L’Iran ne se prépare pas à des pourparlers nucléaires avec Washington.
L’Iran a annoncé se préparer à des discussions avec Washington sur le dossier nucléaire, avec une rencontre prévue en Turquie le 6 février entre des négociateurs américains et de hauts officiels iraniens. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) a recensé plus de 42.000 personnes arrêtées en Iran et a confirmé 6.854 morts dans la mobilisation, en grande majorité des manifestants.
L’Iran a annoncé qu’il était prêt à engager des discussions avec les États-Unis concernant le dossier nucléaire. Donald Trump, pour sa part, s’est dit confiant quant à la possibilité d’un accord, après plusieurs jours d’échanges de menaces entre les deux nations. « Le président Massoud Pezeshkian a ordonné l’ouverture de pourparlers avec les États-Unis », rapporte l’agence de presse Fars, citant une source gouvernementale sans fournir d’autres détails. Une source arabe informée du dossier a déclaré à l’AFP que ces discussions, facilitées par la médiation de l’Égypte, du Qatar, d’Oman et de la Turquie, pourraient avoir lieu dans ce dernier pays le 6 février. « Une rencontre entre des négociateurs américains et de hauts responsables iraniens aura probablement lieu vendredi en Turquie », a ajouté cette source, qui a souhaité garder l’anonymat.
Selon le site américain Axios, qui cite trois sources proches du dossier, les États-Unis seront représentés par Steve Witkoff, l’émissaire de M. Trump, tandis que l’Iran sera représenté par son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. L’agence iranienne Tasnim avait précédemment indiqué que ces deux responsables seraient probablement impliqués dans les discussions.
La pression sur Téhéran s’est intensifiée depuis le début janvier, à la suite d’une répression violente d’un vaste mouvement de contestation contre la République islamique, déclenché par des manifestations portant sur le coût de la vie. Après avoir évoqué la possibilité d’une intervention militaire et envoyé une dizaine de navires dans le Golfe, le président américain a déclaré dimanche espérer « trouver un accord » avec l’Iran.
« Les pays de la région agissent en tant que médiateurs pour l’échange de messages », a expliqué lundi le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, alors que l’Iran et les États-Unis n’ont plus de relations diplomatiques depuis quatre décennies. Des consultations ont eu lieu avec l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Turquie et la Jordanie. « Nous examinons et finalisons les détails de chaque étape du processus diplomatique (…) Cela concerne la méthode et le cadre de travail », a ajouté le porte-parole lors d’une conférence de presse à laquelle l’AFP était présente.
Les pays occidentaux accusent l’Iran de vouloir se doter de l’arme nucléaire, ce que Téhéran dément. Des négociations entre les deux nations ennemies avaient eu lieu au printemps 2025, avant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël, mais avaient échoué, notamment sur la question de l’enrichissement d’uranium. Les États-Unis exigeaient que l’Iran y renonce complètement, ce à quoi Téhéran refuse, défendant son droit à avoir une filière nucléaire civile en vertu du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) dont il est signataire.
« Le président Trump dit +pas d’armes nucléaires+ et nous sommes complètement d’accord. (…) En contrepartie, nous attendons la levée des sanctions. Cet accord est donc possible. Ne parlons pas de choses impossibles », a insisté dimanche sur CNN M. Araghchi, dont le pays a également exclu de discuter de ses capacités de défense et balistiques. La République islamique avait conclu en 2015 un accord réglementant strictement ses activités nucléaires, mais celui-ci est devenu caduc après un retrait unilatéral américain ordonné par Donald Trump lors de son premier mandat en 2008.
Dans les rues de Téhéran, Ali Hamidi, 68 ans, retraité, juge « inutiles » les « tensions actuelles » : « l’Amérique devrait s’occuper de ses propres affaires », dit-il à l’AFP, tout en ajoutant que « les responsables iraniens sont aussi en tort de ne pas subvenir aux besoins du peuple ». « Les difficultés économiques sont écrasantes; je ne vois personne autour de moi satisfait », ajoute-t-il.
Pendant ce temps, la répression se poursuit dans le pays : quatre ressortissants étrangers, dont la nationalité n’a pas été précisée, ont été arrêtés pour « participation aux émeutes », selon la télévision d’État lundi. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), établie aux États-Unis, a recensé plus de 42.000 personnes arrêtées et a confirmé 6.854 morts dans la mobilisation, la majorité étant des manifestants. Cependant, le nombre de décès pourrait être supérieur, avec plus de 17.000 cas en cours d’examen.
Masha, 30 ans, partie en Turquie il y a trois ans, a confié à l’AFP que ses proches restés en Iran « ont peur de parler au téléphone. Ils n’osent même pas sortir dans la rue. Pour éviter tout problème, on ne parle de rien. Parce qu’aux informations, on prévient : +Ne parlez pas, sinon il arrivera quelque chose à votre famille+ ».
Les autorités iraniennes reconnaissent la mort de milliers de personnes, mais affirment que la grande majorité sont des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes ». Téhéran accuse les États-Unis et Israël, son ennemi juré, d’orchestrer cette opération. La présidence a jusqu’à présent publié les noms de 2.986 personnes décédées, sur une liste de 3.117.

