Le Gâteau du président » a été un véritable défi. Cependant, Hasan Hadi, qui a été professeur de cinéma à New York, a bénéficié d’un soutien inattendu des États-Unis : le réalisateur Chris Columbus (« Gremlins », « Harry Potter », etc.) a « flashé » sur le film et en est le producteur exécutif. Le succès de « Le Gâteau du président » au festival de Cannes et sa projection internationale offrent désormais un espoir à Hasan Hadi : « J’espère que les gens seront plus réceptifs aux films irakiens. »
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**Semaine culturelle marocaine au Mexique**
La deuxième édition de la Semaine culturelle marocaine au Mexique s’est conclue samedi à Álamos, dans l’État de Sonora, en présence d’un grand nombre d’artistes et de créateurs marocains, venus mettre en avant la richesse et la diversité des expressions artistiques et du patrimoine culturel du Royaume. Organisée par l’ambassade du Maroc à Mexico en collaboration avec le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, et la Chambre de l’artisanat de la région de Rabat-Salé-Kénitra, cette manifestation culturelle s’est achevée avec une participation distinguée du Royaume en tant qu’invité d’honneur à la 41ème édition du Festival Alfonso Ortiz Tirado, l’un des événements culturels et artistiques majeurs du Mexique. Cette célébration colorée a été marquée par la présence de nombreuses personnalités des domaines de la culture, des arts, de la diplomatie et du sport, ainsi que des membres de la communauté marocaine au Mexique.

