Belgique

Un an du gouvernement fédéral de Bart De Wever : de l’animal politique au premier ministre

Bart De Wever, récemment élu président de la N-VA, a dénoncé « les transferts annuels de la Flandre vers la Wallonie via la sécurité sociale, le budget fédéral, le financement des communautés et des régions, et les entreprises publiques ». Actuellement, la réforme de l’Etat tant espérée par Bart De Wever n’est pas envisageable, faute de majorité des 2/3.


Nous sommes le 6 janvier 2005, devant l’élévateur de Strepy-Thieu dans le Hainaut. Bart De Wever et des membres de la N-VA arrivent sur les lieux, accompagnés d’un cortège de camions contenant 11,3 milliards d’euros de faux billets.

Cette somme symbolise « les transferts annuels de la Flandre vers la Wallonie via la sécurité sociale, le budget fédéral, le financement des communautés et des régions, et les entreprises publiques », dénonce Bart De Wever, récemment élu président du parti nationaliste flamand.

Vingt ans plus tard, il est devenu Premier ministre et prend la parole à la Chambre, déclarant : « Notre prospérité est menacée. Si l’on n’intervient pas, le déficit budgétaire de la Belgique sera bientôt le plus important du monde occidental. Je vous demande de m’accorder votre confiance et de me permettre d’œuvrer avec mon équipe à la réalisation de cet accord de gouvernement. »

Peu de francophones imaginaient un jour le voir devenir Premier ministre. Pourtant, cette ascension au sommet de l’État belge n’est pas le fruit du hasard. « Bart De Wever a bien tout calculé », affirme Yvan De Vadder. « C’est un animal politique. Il mange et boit politique », ajoute le journaliste politique de la VRT.

« Quand on voit tous les pas qu’il fait dans sa carrière, c’était pour se préparer à quelque chose qui allait le mettre sur la voie du poste de Premier ministre. Son but était d’être Premier ministre d’un gouvernement ayant une réforme d’État et de repositionner la Belgique dans un cadre où la Flandre serait plus indépendante. Mais il prend ce qu’il peut », poursuit-il.

Avec le costume de Premier ministre, Bart De Wever a-t-il changé ?

La réforme de l’État tant espérée par le nationaliste flamand n’est pas envisageable actuellement, faute de majorité des 2/3. Alors, Bart De Wever « s’est adapté », constate Yvan De Vadder. « Quand on se met à la place de Premier ministre belge, et que l’on n’a pas la réforme de l’État que l’on veut avoir, il faut faire d’autres réformes, » précise-t-il.

Le journaliste prend en exemple la limitation des allocations de chômage : « C’est une réforme avec un côté communautaire parce que les conséquences sont plus aiguës en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. »

Il y a vraiment l’idée de prendre davantage le contrôle de la Belgique.

Pour Jean Faniel du Centre de recherche et d’information sociopolitiques (CRISP), Bart De Wever n’a pas changé ses priorités, notamment celle de favoriser la Flandre. « On n’a pas l’impression que le but ultime ait vraiment changé. Sauf peut-être sur la question de l’indépendance de la Flandre. Est-ce qu’il y croit ou est-ce que c’est relativisé ? Par contre, sur les moyens, sur la méthode, là effectivement il y a des choses qui ont changé », précise-t-il. « Il ne paraît plus acquis à l’idée qu’il faudrait proclamer une indépendance. Mais il y a encore l’idée de prendre davantage le contrôle de la Belgique », ajoute Jean Faniel.

Un peu comme l’a fait durant des décennies le CVP (Chrétiens-démocrates et Flamands). D’ailleurs, Yvan De Vadder n’hésite pas à comparer Bart De Wever à certains membres de l’ancêtre de l’actuel CD&V : « Je le compare avec Wilfried Martens plutôt qu’avec Jean-Luc Dehaene qui, lui, fonçait et voulait forcer. De Wever est plus calme. Il essaie davantage le compromis pour déminer les tensions », conclut le journaliste politique de la VRT.