Belgique

Blocage de l’aide humanitaire à Gaza : deux Franco-Israéliennes accusées de « complicité de génocide »

Fin juillet 2025, des mandats d’amener ont été délivrés contre Nili Kupfer-Naouri et Rachel Touitou, soupçonnées de complicité de génocide en lien avec des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza. Les faits visés par l’enquête se seraient déroulés entre le 1er janvier et le 26 novembre 2024, ainsi qu’en mai 2025, impliquant des convois d’aide humanitaire bloqués aux postes-frontières de Nitzana et de Kerem Shalom.


La justice française a récemment atteint un tournant sans précédent. À la fin juillet 2025, des mandats d’amener ont été émis contre deux militantes franco-israéliennes, qui seraient impliquées dans des actions visant à bloquer l’aide humanitaire destinée à la population de Gaza. Une accusation grave a été formulée : la « complicité de génocide ».

Les mandats concernent Nili Kupfer-Naouri, avocate et membre de l’association Israël Is Forever, ainsi que Rachel Touitou, appartenant à l’organisation Tsav 9. Ces mesures font partie d’une enquête judiciaire commencée en mai 2025 à Paris, à la suite de plaintes déposées par plusieurs ONG. Une source proche de l’affaire a confirmé cette information à l’AFP, initialement rapportée par Le Monde.

Contrairement aux mandats d’arrêt, les mandats d’amener ont pour but d’obliger une personne à comparaître rapidement devant un juge, sans recourir à une détention provisoire. Ils peuvent être émis directement par des juges d’instruction, sans besoin d’approbation préalable du Parquet national antiterroriste.

Les événements visés par l’enquête se seraient produits entre le 1er janvier et le 26 novembre 2024, ainsi qu’en mai 2025. Pendant ces périodes, des convois d’aide humanitaire à destination des Gazaouis ont été entravés, notamment aux postes-frontières de Nitzana et de Kerem Shalom.

Les deux militantes sont soupçonnées d’une implication active dans ces actions, et d’avoir tenu des propos qualifiés de « provocation publique et directe au génocide ». Selon une source proche du dossier, elles auraient appelé à empêcher « le ravitaillement des Gazaouis » et contribué à leur « déshumanisation ». Une dizaine d’autres personnes pourraient également faire l’objet de mandats similaires.

Du côté de la défense, les accusations sont fermement rejetées. Pour Me Olivier Pardo, avocat de Nili Kupfer-Naouri, les actions reprochées relevaient d’un engagement pacifique. Elles « visaient à dénoncer les détournements opérés par le Hamas de l’aide humanitaire destinée à Gaza au moment même où les otages israéliens y étaient encore détenus », a-t-il déclaré dans un communiqué transmis à l’AFP.

Rachel Touitou, âgée de 34 ans, a également réagi publiquement. Sur son compte X, elle dénonce la criminalisation de son engagement : « Si manifester pacifiquement avec un drapeau israélien contre le fait qu’une organisation terroriste s’empare de l’aide humanitaire, la détourne et la revend au prix fort aux Gazaouis est un crime – alors pas besoin de regarder les Mollahs de haut, la France c’est l’Iran ! »

Dans un entretien accordé au site The News, Nili Kupfer-Naouri, 50 ans, a qualifié l’information judiciaire de « délire antisémite ».

À l’inverse, les organisations plaignantes se réjouissent d’un tournant judiciaire. Me Clémence Bectarte, avocate des ONG palestiniennes PCHR, Al-Haq et Al-Mezan, qualifie cela de « progrès majeur », en affirmant que « c’est la première fois qu’une juridiction nationale se prononce sur des faits de complicité de génocide, à travers le blocage de l’aide humanitaire ».

Même satisfaction du côté de l’Union juive française pour la paix. Ses avocates, Mes Damia Taharraoui et Marion Lafouge, parlent d’une « première » mondiale, affirmant que « c’est une décision forte qui montre que la justice française reste indépendante ».

Plusieurs associations, dont PCHR, Al-Haq, Al-Mezan, Nidal, l’UJFP et Urgence Palestine, ont salué ce qu’elles considèrent comme « des étapes importantes vers la fin de l’impunité totale israélienne pour des crimes internationaux commis par des personnes ayant la double nationalité ».

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de judicialisation du conflit israélo-palestinien en France. Ces derniers mois, de nombreuses plaintes ont été déposées concernant des exactions présumées commises à Gaza et en Cisjordanie occupée.

Fin novembre, le Parquet national antiterroriste a demandé l’ouverture d’une enquête pour « crimes de guerre » suite à la mort de deux enfants français dans un bombardement israélien à Gaza en octobre 2023. D’autres enquêtes concernent deux soldats franco-israéliens d’une unité d’élite de l’armée israélienne, accusés d' »exécutions sommaires », ainsi qu’une entreprise française d’armement.

En parallèle, le Pnat a ouvert une enquête dite « miroir » concernant les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 sur le territoire israélien, qui ont engendré la guerre actuelle dans la bande de Gaza.

Cette lecture est rejetée par la défense, qui y voit une instrumentalisation politique de la justice. Me Olivier Pardo attribue aux accusations une intention de « criminaliser les Franco-Israéliens en raison de leur engagement public en soutien à l’État d’Israël ».

Pour des raisons de sécurité, Nili Kupfer-Naouri ne se rendrait plus en France. Son avocat précise cependant qu’elle « se tiendra à la disposition des autorités judiciaires françaises en Israël ».