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Belgique : Envoi de détenus étrangers en Estonie à l’étude pour désengorger les prisons

La Belgique mène des discussions avec les autorités estoniennes sur la possibilité de louer des places de prison dans ce pays afin d’y envoyer des détenus étrangers en situation irrégulière. Actuellement, la Belgique compte 13.501 détenus pour une capacité de 11.049 places, selon l’Administration pénitentiaire.


Ce n’est sans doute pas ce à quoi avaient pensé les fondateurs de l’Union européenne. La Belgique, confrontée à une surpopulation carcérale chronique, engage des discussions avec les autorités estoniennes concernant la possibilité de louer des places de prison dans ce pays balte pour y envoyer des détenus étrangers en situation irrégulière.

Les ministres belges de la Justice et de l’Asile, Annelies Verlinden et Anneleen Van Bossuyt, ont annoncé ce lundi qu’elles partaient en mission diplomatique de deux jours à Tallinn pour discuter de cette éventuelle coopération.

## Le Kosovo et l’Albanie également envisagés

Au programme, une rencontre avec la ministre estonienne Liisa-Ly Pakosta (Justice et Numérique) et une visite d’une prison à Tallinn. Après le Kosovo et l’Albanie, des pistes toujours développées « en coulisses, sur le plan technique », l’Estonie est le troisième pays avec lequel le gouvernement belge dirigé par le conservateur Bart De Wever envisage une telle coopération pour réduire le nombre de détenus étrangers.

Le gouvernement indique qu’un tiers des quelque 13.000 prisonniers en Belgique « n’ont pas le droit de séjourner en Belgique » et « souhaite examiner toutes les pistes permettant d’alléger la pression sur le système et d’accroître la sécurité des citoyens », selon un communiqué des ministres Verlinden et Van Bossuyt. « L’une des pistes consiste à louer ou à construire une prison à l’étranger », est-il précisé.

## La détention préventive trop systématique selon les ONG

La Belgique compte actuellement 13.501 détenus pour une capacité de 11.049 places, selon l’Administration pénitentiaire, une situation de surpopulation dénoncée depuis des mois par les syndicats de surveillants. Près de 600 prisonniers sont contraints de dormir sur des matelas au sol.

La question suscite des tensions au sein de la coalition au pouvoir. Annelies Verlinden souhaite faciliter les libérations anticipées pour certains condamnés en fin de peine, mais fait face à des réticences sur le flanc droit de la majorité. Les ONG critiquent un recours excessif à la détention préventive en raison d’un manque de moyens pour gérer les alternatives.

Le ministre de la Santé, le socialiste flamand Frank Vandenbroucke, propose de son côté d’améliorer l’offre de soins en psychiatrie légale, afin de réduire le nombre de malades « internés » contraints de séjourner en prison en l’absence de places adaptées. Environ 1.100 détenus en Belgique se trouvent dans cette situation, selon lui.

## L’Estonie vantée pour son système judiciaire et pénitentiaire « fortement numérisé »

Pour le gouvernement belge, l’Estonie est « un État de droit solide et respectueux des droits de l’homme ». Le pays balte est par ailleurs loué pour son système judiciaire et pénitentiaire « fortement numérisé ».

En juin 2025, la Suède avait annoncé avoir conclu un accord avec l’Estonie pour louer des cellules de prison pour 600 prisonniers, anticipant une forte pression sur ses propres établissements. La Suède pourrait louer 400 cellules dans la prison estonienne de Tartu. Cet accord doit encore être soumis au Parlement suédois.